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Philosophie et courte sélection des films de Hirokazu Kore-eda, lauréat de la Palme d'Or du Festival de Cannes 2018

万引き

Légende : “(Le réalisateur Hirokazu Kore-eda), obtient la Palme d'or du Festival de Cannes.”  Arrêt sur image de la chaîne YouTube officielle de GAGA (distributeur et promoteur de “Une affaire de famille”).

En mai 2018, Hirokazu Kore-eda est devenu le premier metteur en scène japonais en vingt-et-un ans à remporter la Palme d'or du Festival du film de Cannes. C'était sa sixième nomination à Cannes, et il avait déjà gagné le Prix du jury en 2013 pour son film “Tel père tel fils”.

Généralement considéré comme le festival cinématographique le plus prestigieux au monde, le Festival de Cannes ne présente chaque année qu'une courte sélection de films. Le Festival a lancé les carrières de nombreux réalisateurs influents, dont des précédents lauréats de la Palme d'or comme Jane Campion (Le piano), Quentin Tarantino (Pulp fiction) ou Carol Reed (Le troisième homme).

Le dernier Japonais à remporter la Palme d'or avait été le réalisateur de la Nouvelle vague japonaise Shohei Imamura, en 1997, pour “L'Anguille”.

Kore-eda, lui, l'a gagnée pour son long-métrage “Une affaire de famille”, qui, affirme-t-il, est basé sur des faits réels [en]. Les acteurs Lily Franky et Kirin Kiki, fréquents collaborateurs de Kore-eda, tiennent les rôles principaux de cette histoire d'une famille de voleurs à la sauvette survivant avec peine au seuil de la pauvreté, à Tokyo.

Les films de Kore-eda explorent généralement le thème des relations familiales tout en documentant les expériences humaines. Bien que Kore-eda soit souvent comparé [en] au metteur en scène des années cinquante Yasujirō Ozu, Kore-eda lui-même a expliqué qu'en tant que metteur en scène, il se sent plus proche de Ken Loach [en], le réalisateur socio-réaliste britannique, dont le naturalisme veut “saisir la vérité de l'instant” [en].

D'aucuns ont suggéré que “Une affaire de famille” se veut une critique d'un Japon en difficulté et de plus en plus inégalitaire dans lequel, ces vingt dernieres années, les salaires ont stagné et les disparités économiques ont augmenté.

Au Japon, le film a provoqué des réactions. Ainsi, le célèbre commentateur d'extrême-droite et magnat de la rhinoplastie Takasu Katsuya [en] l’ a critiqué :

N'est-ce pas une honte mondiale qu'une personne japonaise remporte une récompense pour avoir fait un film sur une famille de voleurs à la sauvette japonais ? Rien qu'un exemple d'une nation sur le déclin.

Kore-eda a répondu aux tirs de Takasu et d'autres dans une interview [en] récente avec le Foreign Correspondents Club of Japan [le Club des correspondants de presse du Japon, NdT] :

A film is not a vehicle to accuse, or to relay a specific message. If we reduce a film to this, we lose all hope for cinema to ignite a richer conversation. I have never made a film to praise or to criticize something. That kind of filmmaking is nothing but propaganda.

Ce film n'est pas un moyen d'accuser ni de transmettre un message particulier. Si nous réduisons un film à cela, nous perdons tout espoir que le cinéma déclenche une conversation plus riche. Je n'ai jamais fait de film pour louer ou critiquer quoi que ce soit. Ce genre de cinéma n'est rien que de la propagande.

Après sa victoire de mai, il a également décliné une invitation à rencontrer et être récompensé par le ministre de la Culture du Japon :

Reflecting on the past where the film industry became united with ‘national interest’ and ‘national policy,’ I tend to think that keeping a clear distance from government authority is the right thing to do.

Quand je songe à l'époque ou l'industrie cinématographique s'était unie à “l’intérêt national” et à la “politique nationale”, j'ai tendance à penser qu'il vaut mieux rester à une bonne distance de l'autorité gouvernementale.

