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Au Bangladesh, l'érosion catastrophique des berges d'un fleuve fait des milliers de sans-abris

Un immeuble englouti par le fleuve Padma au Bangladesh. Arrêt sur image d'une vidéo YouTube de l'utilisateur TechTV BD.

Alors que le Padma, un puissant fleuve du Bangladesh, connaît des niveaux sans précédent d'érosion des sols de ses rives, une vaste zone de l’upazilla [circonscription administrative] de Naria dans le district de Shariatpur a été engloutie.

Les flots du Padma sont actuellement gonflés par une période prolongée de pluies de mousson dans les régions en amont. Plus de 5.000 familles et de 500 entreprises de Naria ont perdu la totalité de leurs terrains et de leurs possessions ces derniers mois, selon Relief Web. En une semaine, 3.000 familles dans la zone de Mokhtar Char ont tout perdu. En plus des maisons, beaucoup de routes, ponts, écoulements, entreprises, boutiques et autres infrastructures ont été emportés par les eaux.

Le Padma dévore un immeuble de trois étages dans l'upazila de Naria (Shariatpur). L'érosion de cette berge du fleuve a pris une tournure sérieuse : 4.000 familles devenues sans-abri en quelques mois.

Le Padma dévore un une nuit un village vieux de 200 ans et réduit à l'état de ruines le bazar tricentenaire de Mulfotganj à Naria, Shariatpur, Bangladesh.

Dataful.xyz, un projet de data journalisme à but non lucratif, a reproduit des données satellite sourcées du service géologique des USA (United States Geological Survey), fournissant des visualisations de l'érosion par le Padma au cours des dix dernières années. La Fédération internationale de la Croix-Rouge et les les Sociétés du Croissant-Rouge (IFRC) ont qualifié l'érosion fluviale de catastrophe silencieuse au Bangladesh.

Des dommages structurels massifs

On a vu apparaître en ligne des vidéos sidérantes des énormes dégâts causés par l'érosion des sols le long du Padma, avec des immeubles entiers engloutis en quelques secondes :

Md. Nowfel Mahmud Bhuiyan, un doctorant à la Tennessee Technological University, publie sur Facebook de l'information sur l'impact de l'érosion des sols :

The Padma river has eroded approximately 0.4 sq km near Naria Upzilla (Shariatpur) in last few weeks. A quick analysis using satellite images shows at least three mosques, one health complex, one school, and one bank have been partially or totally engulfed by the Padma river. In the meantime, approximately 1.5 km of road and hundreds of houses and commercial infrastructure were lost although 2018 has not yet been a flood year in that area.

Le Padma s'est érodé d'approximativement 0,4 km² près de l'upzilla de Naria (Shariatpur) ces dernières semaines. Une rapide analyse à l'aide d'images satellite montrent qu'au moins trois mosquées, un centre de santé, une école et une banque ont été partiellement ou totalement engloutis par le Padma. Dans le même temps, 1,5 km de route et des centaines de maisons et d'infrastructures commerciales ont été perdues alors que 2018 n'était même pas une année d'inondations dans cette zone.

Une évaluation qualitative des dommages causés par l'érosion du Padma près de Mulfatganj Bazar (Naria, Shariatpur) au 11 septembre 2018. L'analyse a été faite en utilisant les données d'imagerie satellite et de Google Earth, puisque les données mesurées sur le terrain n'étaient pas aisément disponibles pour vérification. Il faut noter aussi que les dommage dans cette zone ont forcément évolué à la date de préparation du présent article, car le Padma s'érode journellement. Crédit image Md N M Bhuyian, utilisation autorisée.

Les riverains du Padma sont familiers des dommages de l'érosion des sols du fait des changements de lit du fleuve, mais l'allure à laquelle la région de Naria disparaît est alarmante.

Le site est à une vingtaine de 20 kilomètres en aval du projet de pont sur le Padma, le plus grand pont en construction du Bangladesh.

Les projets contestables du gouvernement

Le gouvernement bangladeshi a fait disposer des sacs de terre et de sable le long du Padma non canalisé, mais pas assez pour remédier au déluge d'eau et de débris qui se fraient un chemin à travers les grands et fragiles bancs de sable longeant les berges. Les autorités ont aussi prépositionné 39 centres de crise pour fournir vivres et abris aux victimes.

Début 2018, le gouvernement a approuvé un budget de 255 millions de dollars US pour le Programme d'investissement de gestion du risque d'érosion des berges fluviales permettant la construction par le Conseil de développement hydraulique du Bangladesh d'au moins 50 kilomètres de protections des berges et la réhabilitation au moins 89 kilomètres de digues, mais le projet n'a jamais démarré et est désormais à l'arrêt du fait des hautes-eaux.

M.A. Latif, un internaute, a écrit :

…The devastating erosion of the Padma river is ongoing for the last couple of years, no initiative to build a dam or embankment was taken by the local administration. A big portion of Naria Upazila Health Complex and a mosque adjacent to the hospital already washed away…

…L'érosion dévastatrice par le Padma se poursuit depuis deux ans, aucune initiative de construction de barrage ou de digue n'a été prise par l'administration locale. Une grande partie du centre de santé de l'upazila de Naria et une mosquée adjacente à l'hôpital ont déjà été emportées…

M. Latif estime que le gouvernement doit déclarer la zone en situation de catastrophe, et commencer le drainage du fleuve et la construction de digues pour empêcher de nouveaux dégâts. La vidéo ci-dessous montre des gens ordinaires menant de difficiles actions de secours le long des rives :

L'érosion des berges, un problème persistant

Pendant la mousson, les quelque 24.000 kilomètres de voies d'eau du Bangladesh charrient d'énormes volumes de limon, de sable et d'eaux boueuses. Selon un rapport publié en août 2018 par l'observatoire terrestre de la NASA, plus de 66.000 hectares de terres ont été perdus depuis 1967 par l'érosion causée par le Padma. Chaque année, au moins 200.000 personnes deviennent des réfugiés environnementaux du fait des terres perdues par l'érosion des sols :

Le fleuve Padma : la forme de l'érosion

Une étude de 2018 du Centre de services d'information environnementale et géographique (CEGIS) a calculé une perte prévue de 2.270 hectares de terrains en 2018 du fait de l'érosion des berges de fleuves. Le rapport a aussi prédit 22 localisations vulnérables probables le long des rives de la Yamuna, du Gange et du Padma.

Les journalistes Mohammed Norul Alam Raju and Afroza Taznin ont écrit dans une tribune du Daily Star :

The government initiative is mainly focused on some subsidy programmes including relief distribution, Vulnerable Group Feeding (VGF), Vulnerable Group Development (VGD), etc., however, these programmes are often inadequate, disorganized, politicized, ad-hoc and ineffective; thus there is much scope for improvement of government initiatives.

The government should include river bank erosion disaster in its five-year programmes and a clear vision should be set for addressing it.

Le projet du gouvernement est principalement centré sur des programmes de subsides comportant de la distribution d'aides humanitaires, Vulnerable Group Feeding (VGF), Vulnerable Group Development (VGD), etc., pourtant ces programmes sont souvent inadaptés, désorganisés, politisés, ponctuels et inefficaces ; il y a donc une grande marge d'amélioration des initiatives publiques.

Le gouvernement doit inclure l'érosion catastrophique des berges de fleuves dans ses programmes quinquennaux et une vision claire doit être établie pour y répondre.

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