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Les infortunes de la ‘génération Windrush’ d'Angleterre profondément ressenties à travers la Caraïbe

Le SS Monte Rosa était en paquebot de ligne lancé en Allemagne en 1930. Pendant la 2e guerre mondiale, ce fut un navire de transport de troupes. A la fin de la guerre, il fut acheté par le Royaume-Uni et rebaptisé Empire Windrush. Le navire est connu pour avoir amené les premiers grands groupes d'immigrants des colonies britanniques de la Caraïbe au Royaume-Uni en 1948, d'où le nom de “Génération Windrush”. Photo par l'utilisateur de Flickr Alan, CC BY-NC-ND 2.0.

Le 21 juin 1948, le navire britannique de transport de troupes HMT Empire Windrush jeta l'ancre dans l'Essex, au Royaume-Uni. Il transportait un millier de passagers, dont 802 en provenance des territoires antillais sous contrôle britannique à l'époque : Bermudes, Trinidad et Tobago, Guyana, mais ce sont les Jamaïcains qui formaient la majorité à bord, avec un petit peu plus de 500. Ils emportaient leurs espoirs et ambitions pour une vie meilleure, ayant été “invités” par le gouvernement britannique à contribuer à compenser la pénurie de main d’œuvre d'après-guerre.

A présent, soixante-dix ans plus tard, la presse britannique est emplie des histoires individuelles déchirantes de cette génération âgée d'immigrants, qui se sont retrouvés harcelés, privés de protection sociale et même en train de perdre la liberté sous l'effet d'une modification des lois du Royaume-Uni sur l'immigration.

Arrivés au Royaume-Uni citoyens britanniques légitimes de colonies britanniques, les voilà englués dans la poussée d'un gouvernement de droite pour éliminer l'immigration illégale selon la politique dite d’“environnement hostile”.

Les changements dans les règles de l'immigration au Royaume Uni en 2012 et 2014 en particulier (sous l'autorité de la Ministre de l'Intérieur d'alors, aujourd'hui Première Ministre, Theresa May) exigèrent de la “génération Windrush” de prouver leur droit de rester en Grande-Bretagne en fournissant des preuves documentaires. Pour comble, il a été révélé que les archives des cartes de débarquement émises à l'arrivée de ces immigrants, qui auraient pu prouver depuis combien de temps ils vivaient au Royaume-Uni, ont été détruites par le Home Office (le ministère de l'Intérieur) en 2010.

Le déroulement progressif de cette saga fait monter l'indignation, l'incompréhension et l'amertume chez les internautes antillais, surtout pour ceux ayant des parents âgés vivant au Royaume-Uni.

En même temps, l’affaire de la génération Windrush permet aux Jamaïcains et à d'autres habitants de la région caraïbe de découvrir – et d'affronter — une période de l'histoire coloniale jusqu'à présent peu connue ou évoquée. Désormais, la plupart des “millennials” antillais qui suivent l'actualité connaissent la signification du mot “Windrush”.

Un article en ligne a relevé que ce scandale a aussi levé le voile sur un aspect de l'histoire également peu exploré au Royaume-Uni :

Britain has an ignoble history of exploiting Caribbean people when they were ‘useful’, then casting them aside as insufficiently ‘British’ when they were not.

Recent reports of the current Home Office crackdown on Commonwealth elders come as a horrifying surprise, but they tell of a history we have not faced. How did we get here?

La Grande-Bretagne a une tradition ignoble d'exploiter les Antillais quand étaient “utiles”, puis de s'en débarrasser comme insuffisamment “british’ quand ils ne l'étaient pas.

Les récentes informations du Ministère de l'Intérieur sévissant contre des aînés du Commonwealth arrivent comme une horrible surprise, mais disent une histoire que nous avons ignorée. Comment en est-on arrivé là ?

Les commentateurs jamaïcains partagent un sentiment d'injustice. Voire de grande amertume :

Les Britanniques nous amènent dans les Antilles pour effectuer du travail non payé et des services sexuels. Puis ils nous font vivre ici pour leur payer des impôts et leur garder leur richesse. Puis ils nous prennent dans leur armée pour combattre dans la 2e guerre mondiale. Puis ils nous emmènent en Angleterre pour la reconstruire. Puis ils nous exulsent.

