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Júlia Lopes de Almeida, auteur à succès du XIXe siècle, mais absente de l’Académie Brésilienne des Lettres

Júlia Lopes de Almeida, la première écrivaine du Brésil, participa à la création de l’ABL mais ne put prétendre à un siège parce qu’elle était une femme | Image : Reprodução/Fundação Biblioteca Nacional

Dans le Brésil de la seconde moitié du XIXe siècle, Júlia Lopes de Almeida [fr] faisait figure d’exception : une femme écrivain qui vivait de sa plume. Mère de famille, mariée au poète portugais Filinto de Almeida, elle fut l’une des premières romancières du Brésil. En tant qu’intellectuelle qui défendait l’abolitionnisme, assumait des positions féministes et avait beaucoup de succès auprès du grand public, elle participa à la création de l’Académie Brésilienne des Lettres (ABL). Tout cela pour voir son nom rejeté, quand il s’est agi d’intégrer l’Institution, du simple fait d’être une femme.

L’histoire de la plus grande absence des 121 ans de l’ABL fut découverte, par hasard, au cours d’une recherche menée en 2015. Au milieu de son doctorat en Études brésiliennes à l’Université de São Paulo (USP), Michele Fanini a retrouvé, oubliés dans une archive, 12 textes signés de Júlia. Elle raconte que, même si le nom de l’écrivaine figurait dans l’une des premières listes des fondateurs de l’Académie, il a été ensuite effacé de l’Histoire :

Júlia Lopes de Almeida foi o primeiro e mais emblemático vazio institucional produzido pela barreira de gênero.

Júlia Lopes de Almeida fut le premier et le plus emblématique vide institutionnel créé à cause de la barrière du genre.

Dans un mémoire consacré à la traduction des œuvres de Júlia en espagnol, la journaliste équatorienne Sabrina Duque remarque que le style de l’auteur mélangeait « des mots d’origine africaine, des termes en français, les usages de la société carioca d’alors, des noms de lieux mentionnés rapidement, des paroles de chansons populaires » :

Júlia Valentina da Silveira Lopes de Almeida (1862-1934) foi uma mulher pouco comum no seu tempo. Trata-se de uma das raras literatas brasileiras do século XIX e esteve entre os escritores, de qualquer gênero, mais conhecidos e lidos de sua época, tanto no Brasil quanto em Portugal.

Júlia Valentina da Silveira Lopes de Almeida (1862-1934) fut une femme peu commune de son temps. On parle de l’une des rares auteurs littéraires brésiliennes du XIXe siècle qui fut, parmi les écrivains tous genres confondus, la plus connue et la plus lue de son époque, aussi bien au Brésil qu’au Portugal.

Sabrina raconte qu’à l’époque de la création de l’ABL, Júlia possédait déjà « une œuvre respectable », elle collectionnait les critiques positives et pouvait compter sur les faveurs du public. Pourtant, sa candidature ne reçut le soutien que de quatre personnes.

Os demais homens de letras opuseram-se à ideia, pois aceitar Júlia Lopes de Almeida seria abrir as portas da Academia para as mulheres, consideradas o “segundo sexo”, seres inferiores aos homens, em uma época em que o papel feminino restringia-se ao estereótipo da mãe abnegada e da boa dona de casa.

Les autres hommes de Lettres s’opposèrent à cette idée, en vertu du principe qu’accepter Júlia Lopes de Almeida reviendrait à ouvrir les portes de l’Académie aux femmes, alors considérées comme le « deuxième sexe » et comme des êtres inférieurs aux hommes, à une époque où le rôle féminin se limitait au stéréotype de la mère dévouée et de la bonne maîtresse de maison.

Qui était Júlia Lopes de Almeida ?

Júlia Lopes de Almeida, date inconnue | Image : Arquivo Nacional/Domínio Público

Júlia naquit à Rio de Janeiro en 1862. La même année, le Brésil rompait ses relations diplomatiques avec le Royaume-Uni en raison de la Question Christie [fr]. Cette tension prenait de l’ampleur notamment parce que le Brésil insistait pour maintenir la traite des esclaves africains. Fille d’immigrés portugais, Júlia, comme l’écrit l’auteur Luiz Ruffato, « a reçu une éducation sophistiquée et libérale, à contre-courant des standards féminins de l’époque ».

Sur encouragement de son père, elle publia vers 20 ans ses premières chroniques dans un journal de Campinas, commune de l’État de São Paulo. Quand sa famille emménagea à Lisbonne, où elle rencontra son futur mari, elle continua d’écrire et de publier dans des journaux et almanachs et termina son premier livre : le recueil de contes Traços e iluminuras. Quelques années plus tard, alors qu’elle vivait à Rio de Janeiro, elle transforma sa maison en un point de rencontres entre artistes, intellectuels et journalistes.

Ruffato écrit aussi dans un autre texte :

Tivesse Júlia Lopes de Almeida (1862-1934) se limitado a colaborar em jornais e revistas, sempre defendendo a importância da educação das crianças e a valorização do papel da mulher na sociedade, já lhe caberia o honroso lugar de uma das mais importantes vozes feministas brasileiras. Mas Júlia fez mais: escreveu romances refinados, onde descreve com elegância e precisão as encruzilhadas da mulher na sociedade de fins do Século 19 e princípios do século 20, não se esquivando de enfrentar temas complexos e polêmicos para a época.

Si Júlia Lopes de Almeida (1862-1934) s’était simplement bornée à collaborer à des journaux et revues, tout en défendant l’importance de l’éducation des enfants et la valorisation du rôle des femmes dans la société, elle occuperait déjà la place honorable de l’une des voix féministes brésiliennes les plus importantes. Mais Júlia a fait bien plus : elle a écrit des romans raffinés, où elle décrit avec élégance et précision la position à la croisée des chemins de la femme dans la société de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, en ne se dérobant pas devant l’évocation de thèmes complexes et polémiques pour l’époque.

Júlia mourut à Rio, à 72 ans, victime de la malaria. Avant le diagnostic cependant, elle fit le tour du monde passant par l’Europe, le sud du Brésil, Buenos Aires et l’Afrique.

L’histoire se répète

Le 30 août 2018, l’histoire de Júlia – et de tant d’autres femmes écrivains – s’est répétée. Tout comme l’unique femme fondatrice de l’ABL fut dès le départ empêchée d’y accéder, la possibilité pour que la première femme afro-brésilienne occupe un siège d’immortelle fut elle aussi ignorée. Malgré la campagne la plus populaire jamais menée à l’Académie, Conceição Evaristo [fr] n’a reçu qu’une voix. C’est le cinéaste Cacá Diegues qui a été élu avec 22 voix. Le second finaliste, Pedro Corrêa do Lago, en a reçu 11.

Fondée le 20 juillet 1897, l’ABL aura mis huit décennies pour attribuer un siège à une femme. En 1977, l’écrivaine Rachel de Queiroz [fr] devient la première immortelle brésilienne. Dans les décennies qui suivirent, sept femmes intégrèrent l’Académie : Dinah Silveira de Queiroz (1980), Lygia Fagundes Telles (1985), Nélida Piñon (1989), Zélia Gattai (2001), Ana Maria Machado (2003), Cleonice Berardinelli (2009) et Rosiska Darcy (2013). Puis, plus aucune autre.

Certaines oeuvres de Júlia sont disponibles dans le Domínio Público et sur le site Literatura Digital de l’Université Fédérale de Santa Catarina (UFSC).

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