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Pister les interférences de la Russie sur l'internet, et en tirer des leçons pour améliorer la qualité de l'information

Images de profils d'un large réseau de comptes Twitter pro-Kremlin. Image par Lawrence Alexander.

[Sauf mention contraire, les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais]

Après la mise en accusation par le FBI américain de 13 Russes pour ingérences dans l'élection présidentielle de 2016 aux USA, Global Voices (GV) s'est replongé dans ses recherches extensives sur les interférences en ligne de la Russie, qui soulignent l'importance des data et recherches open-source pour en comprendre l'impact.

RuNet Echo, une initiative de Global Voices, a commencé dès 2011 à couvrir les bots automatisés, les trolls et blogueurs rémunérés cherchant à influencer l'information sur internet, les discussions et campagnes politiques de la Russie. Le but principal de RuNet Echo est “[d’]étendre et approfondir la compréhension de l'Internet russe (RuNet [FR]) et des communautés en lignes qui y sont liées.”

GV a été le premier à publier des preuves qu'existent des réseaux de trolls et des fermes de bots opérant de façon coordonnée pour déformer le discours public, ce qui a établi le cadre d'une grande partie du traitement de l'information depuis.

Grâce aux recherches de Lawrence Alexander, GV a été le premier à démontrer, à l'aide d'outils open source tels que NodeXL et Gephi, qu'il existait des réseaux dédiés de bots sur Twitter, liés à la ferme de trolls dirigée par l’ Internet Research Agency (I.R.A., en français Centre de Recherche d'Internet) qui opère de manière coordonnée et depuis une localisation déterminée, et attachée à des comptes particuliers pour perturber et influencer le discours en ligne.

Un aperçu qui a ouvert les yeux du public sur les données et outils de la recherche et frayé la voie à d'autres chercheurs pour pousser l'enquête plus loin.

Un article du Washington Post de décembre 2017 est revenu sur les recherches d'Alexander et leur impact sur la compréhension par le Département d’État des États-Unis des activités russes :

Frustrated U.S. officials concluded that the best information on Russia’s social media campaign in Ukraine wasn’t coming from U.S. intelligence agencies, but from independent researchers [like Alexander]. 

Des responsables américains ont conclu avec mécontentement que les meilleures informations sur la campagne de médias sociaux de la Russie en Ukraine ne venait pas des services de renseignements américains, mais de chercheurs indépendants [comme Alexander].

Le responsable du numérique au Département d’État, Macon Phillips, est même allé voir Alexander à Brighton, au Royaume-Uni, en juin 2015 pour se faire expliquer en détail ses méthodes.

Le travail de Global Voices a anticipé de plusieurs années l'apparition de l'affaire en une du New York Times et d'autres médias traditionnels. Notre couverture a conduit à plus de recherches par des journalistes et des enquêteurs, et a finalement contribué à établir le dossier des activités de la Russie autour de l'élection présidentielle de 2016 aux USA. Nous espérons que les entreprises de la Silicon Valley auront aussi profité de ces éléments pour poursuivre leurs propres investigations sur la manipulation de leurs plateformes par l'I.R.A.

Pister l'interférence russe sur Internet, dès le début

En 2011, GV s'est intéressé aux attaques par déni de service (DDoS) contre LiveJournal. Des articles comme celui d'Alexey Sidorenko, “Russia: Distributed Denial of LiveJournal,” indiquent que les attaques par déni de service contre les plateformes utilisées pour du discours politique remontent à au moins 2007.

Ce thème est devenu un sujet de recherche récurrent à GV, s'étendant à partir des attaques DDoS aux enquêtes sur les guerres de fuites de données menées par le Kremlin [en 2011, à l'occasion des élections en Russie], les attaques contre des forums internet populaires [idem], et le phénomène [FR] des faux comptes Twitter en janvier 2012.

Sidorenko explique :

The first Russian fake Twitter users appeared long before other well known faux accounts…have developed their own particular ironic styles and have become integrated into the socio-political landscape of the Russian blogosphere.

Les premiers faux usagers de Twitter russes ont plusieurs longueurs d'avance sur d'autres faux comptes célèbres… Certains ont développé un style d'ironie propre et se sont intégrés au paysage socio-politique de la blogosphère russe.