Sur Facebook, un Jamaïcain d'ascendance britannique examine l'épineuse question de l'identité et des papiers, en Jamaïque même :

Lots of discussion about the Windrush generation being asked to prove their status. But right now we have plenty people in Jamaica who would be hard pressed to prove their status as Jamaicans. Talking about unregistered births, no voter ID, no passport, no land title, no TRN, no NIS, no bank account. This is more common than you think.

On parle énormément de la génération Windrush à qui on demande de prouver leur statut. Mais en ce moment même on a quantité de gens en Jamaïque qui auraient du mal à prouver leur statut de Jamaïcains. En question, les naissances non déclarées, l'absence de carte d'électeur, de passeport, de titre de propriété, de numéro fiscal, de numéro de sécurité sociale, de compte bancaire. C'est plus répandu qu'on ne croit.

Une commentatrice a réagi à l'informations que les papiers des ‘Windrush’ ont été détruits :

How wicked can government officials be, to consciously destroy the records of how their ‘subjects’ from their former colonies in the West Indies arrived in Britain and now are asking them and their descendants to prove their ongoing residency. What a piece a dishonesty; robbing the people of their right and preying on their vulnerabilities including lack of citizenship on the part of some.

Old documents are destroyed every day around the world – but I'm certain if these documents were deemed relevant to the ‘image’ of Britain they'd have found another way to store this information. It is a significant part of the history of the modern Black presence in Britain and the Caribbean. Yes, it matters. This is yet another (now) missing link in the historical movement of Black people who depend on ‘authorities’ to record, hold-for-safekeeping(?) and tell our story.

Quelle perversion de la part des responsables publics que de détruire délibérément les preuves de la manière dont les “sujets” de leurs anciennes colonies des Indes Occidentales sont arrivés en Grande-Bretagne, et de leur demander aujourd'hui, à eux et à leurs descendants, de prouver leur résidence continue. Quelle malhonnêteté : dépouiller les gens de leur droit et profiter de leurs vulnérabilités, y compris l'absence de citoyenneté de certains.

Chaque jour des archives sont détruites dans le monde, mais je suis sûre que si ces documents étaient considérés comme utiles à l'”image” de la Grande-Bretagne, on aurait trouvé une autre façon de stocker cette information. C'est une partie importante de l'histoire de la présence noire en Grande-Bretagne et dans la Caraïbe. Oui, ça compte. Voici encore un chaînon manquant dans le mouvement historique de la population noire qui dépend des “autorités” pour être enregistré, sauvegardé et dire notre histoire.

Un universitaire jamaïcain, se référant à la récente commémoration d'un meurtre raciste au Royaume-Uni, a publié cette réaction venue du cœur :

The Windrush era is not past tense but present continuous. We need to take an honest look at Mrs. May's policies like creating a hostile environment for illegal immigrants and refusing to meet the Caribbean Prime Ministers until forced to do so. We must stop believing in British fairplay, honour and all that[.] We need to understand foulplay and all of the elements of the Empire. At the same time we cannot stress the need to fix our country/countries. People take liberty with us because we are indebted and have not calculated what we are owed. Today there is another damaging report about the tribulation and racist vestiges associated with the 25 year matter of justice for Stephen Lawrence.

L'ère Windrush ne se conjugue pas au passé mais au présent. Il nous faut regarder avec lucidité les politiques de Mme May comme celle de créer un environnement hostile aux immigrants illégaux, et refuser de rencontrer les Premiers Ministres jusqu'à ce que nous y soyons forcés. Nous devons cesser de croire au fair-play et à l'honneur britanniques, et tout ça. […] Nous devons comprendre ce que sont le crime et tous les éléments de l'Empire. En même temps on ne peut éviter d'insister sur la nécessité de réparer notre, nos pays. On prend des libertés avec nous parce que nous sommes endettés et n'avons pas calculé notre dû. Aujourd'hui il y a de nouvelles informations dévastatrices sur les tribulations et les vestiges racistes de 25 ans d'affaire judiciaire du meurtre de Stephen Lawrence.

