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Les habitants de l'ex-Yougoslavie sont-ils heureux du succès de la Croatie dans la Coupe du monde ? Oui.

A collage of Croatian national team with the flags of other ex-Yu countries under the title "Here's why all former Yugoslavia should support Croatia" with a post listing dozens of things that connect these countries. Image by Stefan Simić, from Belgrade, used with permission.

Ce collage de l'équipe nationale de Croatie entourée des drapeaux des autres pays de l'ex-Yougoslavie a été posté sur Facebook avec une liste de ce qui les unit. Le post, intitulé “Voici pourquoi toute l'ex-Yougoslavie devrait soutenir la Croatie”, a reçu plus de 10 000 commentaires et 6 000 partages. Image de Stefan Simić, de Belgrade, utilisée avec permission.

Malgré sa défaite en finale de la Coupe du monde face à la France, la belle réussite de la Croatie a touché les fans du monde entier : après tout, qui n'aime pas voir un outsider battre les plus grandes équipes nationales, y compris l'Argentine double championne ?

Mais les éloges venant des pays de l'ex-Yougoslavie ont eu un charme tout particulier. En tant que seule représentante de cette région à avoir franchi les éliminatoires, la Croatie a inspiré de nombreuses réactions positives provenant des Balkans, bravant la tension ethnique historique entre les nations voisines.

Pareille réaction est venue, par exemple, de l'une des célébrités les plus populaires  de la région, le joueur de tennis serbe Novak Đoković, qui a scellé son quatrième titre à Wimbledon le 15 juillet. Plus tôt ce mois, il avait déclaré à un journaliste qu'il encouragerait la Croatie lors de la finale de la Coupe du monde encore à venir :

Navijam za Hrvatsku i nadam se da će osvojiti tutulu. A ko je pravi favorit – ne znam. Svetsko prvenstvo je nepredvidivo takmičenje, ispale su Nemačka i Argentina, reprezentacije koje su na prošlom SP-u igrale u finalu.

Je soutiens [maintenant] la Croatie et j'espère qu'ils vont gagner le titre. Je ne sais pas qui est le vrai favori. La Coupe du monde est une compétition imprévisible, comme en témoigne le fait que l'Allemagne et l'Argentine, les finalistes précédents, ont été éliminés.

Le journaliste local Ante Tomić, qui écrit pour le quotidien croate Jutarnji, a souligné que le gardien croate, Danijel Subašić [fr], a été salué comme un héros après avoir défendu trois penalties contre le Danemark. Il est membre de la minorité ethnique serbe de la Croatie.

Sa tribune, intitulée ” Voici pourquoi le nationalisme est de la merde“, a été partagée plus de 29k fois sur Facebook.

…Diljem naše zemlje… svi su vrištali od sreće u jednoj kretenskoj zgodi da je, kraj više od pet stotina tisuća registriranih hrvatskih branitelja, domovinu obranio jedan Srbin.

Što god se dogodilo do kraja Prvenstva u Rusiji, meni je, nakon ovoga, iskreno, nebitno. Jer, Subašićeva je obrana tri jedanaesterca sama po sebi jedna velika povijesna pobjeda koja ispunjava oči suzama, to je trijumf čovječnosti nad mržnjom i glupošću. A nije zaista mogao biti bolji trenutak za to jer je Svjetsko nogometno prvenstvo, sa svim onim zastavama, himnama, dlanovima na srcu i licima našaranim ratničkim bojama, jedan prvorazredni nacionalistički događaj. Nacionalizam masu uspaljuje vjerojatno i više od igračke vještine. Više od Modrićevih driblinga i Rebićevih voleja crveni i bijeli kvadratići zaslužni su za rekordnu prodaju piva i čipsa. U takvom nepodnošljivom ludilu krvi i tla trebao nam je Danijel Subašić da se panterski baci ustranu i izbije balun u korner i neporecivo dokaže kako je nacionalizam totalno sranje.

… Partout dans notre pays … tout le monde accueillait par des cris extasiés un événement paradoxal quand, à part plus de cinq cent mille anciens combattants enregistrés, notre patrie était défendue par un Serbe.

