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Ce que les enfants des banlieues de São Paulo réclament aux futurs dirigeants du Brésil

Les enfants témoignent de la dégradation des espaces publics et de leur peur de la violence.| Photo: DiCampana Foto Coletivo/Utilisée avec autorisation

La version originelle de ce reportage de Lucas Veloso a été publiée sur le site Agência Mural. La présente republication repose sur un accord de partenariat.  

[Article d'origine paru le 26 octobre 2018] Nettoyer les toilettes publiques de la place du quartier, augmenter la taille de l'école pour que plus d'élèves puissent étudier, interdire les animaux dans la rue, empêcher les viols et faire en sorte que les parents ne battent plus leurs enfants.

Voici quelques unes des propositions faites par les enfants des quartiers Est de São Paulo interrogés par Agência Mural à propos de ce qui devrait changer avec les élections de 2018. Le 7 octobre, c'était le premier tour des élections présidentielles au Brésil. Les deux candidats, Jair Bolsonaro, du PSL (Parti social libéral), et Fernando Haddad, du PT (Parti des travailleurs), doivent s'affronter au second tour le 28 octobre.

Même si au Brésil les jeunes ont le droit de voter à partir de 16 ans, les politiques publiques présentées par les deux présidentiables et les gouverneurs ont un impact direct sur le futur d'enfants bien plus jeunes.

La notion de cet impact est ressentie par les enfants qui dénoncent le manque d'éducation, de nourriture et la violence comme étant les principaux problèmes. Pour Emilly Candida Ferrarez, 8 ans, qui vit à São Mateus, un des districts de São Paulo :

A política são as pessoas que cuidam do país.

La politique, ce sont les gens qui s'occupent du pays.

Davi de Almeida, 5 ans, a déjà des projets au cas où il serait un jour parlementaire. Il dit que les politiciens ne s'intéressent pas aux enfants :

Eu ia mudar o parque, a praça, a quadra, a escola, mudaria os livros pra fazer atividade.

Moi, je changerais le parc, la place, le terrain de sport, l'école, je changerais les livres pour créer de l'activité.

Même si elle dit qu'elle ne sait pas expliquer ce qu'est la politique, Aiyra de Almeida, 9 ans, pense que les politiciens devraient nettoyer la saleté sur la place, en plus d'autres actions pour les enfants qui ne profitent pas du système scolaire public.

Devia mudar a escola, deixar maior para mais alunos entrarem. Dar casa para as crianças que moram nas ruas e dar comida para elas também.

Il faudrait changer l'école, la faire plus grande pour que plus d'élèves puissent venir. Donner une maison aux enfants qui vivent dans la rue et leur donner à manger aussi.

Agência Mural a interrogé des enfants des quartiers Est de São Paulo | Photo: DiCampana Foto Coletivo/Utilisée avec autorisation.

Manuela Caravante, 6 ans, élève en première année de primaire, pense qu'au Brésil

deveria mudar a maldade e também que as pessoas não sejam obrigadas a abandonar cachorro na rua.

Il faudrait changer la méchanceté et aussi que les gens ne soient pas obligés abandonner leurs chiens dans la rue.

Pour Kemely Raquel, 9 ans, qui vit a São Mateus, la politique c'est “voter pour quelqu'un” et, ce qui devrait changer dans le pays, c'est “les personnes qui violent, qui tuent et qui volent”.

A 10 anos, João Prado voit la politique comme quelque chose pour améliorer la Brésil.

Acho que deveria mudar o estupro e também ajudar as crianças doentes e trazer as que estão na rua para dar comida”, acrescentou.

Je crois qu'il faudrait changer le viol et aussi aider les enfants malades et donner à manger à ceux qui sont dans la rue”, ajoute-t-il.

L'inquiétude pour l'éducation semble être une priorité pour ces enfants. Alors que Davi dit qu'il faut changer beaucoup de choses comme le terrain de sport de l'école dans laquelle il étudie, la place en face de chez lui, et aussi les livres de classe, Gabriel Selefonte Silva, 9 ans, estime que les politiciens s'intéressent aux enfants et que pour cette raison ils devraient “changer les pupitres [de l'école], qui sont pleins de traces de stylos et donner des cahiers neufs”. .

Les enfants et les candidats 

Dans son programme de gouvernement, Haddad mentionne 18 fois les enfants. Un des thèmes souligne la priorité donnée à la petite enfance, qui va de 0 à 6 ans, la création de nouveaux postes dans les crèches, une baisse de la mortalité infantile, l'application effective de la loi ECA (Estatuto da Criança e do Adolescente ou Statut de l'enfant et de l'adolescent), et la mise en place d'actions pour lutter contre le travail infantile.

Les autres propositions présentées sont la protection et le développement des réseaux d'accueil et de protection des mineurs. Elles prévoient que :

Serão aperfeiçoadas as redes de atendimento e proteção, qualificando e equipando os Conselhos Tutelares e integrando toda a rede de garantia de direitos desde o nascimento.

