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En pleine répression de la dissidence, six militants vietnamiens des droits humains écopent de lourdes peines de prison

Cấn Thị Thêu, une activiste réputée du droit à la terre, est à la tête du cortège avec son fils, Trịnh Bá Tư. Sur sa pancarte est écrit : « Justice pour la Fraternité pour la démocratie.» Photo: capture d'écran sur la page Facebook de Trịnh Bá Tư

Cet article de Kathy Triệu a initialement été publié sur Loa, un site d'informations et une radio en ligne mis en place par le Viet Tan afin de diffuser des nouvelles sur le Vietnam. Il est reproduit sur Global Voices dans le cadre d'un accord de partage de contenu. 

Six activistes ont été condamnés à des peines allant de sept à quinze ans de prison pour subversion, à l'issue d'un procès bouclé en une journée à Hanoï. Il s'agit des condamnations les plus lourdes que l’État à parti unique ait prononcé ces dernières années.

L'avocat de défense des droits humains, Nguyễn Văn Đài, âgé de 48 ans, a écopé de la peine la plus longue, avec 15 ans de prison et cinq ans de résidence surveillée.

Selon Maître Luân Lê, qui a assuré la défense de plusieurs prévenus, Nguyễn Văn Đài aurait déclaré lors de l'audience, tenue sous haute sécurité : « Faire preuve de clémence envers les dissidents politiques aujourd'hui est en vérité un acte de clémence envers vous-même à l'avenir ».

Trương Minh Đức a fait écho à ces paroles, clamant : « Je n'ai aucun regret. Aujourd'hui vous me jugez, mais demain cela pourrait être vous que l'on juge ».

L'assistante juridique de Nguyễn Văn Đài, Lê Thu Hà, arrêtée en même temps que lui en décembre 2015, a été condamnée à neuf ans de prison. Le pasteur protestant Nguyễn Trung Tôn ainsi que Trương Minh Đức devront tous les deux passer douze ans derrière les barreaux. Nguyễn Bắc Truyển et Phạm Văn Trội seront emprisonnés onze et sept ans respectivement. Hormis Lê Thu Hà, tous sont des blogueurs et des journalistes citoyens passés par la case prison.

Les six activistes sont membres de l'organisation Fraternité pour la démocratie (Brotherhood for Democracy), qui promeut la participation citoyenne et délivre des formations en droits humains. Le groupe a démarré ses activités en 2013 et a été cofondé par Nguyễn Văn Đài.

Le procès des six activistes vietnamiens est terminé.

Nguyen Van Dai 15 ans
Nguyen Van Troi 7 ans
Nguyen Trung Ton 12 ans
Nguyen Bac Truyen 11 ans
Truong Minh Duc 12 ans
Le Thu Ha 9 ans

L'étau se resserre sur la dissidence

Commentant le procès, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Lê Thị Thu Hằng a affirmé : « Au Vietnam, il n'y a pas de ‘prisonniers de conscience’, et personne n'est arrêté pour avoir ‘exprimé son opinion librement’. »

Sur Twitter, les réactions ne se sont pas fait attendre.

C'est une mauvaise blague. Merci à ceux qui ont osé poser la question malgré tout. Les délégations étrangères au Vietnam ne devraient pas laisser les autorités se soustraire si facilement à leurs engagements internationaux en matière de droits humains.

Triste journée pour la liberté de la presse : un procès d'une seule journée pour sceller le destin de six blogueurs et activistes vietnamiens, dont le blogueur Nguyen Van Dai, condamné à 15 ans de prison, et le grand journaliste Truong Ming Duc, à 12 ans.

Selon une étude récente d’Amnesty International, le Vietnam compte actuellement près de 100 prisonniers de conscience. En 2017, plus de 40 activistes ont été arrêtés, ciblés par des mandats d'arrêt ou exilés dans le cadre d'une vague de répression contre la liberté d'expression.

L'Union européenne a elle aussi dénoncé les peines prononcées contre les activistes. Une porte-parole du Service européen pour l'action extérieure (SEAE) a déclaré que ce développement « marque la poursuite de l’évolution négative observée au Viêt Nam, s’agissant des procès et des condamnations dont les militants des droits de l’homme et les blogueurs font l’objet dans ce pays. »

Nguyễn Trung Trọng Nghĩa, le fils du pasteur Nguyễn Trung Tôn, a confié à Loa que sa famille et lui étaient affligés par le verdict. Nghĩa, aussi connu sous le nom de Effy, s'était rendu dans plusieurs pays pour y défendre la cause de son père ainsi que celle des autres membres de la Fraternité pour la démocratie :

It’s really horrible because my grandmother is already 90 years old. I don't think she’s going to last the next 12 years,” he said. “I don't think my father will get the chance to see her again. [We are] a family who has a member dedicating their lives to society and this is what we get from the government.”

C'est vraiment horrible, car ma grand-mère a déjà 90 ans. Je ne pense pas qu'elle durera ces douze prochaines années. Je doute que mon père ait la chance de la revoir. [Nous sommes] une famille dont l'un des membres a dédié sa vie à la communauté et voici ce que nous récoltons de la part du gouvernement.

Soutiens locaux et internationaux

Avant le procès, des sympathisants pro-démocratie ont parcouru à pied les deux kilomètres séparant l'église de Thái Hà du tribunal à Hanoï en solidarité avec les six activistes. Une vidéo diffusée en live sur Facebook montre que la mobilisation a été surveillée et finalement forcée de se disperser par les forces de sécurité et les policiers en civil. Selon l'agence de presse internationale AFP, au moins deux participants ont été emmenés dans des fourgonnettes blanches par les forces de sécurité, et plusieurs autres ont été emmenés dans des bus.

Dans les jours précédant le procès, des centaines de personnes autour du monde ont manifesté leur soutien aux activistes en partageant des photos avec des pancartes indiquant « La démocratie n'est pas un crime » accompagnées du hashtag #HAEDC, l'acronyme de la Fraternité pour la démocratie en vietnamien.

« La démocratie n'est pas un crime. #HAEDC » – L'activiste Héctor Castañón et sa famille depuis le Mexique. Photo tirée de la page Facebook de Việt Tân

Les organisations internationales de défense des droits humains et les familles des activistes tentent de faire connaître leurs cas depuis près de deux ans, et ont même attiré l'attention d'un mécanisme onusien. Les familles des activistes ont rencontré les représentants de sept ambassades étrangères en amont du procès afin de réclamer leur soutien et plaider pour leur intervention.

Des diplomates envoyés par les ambassades des États-Unis, du Royaume-Uni, de France, d'Allemagne, de Suède, de Norvège et d'Australie ont rencontré les familles des activistes. Photo publiée sur la page Facebook de Huyen Trang.

Alors que le procès se clôturait, et malgré la perspective de passer plus d'une décennie derrière les barreaux, Nguyễn Bắc Truyển a déclaré : « Je continuerai la lutte, et si je dois croupir en prison, d'autres à l'extérieur la continueront pour moi, et rien ne les arrêtera jamais. »

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