Peu m'importe désormais ce qui peut arriver jusqu'à la fin de la Coupe du Monde en Russie. Le fait que Subašić ait arrêté 3 penalties est déjà en soi une victoire historique qui met les larmes aux yeux, comme un triomphe de l'humanité contre la haine et la bêtise. Il n'y aurait pu avoir de meilleur moment car la Coupe du Monde de football, avec tous ses drapeaux, hymnes nationaux, mains sur les cœurs et visages aux peintures guerrières, est un événement nationaliste de première classe. Peut-être le nationalisme enflamme-t-il encore plus les masses que les qualités sportives. Plus encore que les dribbles de Modrić et les volées de Rabić, l'étalage des damiers rouges et blancs contribuent aux ventes record de bière et de chips. Dans cette folie insupportable de Blut und Boden (sang et sol) [fr] nous avions besoin de Danijel Subašić pour sauter comme une panthère et lancer la balle dans un coin, et prouver irrévocablement que le nationalisme est une merde totale.

Néanmoins, certains nationalistes serbes ont réagi négativement au soutien serbe à la Croatie. Selon un utilisateur de Twitter, “aucun Croate ne soutiendrait jamais la Serbie”.

En réponse, de nombreux médias sociaux ont souligné le fait qu'en août 2017, les basketteurs croates ont publiquement soutenu l'équipe féminine serbe après que cette dernière se fut qualifiée pour la finale du Championnat d'Europe FIBA ​​des moins de 18 ans.

À l'époque, une photo des joueurs croates, portant l'uniforme de l'équipe nationale et portant le mot «Serbie» sur leurs visages, avait enflammé Internet.

Nouveau tweet: Chaque fois qu'on vous apprend à haïr les autres peuples, jetez un œil à ces jeunes de Serbie et de Croatie qui célèbrent ensemble l'entrée de la Serbie dans le Championnat d'Europe Junior en 2017.
Tweet avec vidéo: Cette jeunesse est l'avenir de la Serbie et de la Croatie. Sans haine ni mauvaises pensées, les basketteuses célèbrent l'arrivée de la Serbie dans la finale de la CE.

Patrimoine partagé

Il existe une controverse sur la façon dont la FIFA gère le dossier historique de chaque équipe lorsque les pays changent de nom et de frontière.

Par exemple, la Russie est considérée comme le seul successeur de l'URSS pour la victoire, au détriment de tous les autres anciens pays soviétiques. De même, la Serbie est le seul successeur officiel de la Yougoslavie, malgré le fait que l'équipe nationale yougoslave avait des joueurs de toutes les républiques constituantes, y compris de la Croatie.

Cela contraste avec un sentiment croissant de patrimoine partagé à travers les nations actuelles. Dans un article du journal monténégrin Vijesti, par exemple, la performance de la Croatie en Coupe du monde est perçue comme un continuum de l'ancienne gloire du football yougoslave. L'article a également été largement partagé, y compris par l'entraîneur de football croate Mario Kos.

Imala je nekadašnja Jugoslavija mnogo velikih majstora, neprevaziđenih vedeta, fudbalskih ikona kojima se klanjala Evropa.

Od Montevidea 1930, preko Čilea 1962, Šekularca, Skoblara, Jerkovića i ostalih, zatim Džajićeve generacije početkom 70-ih, pa moćnog tima sa Pižonom, Šurjakom i Sušićem koji je razočarao 1982, sve do Stojkovića, Savićevića, Prosinečkog i drugova koji su penalima rasplakani u četvrtfinalu Mundijala u Italiji 1990.

Kakvih je tu bilo i trenera – od Aleksandra Tirnanića, Miljana Miljanića, Tomislava Ivića, Branka Zebeca, Todora-Toze Veselinovića, Anta Mladinića, Vujadina Boškova, sve do Ivice Osima i Ćira Blaževića.

I niko od njih, apsolutno niko, nije uradio ono što su istorijskog 11. jula 2018. godine, u Rusiji, uradili Zlatko Dalić i njegovi fudbaleri.

San generacija i generacija nekadašnje države, koja je voljela i koja se ponosila fudbalom, dosanjali su Luka Modrić, Ivan Rakitić, Mario Mandžukić, Dejan Lovren, Ante Rebić, Danijel Subašić i ostali momci koji će zlatnim slovima ostati upisani u istoriji hrvatskog fudbala.

