- Global Voices en Français - https://fr.globalvoices.org -

Netizen Report : brutale répression des manifestations étudiantes au Bangladesh

Catégories: Asie du Sud, Bangladesh, Chine, Etats-Unis, Indonésie, Iran, Myanmar (Birmanie), Venezuela, Censure, Cyber-activisme, Droits humains, Liberté d'expression, Manifestations, Média et journalisme, Médias citoyens, Technologie
[1]

La circulation à Dacca, la capitale du Bangladesh. Photo by Mashrik Faiyaz via Flickr (CC BY-ND 2.0)

Le Netizen Report de Global Voices Advox offre un aperçu des défis, des victoires et des tendances émergentes en matières de libertés numériques à travers le monde.

Au Bangladesh, des étudiants réclament une meilleure sécurité routière [2] et dirigent la circulation après la mort de deux jeunes percutés par un bus le 29 juillet, alors qu'ils marchaient le long d'une route très passantee.

Les manifestations qui avaient commencé de façon pacifique ont tourné à la violence le 3 août lorsque des rumeurs de viol et d'enlèvement ont déclenché des affrontements entre la police et les manifestants, la police ayant eu recours aux gaz lacrymogènes et aux balles en caoutchouc.

Les rumeurs ont principalement circulé sur l'application de messagerie WhatsApp et coïncident avec l'arrivée de membres de la Ligue Chhatra du Bangladesh [3], la branche jeunesse du parti au pouvoir, la Ligue Awami.

Parallèlement, la Commission de réglementation des télécommunications [4] a ordonné aux fournisseurs de services de réduire les signaux des réseaux de téléphonie mobile afin que seuls les réseaux 2G soient opérationnels [5]. Cette mesure n'a pas interrompu les services de messagerie, mais a eu pour effet de rendre impossible le partage de contenus multimédias et de vidéos en direct auxquels avaient recours de nombreux manifestants pour témoigner des événements et démystifier les fausses déclarations.

Le photojournaliste Shahidul Alam [6], qui couvrait [7] les manifestations sur Facebook Live,  [8]était de ceux qui partageaient des vidéos en ligne. Le 5 août, des policiers en civil ont arrêté Shahidul. Il a été battu pendant sa garde à vue avant d'être hospitalisé [9].

Au Venezuela, des journalistes sont sous pression, des sites d'information sont bloqués et le papier journal se fait de plus en plus rare

Le grondement assourdissant [10] qui a interrompu le discours du président vénézuélien Nicolas Maduro est un nouveau motif pour censurer les médias. Plusieurs médias traditionnels  [11]ont rapporté depuis que le son et la panique qui a suivi ont été causés par un drone chargé d'explosifs, dans ce qui pourrait être une tentative d'assassinat de M. Maduro. Toutefois, les témoignages des gens qui étaient sur place se contredisent. Les journalistes ont payé un lourd tribut pour avoir tenté de découvrir ce qui s'était réellement passé : 11 journalistes ont été arrêtés  [12]et contraints de détruire des photos et des vidéos prises lors de l'incident.

L'un des plus populaires sites d'information indépendants du Venezuela, El Pitazo (Le Sifflet), a été fermé [13] pour la troisième fois en 11 mois. Le site n'est plus accessible sur aucun des principaux réseaux de fournisseurs de service Internet du Venezuela et ses propriétaires n'ont reçu aucune notification des régulateurs des télécommunications concernant cette interdiction. Les fois précédentes, le site avait créé de nombreuses adresses alternatives, mais ces dernières ont également été bloquées.

Pendant ce temps, les médias du pays qui publient des versions imprimées sont aux prises avec des pénuries chroniques de papier journal. Le blog du Caracas Chronicles rapporte [14] que 40 journaux ont cessé leurs éditions papier depuis 2013. Ces derniers jours, même les journaux progouvernementaux se retrouvent à court de papier.

L'Iran réachemine l'application de messagerie Telegram et continue d'arrêter des utilisateurs d'Instagram

Le 30 juillet, la Société iranienne de télécommunication (Telecommunication Company of Iran, TCI)  a  modifié pendant une heure l'itinéraire [15]des adresses de protocole internet de l'application de messagerie Telegram afin que les messages des utilisateurs soient réacheminés des serveurs de Telegram vers ceux appartenant à la TCI. Cette manipulation a rendu l'application inutilisable en dépit même de l'utilisation d'outils de contournement de la censure, tels que les réseaux privés virtuels.