Petite sélection des films de Hirokazu Kore-eda

Hirokazu Kore-eda a réalisé dix-huit films et documentaires depuis 1991. Presque tous utilisent un style réaliste pour explorer l'expérience humaine, souvent dans le contexte familial.

Maborosi (幻の光, 1995)

Basé sur l’œuvre du romancier Teru Miyamoto, Maborosi [mirage, ou lumière fantôme, NdT] raconte l'histoire d'une jeune mère devenu veuve à la suite du suicide inexpliqué de son mari, qui se remarie et emménage sur la lointaine péninsule de Noto. Selon la critique du New York Times [en] :

Watching the film, which has little dialogue and many lingering shots of the Japanese landscape, one has an uncanny sense of entering the consciousness of the main character and seeing through her eyes, all without really knowing her.

En regardant ce film, qui comporte peu de dialogues et de nombreux plans persistants des paysages japonais, on a une impression troublante d'entrer dans la conscience du personnage principal et de voir à travers ses yeux, tout en ne la connaissant pas vraiment.

Les “plans tatami” en intérieur que Kore-eda utilise dans sa mise en scène, combinés avec son intérêt pour ses personnages et la vie de famille a donné lieu à des comparaisons avec le réalisateur Yasujirō Ozu.

After Life (ワンダフルライフ, 1998)

Dans ce film de 1998, les défunts parviennent au paradis en choisissant leur souvenir le plus heureux : ils passeront l'éternité à se rappeler de ce moment. Ceux qui ne peuvent pas se décider sont à la place employés comme bureaucrates et conseillent les morts quand ceux-ci se remémorent leur passé. Pendant l'écriture du scénario, Hirokazu Kore-eda s'est entretenu avec quelques cinq cent personnes et leur a demandé de choisir un souvenir dont ils voudraient se rappeler pour toujours.

En 1999, Roger Ebert écrivait [en] :

Kore-eda, with this film and the 1997 masterpiece ‘Maborosi,’ has earned the right to be considered with Kurosawa, Bergman and other great humanists of the cinema. His films embrace the mystery of life, and encourage us to think about why we are here, and what makes us truly happy.

Avec ce film et son chef-d’œuvre de 1997 Maborosi, Kore-eda a gagné le droit d’être considéré l'égal de Kurosawa, Bergman et d'autres grands humanistes du cinéma. Ses films embrassent le mystère de la vie et nous encouragent à réfléchir aux raisons pour lesquelles nous sommes ici et à ce qui nous rend vraiment heureux.

Nobody Knows (誰も知らない, 2004)

Inspiré de faits réels [en], Nobody Knows est l'histoire de quatre enfants abandonnés par leur mère (et dont on ne voit jamais le père) dans un appartement de Tokyo. En l'absence de parents ou d'adultes, les enfants recréent leur propre famille tout en luttant pour survivre, et le film montre la facon dont les liens sociaux ont été rompus dans le Japon contemporain [en].

Still Walking (歩いても 歩いても, 2008)

Avec ses plans en intérieur bas et ses scènes de famille, ce film de 2008 a lui aussi mené à des comparaisons avec Ozu. Still Walking examine comment, au cours d'un week-end pendant lequel une famille se réunit pour commémorer un de ses disparus, les familles communiquent, ou choisissent d'éviter de communiquer.

Selon le critique Peter Bradshaw [en] :

Unlike family dramas as conceived of in British or American drama, there are no crockery-smashing rows. ­Resentments and anger are contained within the conventions of politeness and respect. But this, I think, reflects the truth about the quiet, undramatic real lives of all families anywhere […]

À la différence des drames familiaux tels qu'ils sont conçus au Royaume-Uni ou aux États Unis, il n'y a pas de dispute ni de vaisselle cassée. Le ressentiment et la colère sont contenues par les conventions de la politesse et du respect. Mais ceci, je pense, reflète la vérité des vies calmes et sans drame de toutes les familles partout dans le monde […]

Pour en apprendre davantage sur les films de Kore-eda, l'Institut du film britannique propose un excellent guide (en anglais).

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