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À l'approche des élections, les journalistes et militants pakistanais en danger croissant d'agression et d'enlèvement

Une photo de la maison saccagée. Source: le compte Twitter de Raza Rumi (rédacteur en chef du Daily Times)

A moins d'un mois des élections nationales, les journalistes et militants pakistanais voient les attaques et les actes d'intimidation se multiplier contre eux et leurs proches.

Cette élection marquera la deuxième transition démocratique du pouvoir dans l'histoire du pays. La première a eu lieu en 2013, lorsque le Parti du peuple pakistanais [fr] (PPP) d'Asif Ali Zardari a remis les rênes du pouvoir à la Ligue musulmane du Pakistan [fr] (PML-N) de Nawaz Sharif. Avant 2008, aucun gouvernement démocratique n'avait achevé ses cinq années de mandat.

Dans ce contexte, les attaques contre les journalistes et les militants témoignent de la volonté de puissantes forces – nombreuses au Pakistan – de garder le pouvoir entre les mains de certains acteurs et d'empêcher les voix indépendantes d'en tenir le pouvoir responsable.

Marvi Sirmed

Le 21 juin à Islamabad, Marvi Sirmed, correspondante du Daily Times et défenseure des droits de l'homme, a découvert à son retour d'une visite à Lahore que sa maison avait été saccagée. Deux ordinateurs portables, un smartphone, des passeports de membres de la famille et d'autres documents de voyage ont été pris.

Le rédacteur du Times Daily Raza Rumi a tweeté:

Extrêmement troublant ! La correspondante du @dailytimespak & rédactrice @marvisirmed à Islamabad a été saccagée alors qu'elle et son mari @sirmedmanzoor étaient partis pour les vacances d'Eid. Ont été emportés par les “voleurs” des ordinateurs portables, 1 smartphone et des documents de voyage.

La Commission des droits de l'homme du Pakistan (HRCP) a exprimé sa vive inquiétude quant au raid sur la maison de Sirmed. Dans une déclaration publiée le 23 juin, la Commission a déclaré :

Our council member Marvi Sirmed’s long-standing record as a human rights defender speaks for itself in an environment that is increasingly hostile to criticism, much less dissent. That the family’s travel documents were stolen along with their laptops and smartphone, and their home so deliberately ransacked, are not the marks of commonplace burglary

Le fait que Marvi Sirmed, membre du Conseil, soit défenseur des droits humains de longue date parle de soi-même dans un environnement qui est de plus en plus hostile aux critiques, et encore plus à la dissidence. Que les documents de voyage de la famille aient été volés avec leurss ordinateurs portables et smartphone, ainsi que le saccage délibéré de leur maison, ne sont pas les marques d'un cambriolage banal.

Ahmad Goraya

Les activistes et les journalistes au Pakistan voient également une augmentation des menaces contre les membres de leur famille. Le blogueur pakistanais Ahmad Goraya, qui réside aux Pays-Bas et est connu sur Facebook pour ses critiques satiriques de l'armée pakistanaise, a affirmé sur Twitter que des hommes de l'agence de renseignement pakistanaise ISI avaient rendu visite à ses parents âgés le 20 juin. Ils leur ont dit avoir des “ordres forts et clairs” d'enlever et torturer son père et attaquer sa famille, tout cela pour donner une leçon à Goraya.

Suite : Des hommes de l'agence de renseignement pakistanaise ISI ont rendu visite à mes parents âgés au Pakistan hier 20 juin. Ils ont dit haut et fort qu'ils avaient l'ordre d'enlever et de torturer mon père et d'attaquer ma famille pour me donner une leçon. Ce n'est pas le premier incident.

Ce n'est pas la première fois que Goraya rencontre de tels problèmes. En janvier 2017, il a disparu pendant près de trois semaines. Après sa libération, il a déclaré à la BBC qu'il croyait que les personnes qui l'avaient kidnappé et torturé étaient liées à une institution gouvernementale.

La HRCP a également condamné cette tactique de menace :

La HRCP condamne sans équivoque la tentative de réduire au silence le défenseur des droits humains AW Goraya. Utiliser des parents âgés vulnérables d'une personne comme levier n'est rien de moins que de la lâcheté

La Commission a fait une déclaration publique suite à l'incident:

The Commission has also expressed its alarm at the growing frequency with which human rights defenders are being targeted. HRCP calls for a public and transparent investigation of the incident to make it clear that such callous attempts to intimidate human rights defenders or their families are unacceptable and unconstitutional. This ugly state of affairs simply cannot be allowed to continue.

La Commission a également exprimé son inquiétude face à la fréquence croissante des attaques contre les défenseurs des droits de l'homme. La HRCP réclame une enquête publique et transparente sur l'incident afin qu'il soit clair que de telles tentatives d'intimider les défenseurs des droits humains ou leurs familles sont inacceptables et inconstitutionnelles. Cet détestable état de choses ne peut tout simplement pas être autorisé à continuer.

Gul Bukhari

Plus tôt ce mois-ci, la journaliste et militante Gul Bukhari a été enlevée à Lahore. Elle était en route pour le studio de télévision Waqt pour un talk-show quand elle a été interceptée par des inconnus.

Le Comité pour la protection des journalistes, une organisation indépendante qui œuvre pour la promotion de la liberté de la presse dans le monde, a exprimé son inquiétude face à la disparition de Bukhari et a appelé la police à assurer son retour rapide et sûr :

Le CPJ est alarmé par les informations selon lesquelles @gulbukhari a été enlevée à Lahore. La police devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour enquêter et assurer son retour rapide et en toute sécurité. Les journalistes pakistanais ont vu assez de tragédies.

Après une brève disparition, Mme Bukhari était de retour chez elle et a exprimé via Twitter sa gratitude pour tous ceux qui ont uni leurs forces pour son bien-être, y compris les amis, la famille, les collègues ainsi que les sympathisants dans la société civile et le journalisme.

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude et mon amour à mes amis, ma famille, mes collègues et sympathisants dans la société civile, le journalisme et la politique pour s'être unis dans la solidarité par souci de mon bien-être hier soir.

Les préoccupations au sujet de la liberté d'expression et de la censure de la presse augmentent également à l'approche des élections. Ces derniers mois, Geo TV du groupe Jang a été coupée dans la majeure partie du pays. Un certain nombre d'éditeurs de journaux ont été contraints de ne pas publier les articles dissidents dans les journaux. Certains journalistes, dont Asad Kharal, ont été agressés publiquement pour avoir été critiques dans leurs écrits.

Au Pakistan, de nombreux incidents de ce type ont des motivations politiques et les affaires d'attaques contre les journalistes ne sont souvent pas élucidés. Dans le climat actuel, avec la domination de l'armée, l'absence de réforme électorale, le faible niveau d'alphabétisation et la marginalisation des mouvements de gauche, l'adhésion obstinée du Pakistan à la démocratie témoigne de la résilience du pays et de sa foi dans le pouvoir des élections.

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