Prestigli su čak i “vatrenu” generaciju Hrvata iz 1998. godine – Boban, Šuker, Prosinečki, Asanović, Jarni, Bilić, osvojili su bronzu na Mundijalu u Francuskoj, što je bio uspjeh za koji je malo ko vjerovao da će biti prevaziđen.

L'ex-Yougoslavie avait de nombreux grands maîtres, de grandes stars, des icônes du football, respectés par toute l'Europe.

De Montevideo 1930 [fr] au Chili 1962 [fr], à Šekularac, Skoblar, Jerković et autres, la génération Đajić du début des années 1970, et la puissante équipe de Pižon, Šurjak et Sušić qui avaient déçu en Espagne en 1982 [fr], à Stojković, Savićević, Prosinečki et leurs camarades qui ont perdu aux penalties dans les quarts de finale de la Coupe du monde en Italie 1990.

Ils ont également eu des entraîneurs exceptionnels : Miljan Miljanić, Tomislav Ivic, Branko Zebec, Todor-Toza Veselinovic, Ante Mladinić, Vujadin Boškov, Ivica Osim et Ćiro Blažević.

Et aucun parmi eux, absolument personne, n'avait réalisé ce que Zlatko Dalić et ses joueurs ont réalisé en Russie le 11 juillet 2018.

Luka Modrić, Ivan Rakitić, Mario Mandžukić, Dejan Lovren, Ante Rebić, Danijel Subašić et les autres garçons dont les noms resteront écrits en lettres d'or dans l'histoire du football croate ont réussi à mettre un terme au rêve des générations de citoyens de l'ancien État [fédéré].

Ils ont réussi à surpasser “la fière” génération de Croates de 1998 – Boban, Šuker, Prosinečki, Asanović, Jarni, Bilić, qui avaient remporté la médaille de bronze lors de la Coupe du monde en France [fr], un succès que très peu croyaient pouvait être dépassé.

Jour de victoires

Avec la Croatie jouant à Moscou et Đoković à Wimblendon, ceux qui soutiennent ce nouvel esprit inclusif ont vraiment (et littéralement, pour certains) eu une journée bien remplie le 15 juillet.

Saluant l'équipe croate, le blogueur et écrivain serbe Igor Čobanović a publié un collage de drapeaux croates et serbes avec une parodie du fameux proverbe balkanique “Que la vache du voisin meugle !” – qui signifie que l'on jouit toujours du malheur d'autrui, même s'il ne tourne pas à son propre avantage.

Image texte: Que la vache du voisin soit vivante et en bonne santé !
Tweet: Conduisons-nous comme des êtres humains pour changer.

L'actrice et productrice serbe Bojana Maljević a également exprimé son optimisme :

La pire chose pour les élites politiques balkaniques est que les peuples commencent à sincèrement soutenir mutuellement leurs équipes, à établir une coopération permanente dans le domaine de la culture et des arts, ou que les médias commencent à produire des programmes conjoints.

En revanche, le blogueur bosniaque Srđan Puhalo est resté pessimiste :

Frères des Balkans, demain nous n'aurons ni football ni tennis, nous resterons seuls avec notre haine, notre pauvreté et notre colère !!!

La bonne humeur n'a pas été ébranlée par la victoire de la France sur la Croatie, encore moins après que le capitaine Luka Modrić a remporté le Ballon d'or du meilleur joueur du tournoi.

Même le ciel pleure pour la Croatie aujourd'hui.
Vous avez gagné le cœur des millions de supporters à travers le monde !
Modric tu es une légende !

Paradoxalement, l'équipe croate a défilé dans les rues de Zagreb avec le néo-nazi Marko Perković Thompson, dont les concerts avaient été interdits dans plusieurs pays d'Europe occidentale en raison de sa promotion du régime fasciste oustachi [fr] pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais, jusqu'à présent, cela ne semble pas avoir dissipé toute l'excitation autour de l'équipe de la Croatie autour dans la région.

Thompson est leur honte. Cela ne diminue pas leur succès.

L'exploit de la Croatie résonnera probablement longtemps pour tous les perdants de l'ex-Yougoslavie et au-delà.

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