Du côté positif, un journaliste en Dominique a loué les personnalités politiques britanniques noires qui ont parlé haut et fort de l'affaire Windrush :

C'est REVIGORANT de voir les députés aux racines caribéennes David Lammy et Hackney Abbott bien se tenir dans l'intérêt public et pour les droits humains. Dieu bénisse la génération Windrush.

Et ceux qui ont déjà été expulsés ?

Le Home Office britannique a fini par annoncer que “les membres de la génération Windrush arrivés au Royaume-Uni avant 1973 seront éligibles à la libre citoyenneté.”

Si la mesure a été généralement bien (mais prudemment) accueillie, des éditoriaux de presse comme celui du Jamaica Observer ont souligné l'importance de se préoccuper des expulsions depuis 2014 de Jamaïcains âgés, une question soulevée par le député David Lammy. Un autre Jamaïcain a partagé sur Facebook [lien non publiquement accessible] :

The Windrush generation and their descendants are now to get citizenship. I wonder how many of those deported over the last two decades will qualify?
Will there be a concerted effort by the various governmental agencies to help any so qualified?
If this were a developing country treating people like this, how would they have been described???

La génération Windrush et ses descendants vont maintenant acquérir la citoyenneté. Je me demande combien de ceux expulsés ces vingt dernières années rempliront les conditions ?
Y aura-t-il une opération concertée des différents services gouvernementaux pour aider tous ceux-là ?
Si c'était un pays en développement qui traitait ainsi les gens, comment l'aurait-on qualifié ???

L'apogée du tollé sur Windrush a coïncidé avec la présence à Londres du premier ministre jamaïcain Andrew Holness et des autres dirigeants de la Communauté caribéenne (CARICOM) à l'occasion du Sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth. M. Holness a donné plusieurs entretiens à la presse, et grâce à la présidence jamaïcaine de la CARICOM en ce moment, accompagné de sa ministre des Affaires étrangères Kamina Johnson Smith, il a rencontré la première ministre britannique Theresa May.

Le Haut-commissaire de la Barbade à Londres a également défendu avec éloquence la génération Windrush dans les médias britanniques.

On n'a toutefois pas bien compris si le premier ministre Holness prenait la défense des “Jamaïcains” ou des citoyens britanniques, témoignant de l'ambivalence perpétuelle de la notion de “diaspora”, un facteur qui complique le problème Windrush pour de nombreux Jamaïcains :

[Les leadeurs d'un pays doivent être vus comme protégeant leurs citoyens à tout prix. C'est leur responsabilité.On a eu trop d'exemples du contraire, revenant à des monstruosités et des atrocités].

Les personnes dont nous défendons (à juste titre) les intérêts ne sont pas NOS citoyens. Ils sont Britanniques. C'est exactement l'idée que même si vous êtes nés dans un pays, si vous n'êtes pas membres de la race majoritaire, càd blanc, vous ne pouvez pas être un citoyen qui a contribué à cette injustice.

[Je comprends. Cette affaire montre les niveaux multiples. Je me souviens d'avoir rencontré des jeunes Britanniques noirs qui donnaient la Jamaïque ou Ste Lucie etc comme leurs lieux de naissance alors qu'ils n'y étaient jamais été. Le niveau d'aliénation qu'ils connaissaient en vivant en Angleterre était tel.]

C'est pourquoi je n'aime pas la tendance des décideurs à se centrer sur ce que la Diaspora peut faire pour “nous” (dans le pays d'original ou ancestral). Nous devons prêter attention à ceux qui s'identifient comme Jamaïcains/Antillais et soutenir leurs luttes dans leurs pays d'adoption/de naissance

D'autres Jamaïcains n'étaient pas très sûrs que Holness ait touché juste :

Holness dit à la génération Windrush dans la diaspora qu'ils “ne sont pas apatrides” et qu'ils “seront toujours chez eux en Jamaïque”. Ce N'est PAS ainsi qu'ils veulent être rassurés. MDR

Pendant ce temps, un vol affrété pour des expulsions doit quitter le Royaume-Uni la semaine prochaine, et il se dit que des membres de la génération Windrush pourraient être à son bord. Des manifestations pour l'empêcher sont en préparation. La ministre de l'Intérieur Amber Rudd a démissionné, emportée par le scandale. Nul doute que Windrush reste une question ouverte et hautement politisée en Angleterre comme dans les Antilles.

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