Alors que ces faux comptes étaient une contre-attaque d'auteurs indépendants, ils prouvent l'échelle et l'impact des fausses identités dans l'espace internet russe.

En février 2012, GV a observé les systèmes de rémunération [FR] de blogueurs populaires à fins de modeler l'opinion publique russe. RuNet Echo a continué à suivre à la trace et à raconter les successions d'attaques DDoS, les comptes parodiques, et le monde émergent des faux comptes Twitter, les campagnes coordonnées de désinformation, et l'apparition de réseaux de bots pour influencer l'information publique à l'échelon des sociétés.

GV a suivi ces attaques dans leurs glissements de cibles : d'abord les opposants et activistes russes, ensuite les Ukrainiens après l'invasion de 2014, et enfin les attaques contre les médias, personnalités, figures politiques et systèmes des USA et de l'Occident, également en 2014.

Autour de 2014, les rédacteurs de RuNet Echo Kevin Rothrock et Andrey Tselikov rapportaient les attaques persistantes [FR] sur Twitter contre politiques et porte-paroles étasuniens, documentant les collectifs de taupes comme Shaltay Boltay (Anonymous International). Au même moment, nous suivions les actions en cours en Russie pour restreindre l'accès à Twitter et à d'autres réseaux de médias sociaux, et pour réguler les blogueurs.

L’article sur Buzzfeed du journaliste Max Seddon en juin 2014, décrivant l'attaque de l'Amérique par une armée de trolls russes a utilisé comme source notre auteur Alexey Sidorenko.

En novembre 2014, le contributeur de GV Aric Toler a été le premier à écrire en anglais sur l'existence, l'identité et la localisation physique du bâtiment de l'I.R.A. au 55 rue Savouchkina à Saint-Pétersbourg, devenu le point focal des inculpations du FBI en 2018. Les données de localisation des fermes russes de trolls avaient été publiées dans les médias russes dès septembre 2013 par Novaïa Gazeta, ainsi que par Delovoi Petersburg en novembre 2014.

En avril 2015, Alexander publiait la première analyse de réseaux sociaux à dévoiler de façon définitive l'ampleur de l'opération bots sur Twitter du Kremlin. Dans ces articles, commandés à l'origine par la contributrice de Global Voices Tetyana Lokot, Alexander rassemblait les preuves d'un réseau de pas moins de 20.500 comptes Twitter, synchronisant leur activité dans un effort concerté pour propager la désinformation. Il démontrait que ces comptes étaient composés essentiellement de bots, et relevaient d'une localisation et d'un établissement précis. Les découvertes d'Alexander ont aussi été largement rapportées par des médias d'information comme Tjournal.

Les leçons du pistage et des publications open-source

Ce travail a donné aux journalistes et enquêteurs les outils, méthodes et éléments de données pour identifier où se trouvaient ces comptes Twitter et leurs propriétaires. L'enquête d'Alexander en data open-source nous apprend que ces comptes laissent sur l'internet des empreintes digitales faciles à relever. Sa rétro-ingéniérie du code de Google Analytics a aussi contribué à identifier les faux sites d'information destinés à inonder les agrégateurs d'information en Russie à destination des audiences russes.

Ces techniques de recherche ont révélé que les Russes achetaient des annonces sur Google pour influencer et désinformer sur des sujets allant de la guerre dans l'est de l'Ukraine à la politique américaine et européenne.

D'autres journalistes et chercheurs ont bâti sur ce travail en examinant de plus près le trollage à la russe. En juin 2015 Adrian Chen a écrit son premier article sur le sujet dans la presse générale américaine, pour le magazine du dimanche du New York Times. Son travail ne comportait pas d'analyse avec des techniques ou des données open-source, mais proposait une enquête menée en personne dans l'immeuble de l'I.R.A.

Deux ans plus tard, ce travail fournit un cadre pour plus d'investigations sur les opérations russes. GV continue à traiter le sujet avec des dizaines d'articles en rapport.

Si cette recherche par les journalistes et enquêteurs judiciaires avaient été plus précoce et mieux soutenue, les preuves apportées auraient pu aboutir à une réduction des dégâts, ou du moins à une meilleure prise de conscience des agissements russes pour faire dérailler à grande échelle les processus démocratiques.

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