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Vision du handicap au Japon : ce que révèlent les mascottes des Jeux olympiques et paralympiques 2020

Tokyo 2020 Olympic and Paralympic Mascots

Les mascottes olympique et paralympique de Tokyo 2020 – la Mascotte olympique (à gauche) et la Mascotte paralympique (à droite). Capture d’écran de la chaîne Youtube officielle de Tokyo 2020.

[Billet d'origine publié le 17 mars 2018] Le Japon adore les mascottes. La plus connue pourrait bien être Kumanon (くまモン), la mascotte ours de la préfecture de Kumamoto, qui est devenue encore plus populaire après la série de tremblements de terre qui a secoué la région en 2016. De telles mascottes sont utiles, voire cruciales, surtout quand elles « créent » des marques. Elles sont primordiales pour le « Cool Japan » (la culture cool du Japon), le projet de rendre populaire la culture japonaise à l’échelle internationale. Bien sûr, ces mascottes sont aussi très rigolotes et très mignonnes. Personnellement, ma préférée est la mascotte de la chaîne japonaise publique NHK, Domo-kun.

Fin février 2018, le Japon a dévoilé ses mascottes pour les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo 2020. Elles n’ont pas de noms en particulier, mais sont simplement connues sous les noms de Mascotte olympique et Mascotte paralympique. Pour autant, elles ressemblent à des héros de mangas et d’animes, et sont dotées de super-pouvoirs et de traits de personnalité.

Retrouvez les Mascottes officielles trop mignonnes des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo de 2020.

Vous trouverez ici la description en anglais de la mascotte olympique sur le site Web officiel des Jeux olympiques de Tokyo 2020 :

The Olympic Mascot is a character that embodies both old tradition and new innovation. While cherishing tradition, it is always up to date with the latest news and information. The Mascot has a strong sense of justice and is very athletic. The Mascot also has a special power allowing it to move anywhere instantaneously. The Olympic Mascot was born from a traditional chequered pattern and a futuristic vision of the world.”

La Mascotte olympique est un personnage qui incarne à la fois tradition et innovation. Tout en respectant la tradition, la mascotte reste à la page en termes de nouveauté et d’information. Non seulement elle est à la fois très athlétique et a un vrai sens de la justice, mais elle est également dotée de pouvoirs spéciaux qui lui permettent de se mouvoir n’importe où instantanément. La Mascotte olympique est née d’un modèle traditionnel à carreaux et d’une vision futuriste du monde.

Grâce à sa capacité de se déplacer « partout à tout moment », cette mascotte olympique donne l’impression d’être très cool. C’est un super pouvoir que, moi-même, j’aimerais absolument détenir. Et en rassemblant à la fois la tradition et la nouveauté, cette mascotte représente le meilleur du Japon, une nation qui ne renie pas son passé, mais qui est également tournée vers l’avenir et accueille le futur à bras ouverts.

Toutefois, en tant que personne handicapée, j’étais plutôt curieuse à propos de la Mascotte paralympique pour les Jeux de Tokyo 2020. Elle est décrite comme suit :

The Paralympic Mascot is a cool character with cherry tactile sense [i.e., shaped like a cherry blossom] and a supernatural power. The Mascot is usually calm; however, it gets very powerful when needed. It has a dignified inner strength and a kind heart that loves nature. It can talk with stones and the wind. It can also move things just by looking at them. The Paralympic Mascot was born from a traditional chequered pattern and cherry blossom flowers.

La Mascotte paralympique est un personnage tranquille, avec un « toucher de cerise » [c'est-à-dire qu’elle a la forme d’un cerisier en fleurs] et un pouvoir surnaturel. La Mascotte est d’un naturel calme, mais peut devenir très puissante dès que nécessaire. Elle est emplie d’une digne force intérieure, d’un cœur bienveillant et adore la nature. Elle sait parler aux pierres et au vent. Elle peut aussi déplacer les objets rien que par le regard. La Mascotte paralympique est née à partir d’un modèle à carreaux et d’un cerisier en fleurs.

En tant que personne handicapée, je suis très touchée par les pouvoirs surnaturels et rêverais d’avoir le pouvoir du vent — imaginez tous les typhons que j’aurai pu éviter— et je n’attends qu’une chose : écouter ce que les rochers, les pierres ont à me dire. L’amour de la nature est également un trait typiquement japonais. Ce trait est également renforcé par le « touché de cerise » de la Mascotte paralympique, car il n'y a rien de plus japonais que le sakura, la fleur de cerisier.

Donc, on peut dire que j’aime vraiment la Mascotte paralympique.

Si on lit attentivement la description des traits de son caractère, on remarque qu’à l’inverse de son compagnon, la Mascotte paralympique n’est pas explicitement décrite comme « athlétique ». En tant que personne handicapée, je me demande bien pourquoi et je pourrais en déduire que les paralympiens ne sont pas « athlétiques ». Une autre lecture attentive noterait également que, alors que les mascottes sont censées être asexuées – d’où leur nom générique – la Mascotte olympique est bleue, couleur très souvent associée aux hommes et celle des Jeux paralympiques est rose, couleur associée aux femmes, au Japon comme partout ailleurs. La Mascotte paralympique est aussi dotée de traits stéréotypés féminins comme un « cœur bienveillant ».

Tout ceci n’a pas échappé à Dennis Frost, un maître de conférences au Kalamazoo College dans le Michigan qui a fait une recherche sur les Jeux paralympiques au Japon.

« Ces mascottes semblent avoir une identité sexuelle implicite », m'a dit le professeur au cours d'un échange privé sur Facebook. « Je suis vraiment frappé par la manière dont elles sont décrites. J’ai même vérifié leur description en japonaise pour vérifier qu’il ne s’agissait par d’un problème de mauvaise traduction. Au contraire, les différences sont encore plus frappantes en japonais, la Mascotte olympique étant caractérisée comme forte et active alors que son homologue paralympique est décrite comme presque complètement passive et douce. »

On peut toujours trop vouloir lire entre les lignes et personne n’aime ceux qui voient les choses en noir. Si les versions peluches des mascottes sont vendues comme souvenirs, je devrai absolument acheter la Mascotte paralympique pour aller avec ma Domokun. Mais pour conclure, je crois que je voudrais partager les mots de Grace Ohashi, une ancienne athlète judoka qui est malade et participe fréquemment à l’émission dédiée au handicap, “Barrier-Free Variery” sur la chaîne NHK.

« Quand j’ai lu les explications dans le journal, j’ai pensé : oh quelle vision arriérée des personnes handicapées » raconte Ohashi. « Mais après tout, je me suis dit que peu de gens liraient ces descriptions ! »

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