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Port Harcourt, la ville à la « suie très épaisse »

Catégories: Nigéria, Cyber-activisme, Développement, Environnement, Médias citoyens

Capture d'écran de la campagne #StoptheSoot à Port Harcourt, Nigeria

Port Harcourt, centre de l'industrie pétrolière nigériane, est depuis longtemps étouffée  [1]par une suie épaisse, poussiéreuse et toxique au point de susciter des craintes pour la santé de son million d'habitants.

L'air empoisonné a conduit les résidents à sans cesse nettoyer la suie de leurs voitures et de leurs maisons et à porter des tenues protectrices afin de se prémunir, ce qui a déclenché une prise de conscience du public concernant l'étendue et la sévérité de cette crise. Sataah Nubari a déclaré à CNN [2] :

“You're wiping your face with a handkerchief and everything is black. You're trying to clean your car and everything is black. Or you look at the soles of your feet and it is just pitch black.”

« Vous vous essuyez le visage avec un mouchoir et tout est noir. Vous essayez de nettoyer votre voiture et tout est noir. Ou bien vous regardez la plante de vos pieds et elle est toute noire. »

George Kerley, rédacteur au journal TheCable [3], a également mis en garde sur les conséquences :

The increasing level of soot in the air and environment of Port Harcourt is largely due to two factors, the activities of security agencies who burn off illegally bunkered petroleum products and the activities of illegal oil refinery operators who run their operations from the creeks and hinterlands of some of the communities around and surrounding Port Harcourt. It has been established that soot causes cancer and lung disease and maybe the second biggest human cause of global warming. It has also been established that long-term exposure to urban air pollution containing soot increases the risk of coronary artery disease.

Les niveaux croissants de suie dans l'air et dans l'environnement de Port Harcourt sont principalement dus à deux facteurs : d'une part, aux activités des agences de sécurité qui brûlent des produits pétroliers stockés illégalement et d'autre part aux activités des exploitants de raffineries clandestines opérant depuis les criques et l'arrière pays entourant Port Harcourt. Il a été démontré que la suie est responsable de cancers et de maladies pulmonaires et pourrait bien être la deuxième cause humaine principale du réchauffement climatique. Il a également été démontré qu'une exposition sur le long terme à une pollution urbaine contenant de la suie augmente le risque de maladie coronarienne.

Tandis que les habitants partout dans la ville font part de leur inquiétude concernant le risque environnemental, le Ministère de l'Environnement nigérian a qualifié la pollution de l'air de « situation d'urgence [4] » en début d'année dernière mais a rejeté la responsabilité [5] sur les raffineries illégales de pétrole et les pneus brûlés.

Le jeu des reproches n'a ni fait disparaître la suie ni rendu l'air plus propre, conduisant les Internautes à laisser éclater leur colère sur Twitter avec le hashtag #StoptheSoot [6] (Arrêter la suie).

Un utilisateur de Twitter montre les gratte-ciel de la ville enveloppés d'épaisses fumées noires :

#stop the soot, ce n'est pas juste l'affaire de Port Harcourt, c'est presque partout dans le [Nigeria du] Sud, c'est affreux

Un autre a partagé cette photo de la suie qui recouvre sa maison :

C'est ça qu'on respire ici à Port Harcourt ! Oh là là… Je nettoie ma chambre ce matin !

D'un hashtag sur Twitter, #StoptheSoot [15] s'est transformé en un mouvement environnemental à part entière, exigeant un air propre et un environnement sécurisé dans toute la zone de l'Etat de Rivers située dans le Delta du Niger. Le groupe de plaidoyer est descendu manifester  [16]dans la rue et a eu plusieurs réunions [17] avec le gouvernement de l'Etat de Rivers.

Une autre action menée par des citoyens du collectif Global Shapers Community de Port Harcourt [18] a par ailleurs attiré l'attention du monde entier sur la catastrophe environnementale locale lorsque le groupe a déposé une plainte officielle auprès du Programme des Nations Unies pour l'Environnement.

Selon les explications [19] d’Ebenezar Wikina [20], membre du groupe :

The funniest thing is people who are freaking out the most about the soot are people who just got to know about it only few weeks or days ago. The soot thing was first noticed by Port Harcourt residents as far back as October 2016. Yes, October…. Although the Commissioner for Environment, Prof Roseline Konya, eventually came out to engage citizens through various radio stations in Port Harcourt, but in the heat of our advocacy the authorities were silent. The best we heard was that testing was currently being done. Testing, Testing. Testing what? Is it a microphone? People were vexed! The hashtag trended for days as people kept showing evidence of the soot around them — at home, at work, and even in their nostrils.

It was at this time the Port Harcourt Global Shapers decided to call for higher powers. We started a petition on Change.org (which at the moment is closing in on 300 signatures). We have taken it further by informing [United Nations] UN Environment officially about the issues. Of course, the UN cannot come down to solve our problems for us but maybe if the international community is aware, the challenge we’re facing will be handled with more urgency.

Le plus drôle, c'est que les gens qui flippent le plus à cause de la suie sont ceux qui ont découvert le problème il y seulement quelques semaines voire quelques jours. Cette suie a été remarquée pour la première fois par les habitants de Port Harcourt en octobre 2016. Oui, en octobre… Même si la déléguée à l'Environnement, la professeure Roseline Konya, est finalement intervenue auprès des citoyens par l'intermédiaire de différentes radios de Port Harcourt, les autorités sont restées silencieuses dans le feu de notre plaidoirie. Le meilleur qu'on ait entendu, c'est qu'il y avait des tests en cours. Des tests, des tests. Des tests de quoi ? d'un micro ! Les gens étaient énervés ! Le hashtag a fait le buzz pendant des jours tandis que les gens continuaient d'apporter des preuves de la suie autour d'eux : à la maison, au travail et jusque dans leurs narines.

C'est à ce moment là que les Global Shapers de Port Harcourt ont décidé d'exiger des pouvoirs plus importants. Nous avons lancé une pétition sur le site Change.org (qui a recueilli près de 300 signatures jusqu'à maintenant). Nous sommes allés jusqu'à informer officiellement l'ONU Environnement de ces problèmes. Bien sûr, les Nations Unies ne peuvent pas venir résoudre nos problèmes à notre place, mais peut être qu'en mettant la communauté internationale au courant, le défi auquel nous sommes confrontés sera traité de manière plus urgente.

Le mouvement réclame des actions urgentes et plus vigoureuses pour protéger l'environnement, affirmant que la clé du développement durable et des droits de l'homme se trouve dans un environnement sécurisé et sain.