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Pendant que le gouvernement russe s'échine à bloquer Telegram, les internautes trollent le Roskomnadzor

Le 1er mai, des activistes anonymes ont piraté le site du Roskomnadzor et remplacé sa page d'accueil par des caricatures tournant en ridicule les tentatives gouvernementales pour bloquer la messagerie Telegram.

[Billet d'origine publié le 9 mai 2018 – Sauf mention contraire, les liens renvoient vers des pages en russe.]

Le «Mouvement de résistance numérique»  de Russie est entré en lutte contre la «liste noire» de l'internet, le répertoire en constante augmentation des sites interdits par le gouvernement russe.

Depuis le 16 avril, le Roskomnadzor, l'agence de surveillance des médias russes, essaie — avec un succès variable — de bloquer la très populaire messagerie [Fr] Telegram. Depuis cette date, la «liste noire» — le registre des sites bloqués — fait l'accordéon, s'allongeant ou rétrécissant brusquement.

Ces tâtonnements du gouvernement ont provoqué des dommages collatéraux colossaux. Des millions d'adresses IP et de services internet n'ayant rien à voir avec Telegram ont été bloqués quand le Roskomnadzor s'en est pris à des services internet de «cloud» utilisés par Telegram et aussi par beaucoup d'autres, ce qui, selon certaines sources, pourrait coûter jusqu'à un milliard de dollars aux compagnies russes. Le 8 mai, le Roskomnadzor a commencé à retirer des sites de la «liste noire», ce qui équivaut à un aveu tacite de défaite.

Début mai, des développeurs indépendants ont créé un live-tracker pour tracer en temps réel le nombre d'adresses IP en train d'être bloquées en Russie.

Le 5 mai au matin, le traqueur a enregistré un phénomène étrange: le nombre global d'adresses IP bloquées est resté pendant un certain temps à osciller entre, très exactement, 47 000 et 55 000. Des observateurs particulièrement perspicaces ont remarqué que cela donnait un motif répété qui pouvait se lire comme de l'alphabet morse. On obtenait alors ces mots: «Digital Resistance».

DIGITAL RESISTANCE en morse // Capture roem.ru

«Résistance numérique», ou quand une masse d'activistes trouvent très vite un moyen de contourner la censure: c'est ainsi que le créateur de la messagerie Telegram, Pavel Dourov, avait baptisé cette forme de réponse des usagers quand le Roskomnadzor a commencé à essayer de bloquer Telegram, en avril.

Cette résistance a bien vite débordé le seul domaine d'internet. En réponse à cette tentative de censure ratée, les gens sont descendus dans la rue par milliers. 

Dernière étape en date de ce mouvement de protestation, plutôt qu'un piratage qui aurait consisté à modifier le répertoire du Roskomnadzor, une «manip» bien plus simple. A en croire les experts du net, il y a quelqu'un qui achète des noms de domaine se trouvant sur la liste, se contentant d'y ajouter des adresses IP et d'en supprimer d'autres. Ce qui en réalité ne provoque ni blocage ni déblocage des sites concernés, mais modifie la lecture «live» du traqueur. Le résultat apparaît sur son interface: «Digital Resistance» en morse.

Bien que certains soupçonnent depuis le début une manœuvre exécutée par un employé du Roskomnadzor, le plaisantin a été identifié le 6 mai, et il s'appelle Leonid Evdokimov. Il a affirmé à wikinews.ru qu'il ne s'agissait pas d'un appel à la lutte armée, mais d'une blague inoffensive.

Sur le traqueur, le message complet est le suivant: «DIGITALRESISTANCE543210VOISTINUPOPOV». Alexandre Popov est un ingénieur considéré, en Russie et dans plusieurs pays d'Europe de l'Est, comme l'inventeur de la radio. Le message devait être transmis en entier le 7 mai, qui est la Journée de la radio en Russie.

Ce n'est pas la première fois que de telles ripostes sont utilisées contre le pouvoir russe. Ansi, rappelle Roem.ru, en 2012, quand un site a été bloqué par le fournisseur d'accès, le propriétaire du site a modifié les paramètres DNS pour y inclure le site du ministère de la Justice de la Fédération de Russie, qui s'est trouvé bloqué par la même occasion.

Plus près de nous dans le temps, le site du Roskomnadzor s'est fait pirater, accueillant un message de soutien à Telegram. D'autres sites gouvernementaux ont des vulnérabilités [en anglais] qui pourront être exploitées dans un futur proche pour réitérer ces petites blagues.

Alors que le Roskomnadzor semble en pleine improvisation dans sa politique de blocage, ses opposants exploitent habilement les failles aussitôt qu'elles se présentent, de sorte que la «Résistance numérique» va pouvoir sans problème continuer à jouer les cailloux dans la chaussure du gouvernement russe.

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