Les réseaux d'accueil et de protection seront améliorés, en formant et en équipant les conseillers tutélaires et en tenant compte de l'ensemble des garanties des droits [des mineurs] depuis la naissance.

Le texte dit aussi que des ajustements seront apportés à la Base Nacional Comum Curricular (Base nationale commune d'enseignement), à l'inclusion numérique et au développement de tout le système éducatif, en concertation avec la population.

A meta é garantir que todas as crianças, adolescentes e jovens de 4 a 17 anos estejam na escola e que aprendam. Outra meta é assegurar que todas as crianças apresentem as habilidades básicas de leitura, escrita e matemática, assim como os conhecimentos necessários no campo das ciências naturais e ciências humanas até os 8 anos ou até o final do 2º ano do Ensino Fundamental.

L'objectif est de s'assurer que tous les enfants, les adolescents et les jeunes de 4 à 17 ans aillent à l'école et apprennent. Un autre objectif est de garantir que tous les enfants acquièrent la maîtrise des savoirs fondamentaux comme la lecture, l'écriture et les mathématiques, ainsi que les connaissances requises en sciences naturelles et en sciences humaines avant l'âge de 8 ans ou la fin du primaire.

Bolsonaro, quant à lui, mentionne les enfants dans 5 propositions. La première aborde la lutte contre le viol des femmes et des enfants. Il dit aussi que dans le futur gouvernement il y aura des changements “de contenu et de méthodes” en invoquant un endoctrinement idéologique qui sévirait actuellement dans les écoles. Le candidat déclare dans son programme :

Será possível detectar e corrigir dificuldades no processo de formação de nossas crianças e jovens. Com isso, acreditamos que todos os indicadores irão melhorar.

Il sera possible de détecter et de corriger les difficultés dans le processus de formation de nos enfants et de nos jeunes. Nous sommes sûrs qu'ainsi tous les indicateurs vont s'améliorer.

Bolsonaro s'inspire d'un groupe appelé Escola Sem Partido, (l'école sans parti) qui remet en question les débats sur des sujets politiques en classe, accusant les professeurs d'endoctrinement de gauche.

Un autre sujet abordé par Bolsonaro est le fameux kit gay. Le candidat évoque un matériel didactique à caractère sexuel qui aurait été utilisé à l'époque où Haddad était ministre de l'Éducation. Le Tribunal supérieur électoral a cependant demandé le retrait du contenu sur ce sujet, par cette décision :

A notícia é sabidamente inverídica, uma vez que o livro jamais chegou a ser adotado pelo Ministério da Educação (MEC).

L'information est délibérément mensongère, étant donné que le livre n'a jamais été utilisé par le Ministère de l'Éducation (MEC).

Le programme de l'ex-capitaine de l'armée dit encore que le gouvernement fédéral doit se concentrer dès le début sur l'enseignement de base plutôt que sur l'enseignement supérieur :

Precisamos inverter a pirâmide: o maior esforço tem que ocorrer cedo, com a educação infantil, fundamental e média. Quanto antes nossas crianças aprenderem a gostar de estudar, maior será seu sucesso

Nous devons inverser la pyramide : l'effort le plus important doit être fourni au plus tôt, avec l'éducation infantile, fondamentale et moyenne. Plus tôt nos enfants apprendront à aimer les études, plus grand sera le succès.

Bolsonaro défendait déjà la militarisation de l'éducation publique bien avant d'être officiellement candidat. Bien qu'il déclare que la proposition aiderait à diminuer “l'inégalité de revenus” dans des communautés fragiles, la réalité contredit le discours. Comme le rappelle le reportage de la revista Nova Escola :

Rosária Boldarine é doutora em Educação pela Universidade Estadual Paulista (Unesp) e ressalta que é necessário melhorar as condições de vida de uma população como um todo para enfrentar a violência de maneira sistemática. “Não adianta colocar a criança numa escola militarizada se quando ela volta para casa não há nada para ela”, afirma. Para a pesquisadora, uma escola também reflete o seu entorno e não é um local isolado da sociedade. “Se o entorno for de péssimas condições, a escola não será milagrosa”, afirma.

Rosária Boldarine est docteur en éducation à l'Université d'État de São Paulo (Unesp) et souligne qu'il est nécessaire d'améliorer les conditions de vie d'une population dans son intégralité pour affronter la violence de façon systématique. “Ça ne sert à rien d'envoyer un enfant à l'école militaire si quand il rentre à la maison il n'y a rien pour lui”, affirme-t-elle. Pour la chercheuse, une école reflète aussi son environnement et ce n'est pas un endroit isolé de la société. “Si l'environnement est très dégradé, l'école ne fera pas de miracles”, déclare-t-elle.

Elle termine son interview par une mise en garde :

Soluções simplistas para questões profundas levam a resultados muito ruins.

Des solutions simplistes en réponse à des questions fondamentales donnent de très mauvais résultats.

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