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Netizen Report : Quel rôle joue Facebook dans la guerre civile en Libye ?

Catégories: Afrique du Nord et Moyen-Orient, Arabie Saoudite, Australie, Canada, Chine, Espagne, Etats-Unis, Inde, Libye, Nouvelle Zélande, Censure, Liberté d'expression, Média et journalisme, Médias citoyens, Technologie
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Des Libyens dans le centre-ville de Tripoli protestent en 2011contre la présence continue des groupes armés. Photo de Maghrebia via Wikimedia (CC BY 2.0)

Le Netizen Report de Global Voices Advox offre un aperçu des défis, des victoires et des tendances émergentes en matière de libertés numériques à travers le monde.

Au début du mois de septembre, Facebook a été bloqué [2] dans la capitale libyenne, Tripoli, ainsi que dans des villes environnantes, alors que les combats entre milices armées [3] faisaient rage. Selon Reuters, le blocage aurait débuté le 3 septembre aux alentours de midi, heure locale. Les habitants pouvaient se connecter à d'autres sites, mais Facebook était inaccessible.

On ignore encore qui est à l'origine du blocage du réseau social, et pourquoi il a été déclenché. Selon Al Jazeera [4], la compagnie publique des Postes, Télécommunications et Technologies de l'Information, qui possède les deux seuls fournisseurs Internet de Libye, aurait déclaré qu’ « une faille de sécurité avait mené à des coupures » mais n'a pas évoqué clairement le blocage de Facebook.

Comme ailleurs dans la région [5], Facebook est de loin la plateforme de médias sociaux la plus populaire dans ce pays peu peuplé, de six millions d'habitants. Alors que Facebook a joué un rôle clé en 2011 pour mobiliser les manifestants contre le régime du dictateur Mouammar Kadhafi [6], tué en août 2011, différents groupes armés se disputant le contrôle du pays utilisent depuis la plateforme [7] pour dénicher, menacer et bâillonner les critiques et les opposants, se livrer à de la propagande haineuse et d'autres activités illégales telles que du trafic d'armes et d'êtres humains. Une enquête récente du New York Times [7] a révélé que « quasiment chaque groupe armé en Libye » a sa propre page Facebook.

The New York Times found evidence of military-grade weapons being openly traded, despite the company’s policies forbidding such commerce. Human traffickers advertise their success in helping illegal migrants reach Europe by sea, and use their pages to drum up more business.

Le New York Times a recueilli des preuves que des armes de qualité militaire y sont ostensiblement proposées à la vente, et ce malgré le règlement de le plateforme qui interdit un tel commerce. Les responsables de traite d'êtres humains y font leur publicité en vantant leurs opérations de passage de migrants clandestins par la mer jusqu'en Europe, et utilisent leurs pages pour booster les affaires.

L'Arabie Saoudite dit non à la satire en ligne

Le Bureau du procureur général en Arabie Saoudite a annoncé via Twitter [8] le 3 septembre que les propos en ligne qui « ridiculisent, raillent, provoquent et perturbent l’ordre public, les valeurs religieuses et la moralité publique via les médias sociaux » seraient désormais criminalisés, au moyen d'un amendement à la loi déjà existante sur les cyber-crimes. Cette disposition reviendra à interdire toute satire politique dans le royaume, et fournira aux autorités un nouveau mécanisme légal visant à réduire au silence tout propos critique.

La loi saoudienne sur les cyber-crimes a été utilisée à plusieurs reprises pour criminaliser les prises de position politiques, notamment dans le cas bien connu d’Israa Al-Ghomgham [9], une activiste détenue depuis plus de trois ans suite à des accusations liées à son activisme en ligne pendant et après les révolutions arabes de 2011 et 2012. Les procureurs requièrent désormais la peine de mort contre Al-Ghomgham, dont la prochaine audience devrait se tenir en octobre.

Après avoir « chié sur Dieu », un acteur espagnol refuse de se présenter au tribunal

Un acteur connu risque la prison [10] en Espagne pour un commentaire Facebook datant de juillet 2017 : « Je chie sur Dieu et il reste encore de la merde pour sa sainteté et la virginité de la Vierge Marie ». L'Association espagnole des avocats chrétiens a porté plainte, arguant que son commentaire faisait offense au sentiment religieux, malgré le fait que « je chie sur Dieu » soit une exclamation communément utilisée en Espagne. Suite au dépôt de plainte, Willy Toledo a refusé de se présenter au tribunal à deux occasions, suite à quoi le juge en charge de l'affaire a ordonné son arrestation. Le hashtag #MeCagoEnDios (#JeChieSurDieu) s'est hissé en tête des tendances sur la twittosphère espagnole, utilisé principalement par des utilisateurs solidaires de Toledo.

WhatsApp toujours sous le feu des critiques en Inde

Un comité inter-ministériel en Inde est en train de mettre en place une série de recommandations [11] conçues afin de freiner la désinformation dans le pays, qui a à plusieurs reprises pris de l'ampleur au point de se transformer en violences bien réelles, en particulier sous la forme de lynchages. Bien que Facebook et WhatsApp semblent être les cibles prioritaires des membres du gouvernement participant au comité, beaucoup en Inde [12] estiment que les manigances politiciennes sont à l'origine du problème.

La Chine se lance à son tour à l'assaut des « fake news »

Une nouvelle plateforme gérée par l’État [13], Piyao, centralise désormais les actions visant à mettre un terme aux « rumeurs » en ligne en Chine, où toute information [14] ne provenant pas d'une source officielle liée au gouvernement peut être considérée comme une rumeur. Hébergé par la Commission centrale des affaires liées au cyberespace, et opéré par l'agence de presse officielle Xinhua, Piyao dispose de données consolidées provenant de 40 autres plateformes de signalement des rumeurs et a généré une base de données des rumeurs comptabilisant déjà 30 000 incidents. Le site encourage le public à effectuer des signalements et utilise également l'intelligence artificielle pour identifier les rumeurs se propageant sur la Toile.

Les nations des « Five Eyes » cherchent à renforcer leurs capacités d'espionnage sur les communications chiffrées

Les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada — surnommés pays des Five Eyes [Cinq Yeux] — ont publié une note [15] à la fin du mois d'août 2018 faisant pression sur les entreprises privées de technologie et les développeurs afin qu'ils rendent les communications chiffrées accessibles aux autorités policières. Le ton de la note est remarquablement général et vague, mais sa dernière phrase fait toute la lumière sur ce que souhaitent ces gouvernements :

Should governments continue to encounter impediments to lawful access to information necessary to aid the protection of the citizens of our countries, we may pursue technological, enforcement, legislative or other measures to achieve lawful access solutions.

Si les gouvernements continuent d'être confrontés à des obstacles les empêchant d'accéder légalement aux informations nécessaires à la protection des citoyens de nos pays, nous pourrions avoir recours à des moyens techniques, exécutifs, législatifs ou autres afin d'aboutir à des solutions d'accès légal.

Nouvelle étude [en anglais]

 

 

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Afef Abrougui [18], Ellery Roberts Biddle [19], Mohamed ElGohary [20], L. Finch [21], Rohith Jyothish [22], Leila Nachawati [23], Georgia Popplewell [24] et Sarah Myers West [25] ont contribué à cet article.