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En Espagne, la liberté provisoire accordée à la “Meute” ressentie comme une banalisation des abus sexuels

Manifestation sur le place de la Constitution à Malaga contre la décision judiciaire dans l'affaire de “La Manada”. Photo CANVALCA, reproduite sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International.

Une caution de 6 000 euros est tout ce qui sépare de la liberté les participants de “La Manada (la Meute)”, le groupe protagoniste d'un viol collectif pendant les fêtes de la Saint Firmin de 2016. L'Audience (tribunal) de Pampelune a décidé, par deux voix contre une, d'accorder la liberté provisoire aux accusés en attendant un jugement sur l'incrimination proposée par la défense des mis en cause.

Les jeunes hommes ─dont le sobriquet provient du groupe Whatsapp sur lequel ils diffusaient leurs “prouesses” sexuelles─ ont passé presque deux ans en détention préventive, et en l'absence de condamnation ferme, c'est la durée limite de privation de liberté, bien que ce délai puisse être prolongé dans la pratique, et toujours si le tribunal en décide ainsi. L'un des deux magistrats qui se sont prononcés en faveur de la remise en liberté de la Meute est le juge Ricardo González, qui a émis un vote particulier polémique en ce qu'il exonère les défendeurs d'un quelconque délit contre le consentement sexuel, et constate dans la vidéo des faits une expression “détendue et distanciée” sur le visage de la victime s'ajoutant à “une désinhibition totale et des actes sexuels explicites tous dans une ambiance festive de bamboche”. L'autre vote en faveur de la décision émane de la seule femme du tribunal, la juge Raquel Fernandino, tandis que le président, José Cobo, était un ferme partisan de la prorogation de l'emprisonnement.

Une affaire riche en polémiques

Après le scandale qu'avait provoqué le verdict en première instance ─considéré comme trop clément par une bonne partie de la société espagnole, puisque les juges avaient vu des indices non de viol, mais d’ “agression sexuelle”─ la liberté provisoire accordée aux membres de la Meute a fait l'effet d'une douche froide. L'audience de Navarre a considéré que la perte de l'anonymat et le faible pouvoir d'achat des violeurs présumés compliquaient leur fuite ou leur récidive, outre l'éloignement de leur lieu de résidence d'avec celui de la victime. La journaliste Laura Duarte traduit sur Twitter :

Les visages des cinq de la Meute sont connus, nous devons donc être sur nos gardes. Autrement dit, faire attention en marchant. Voilà la conclusion qui émane du jugement de l'Audience de Navarre, qui laisse entendre que la perte de l'anonymat évite qu'ils recommencent. Terrible.

L'avocat défenseur du groupe a attribué à “la solidarité entre les familles” le paiement en peu de temps de la caution. Il a aussi critiqué la mobilisation sociale qu'a provoquée cet incident, affirmant que “toutes ces manifestations hystériques montées par un parti sont injustifieés et injustifiables”.

Sur les réseaux sociaux, les avis sont généralement très critiques de la décision judiciaire. Miguel Urbán, eurodéputé Podemos, a twitté :

Le tribunal qui a estimé qu'il n'y a pas eu agression considère maintenant qu'il n'y a pas de risque de fuite ou de récidive. Le mouvement féministe montre qu'il est plusieurs pas en avant de la société ; la justice patriarcale est encore plusieurs kilomètres derrière.

Le scénariste Sergio Santesteban doute de l'impartialité du tribunal :

J'ai perdu le compte. Après la décision des trois magistrats de l'Audience de Navarre, combien de membres a “La Meute” ?

Les dangers d'une banalisation de la violence

Pour beaucoup, les circonstances et le dénouement du jugement ont des conséquences qui dépassent l’affaire. Diverses personnes sont allées sur le réseau social Twitter pour signaler les risques de mésestimer la violence et de l'impact social de laisser la Meute en liberté. Il suffit de se rappeler que parmi les chefs d'accusation, il y a le viol en réunion, le vol du téléphone de la victime et la publication des agissements par une vidéo sur les réseaux sociaux.

De plus, quatre des membres du groupe sont en instance de procès pour une autre agression sexuelle commise peu avant l'incident de Pampelune, dans laquelle ils auraient drogué une jeune fille et abusé d'elle à Pozoblanco (Córdoba), avant de l'abandonner sur l'autoroute.

Tous les hommes ne sont pas des violeurs, mais maintenant qu'on en a laissé en liberté cinq qui le sont, toutes les femmes se sont transformées en victimes possibles.
Personne ne devrait garder le silence à présent. Le silence, comme on le voit, nous condamne.
Alors crions.

L'Audience de Navarre opte pour la fermeté et oblige les membres de la meute à jurer sur l'enfant Jésus qu'ils se tiendront bien dans la rue.

Les types de la Meute ont été reçus en vainqueurs, les autres garçons veulent les imiter, d'autres encore font des blagues sur les viols. Nous le voyons et sommes conscientes que vous n'êtes pas de nôtre côté mais on oublie que nous sommes chaque jour plus nombreuses.

Pourtant quelques-uns se sont réjouis de la décision judiciaire, comme la rédaction d'Innisfree :

Nous avons attendu longtemps ce jour.
Féminazies, allez vous faire f… ! La Meute est en liberté parce que les contradictions et mensonges de la plaignante répugnent à quiconque a lu le jugement. Ni délit ni abus sexuel, il y aura absolution au Tribunal Suprême.

Ou encore l'utilisateur Juanote, qui dans son commentaire sur El Confidencial recourt à tous les thèmes antiféministes :

Espero que esta sea la primera victoria frente al totalitarismo feminazzi. Espero que sea la primera y no la última. Tengo miedo de la sociedad que quiere imponer el feminazzismo. Están demostrando todas las características que demostró el nazzismo en su ascenso al poder.

J'espère que ceci sera la première victoire contre le totalitarisme féminazi. J'espère que ce sera la première et non la dernière. Une société qui veut imposer le féminazisme me fait peur. Toutes les caractéristiques sont là qu'a montrées le nazisme dans son ascension vers le pouvoir.

A l'inverse, tous les partis politiques ont critiqué la décision du tribunal, même s'ils la respectent et s'y conforment. La porte-parole du PSOE à la commission parlementaire de l'égalité, Ángeles Álvarez, a averti que la décision est cause que la population se sent “ignorée par la justice”, et la ministre de la Justice, Dolores Delgado, s’est engagée à étudier la situation pour “donner une réponse à la société, car elle la réclame”.

A peu de jours du début des fêtes de Saint Firmin 2018 à Pampelune, la décision du tribunal local n'est pas la meilleure publicité pour cet événement populaire.

Les membres de la meute sortent de prison quelques jours avant la Saint Firmin. Je ne veux pas penser à ce que ressentira la victime.
Nous ne sommes pas en sécurité.

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