Le ciblage et les arrestations d'utilisateurs de la plateforme de partage de photos Instagram n'ont pas cessé depuis les arrestations de certaines célébrités Instagram  [15]en mai dernier. Huit mannequins féminins et 38 membres de la communauté de professionnels de la mode ont été arrêtés [16] dans le sud de la province d'Hormozgan le 16 juillet.

Une avocate malaisienne arrêtée pour avoir remis en question la monarchie sur son blog

Le gouvernement nouvellement élu de la Malaisie n'a pas encore tenu ses grandes promesses [17]en ce qui concerne la réforme des lois désuètes et autoritaires touchant à la liberté d'expression. Bien qu'il y ait eu quelques améliorations, comme le déblocage de sites d'information tels Sarawak Report et l'abandon des accusations de sédition contre le caricaturiste Zunar, les vieilles habitudes ont la vie dure. L'avocate et militante Fadiah Nadwa Fikri a été convoquée par la police fin juillet pour avoir remis en question le rôle de la monarchie dans la politique sur son blog [18]. Elle fait maintenant l'objet d'une enquête pour avoir publié des contenus en ligne prétendument séditieux.

Recours aux « bots » lors des élections en Indonésie

À l'instar du Kenya [19], de l’Inde [20], du Mexique [21], des États-Unis et d'une douzaine d'autres pays, les partis politiques indonésiens ont de plus en plus besoin des « bots » [faux profils alimentés de manière automatique] sur les réseaux sociaux et des influenceurs à la pige. À la fin du mois de juillet, The Guardian rapportait [22] que des « bots » et de faux comptes avaient été utilisés pour influencer les électeurs lors de l'élection du gouverneur de Jakarta en 2017. Les influenceurs ont utilisé une gamme de tactiques au cours de cette élection, dont la réutilisation d'articles pour discréditer les opposants, la fabrication d'une couverture médiatique positive pour leur candidat et la publication d'innocents messages parlant de nourriture et de musique dans le but de rendre ces faux comptes plus « réels ». Les recherches du Centre pour la politique et la gouvernance de l'innovation (Centre for Innovation Policy and Governance, CPIG, en Indonésie [23]) sur la question, connue localement sous le nom de « Phénomène de la sonnerie », ont mis en évidence le fait qu'aucune règle n'est en place pour freiner de telles pratiques.

On a appris en mars 2018 que le groupe SCL, la société mère de Cambridge Analytica, avait contribué à influencer les précédentes élections en Indonésie [24]. Bien que rien n'indique que des personnes associées à SCL ont été impliquées dans les dernières élections, l'approche du groupe a peut-être eu une influence sur les tactiques employées.

Google cherche à revenir en Chine

Un article de The Intercept [25] paru le 1er août cite des entrevues et des documents internes indiquant que Google pourrait bientôt lancer une version censurée de son moteur de recherche en Chine. Google a quitté le marché chinois [26] en mars 2010 quand il a été critiqué pour s'être conformé à la censure du gouvernement. Rien n'a changé, sinon que le gouvernement a intensifié sa censure, mais les priorités de Google ont visiblement évolué.

Google n'a fourni aucune information au public au sujet de cette décision et les autorités chinoises ont nié tout changement important à l'horizon. Les sénateurs américains ont invité [27]le PDG de Google, Sundar Pichai, à revoir sa décision et à répondre aux nombreuses questions sur les intentions de la société, citant le bilan de la Chine en matière de droits de la personne.

Nouvelles études [en anglais]

 

 

Abonnez-vous au Netizen Report par e-mail [31]

 

 

Mahsa Alimardani [32], Ellery Roberts Biddle [33], Marianne Diaz [34], Rezwan Islam [35], Oiwan Lam [36], Elizabeth Rivera, [37]Juke Carolina Rumuat [38], Taisa Sganzerla  [39]et Laura Vidal [40] ont contribué à l'élaboration de ce rapport.