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“La voix du peuple” prévaut au Sri Lanka : la crise des premiers ministres sera soumise au vote du parlement

Le Parlement du Sri Lanka. Photo sur Flickr par Kolitha de Silva. CC BY 2.0

Depuis le 26 octobre, jour où le président sri-lankais Maithripala Sirisena a démis le premier ministre Ranil Wickremesinghe, qu'il a remplacé par l'ex-président Mahinda Rajapaksa, la crise politique qui a suivi a fait s'interroger beaucoup dans le pays sur la légitimité constitutionnelle à désigner un premier ministre en l'absence de consensus. Le président a aussi suspendu le parlement pour trois semaine et dissous le gouvernement.

[“Aucun article de la constitution ne dispose que le Président peut renvoyer le Premier Ministre à sa discrétion”] Citation extraite de [l'ouvrage] “Des constitutions, gouvernements et coups d’État”

Les 30 et 31 octobre, en réaction à la légitimité contestable du limogeage de Wickremesinghe comme de la suspension temporaire du Parlement, des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Colombo pour exiger que le Parlement soit réuni à nouveau à fins de résoudre la crise politique en cours.

Manifestation de masse à Colombo exigeant du Président Sirisena qu'il convoque le Parlement. “Le peuple a parlé. Réunissez le Parlement. Restaurez la démocratie maintenant” dit Ranil Wickremesinghe

Merci ! Des dizaines de milliers de gens ont envahi l'entrée de Temple Trees [La résidence officielle du Premier ministre]. Dans la discipline, non alcoolisés et sans grimper sur les lampadaires. Ils sont venus uniquement pour exiger la convocation du parlement et le retrait du premier ministre usurpateur. Énorme succès. [Président] Sirisena, ne piétinez pas la démocratie.

En direct de la manifestation populaire au rond-point de la place de la Liberté, appelant à la re-convocation du Parlement

Dans une conférence de presse, le président du Parlement Karu Jayasuriya a exhorté le président à laisser Wickremesinghe prouver son soutien majoritaire au parlement, et mis en garde contre un bain de sang si l'impasse se poursuit.

Des diplomates de l'ONU, de l'UE, du Royaume-Uni, du Canada et d'Allemagne ont rencontré aujourd'hui le président [du Parlement] et ont exhorté à réunir le Parlement et à garantir la protection de la démocratie

La pression des manifestations pour convoquer à nouveau le Parlement a été fructueuse, puisque M. Sirisena a fixé au 7 novembre un vote parlementaire qui décidera du premier ministre légitime.

Une coalition dysfonctionnelle

Les événements de ces derniers jours ont attisé chez une partie des Sri-lankais les craintes d'un retour à la période de la présidence de Mahinda Rajapaska, quand régnaient la violence religieuse, la répression d’État et la censure. Comme l'a noté un collectif d'étudiants dans une déclaration sur le sujet publiée par GroundViews :

The resort to violence and coercion is a chilling reminder of what dictatorship looks like. The coup is being followed by a return to the norms of self-censorship, violence, and fear that were characteristic of Rajapaksa-era politics. State media institutions were stormed in the night and security for the Prime Minister and Ministers  arbitrarily withdrawn. Moreover, many private media stations are already becoming vehicles for misinforming the public and spreading disinformation.

Le recours à la violence et à la coercition est un rappel glaçant de ce à quoi ressemble une dictature. Le coup de force est suivi d'un retour aux normes de l'auto-censure, de la violence et de la peur qui étaient caractéristiques de la politique de l'ère Rajapaksa. Les institutions médiatiques d’État ont été prises d'assaut de nuit et les protections du Premier Ministre et des ministres arbitrairement retirées. De surcroît, de nombreuses stations de médias privés deviennent déjà des véhicules pour égarer l'opinion et propager la désinformation.

Sirisena a déclaré à la presse avoir renvoyé Wickremesinghe après avoir découvert que ce dernier était impliqué dans un complot pour l'assassiner. La situation actuelle est plutôt interprétée comme un effet collatéral de la lutte pour le pouvoir existante entre Sirisena, Wickremesinghe, et Rajapaksa.

En janvier 2015, quand le Président d'alors Mahinda Rajapaksa a convoqué une élection présidentielle dans une tentative de consolider son pouvoir et d'obtenir un troisième mandat. Sirisena, un ancien ministre de Rajapaksa, a alors fait défection du Sri Lanka Freedom Party (SLFP, Parti de la Liberté du Sri Lanka) de Rajapaksa et a été désigné candidat par le Parti National Uni (UNP) dirigé par Wickremesinghe pour disputer la présidence au sortant. Sirisena a émergé comme le vainqueur inattendu en s'assurant 51.28 % des votes contre les 47.28 % de Rajapaksa, et a pris la relève à la présidence du Sri Lanka.

Après l'élection, Rajapaksa a cédé la direction du SLFP à Sirisena conformément aux statuts du parti, qui prévoient que tout adhérent devenant Président est automatiquement chef du parti. Lors des élections parlementaires d'août 2015, les factions de Siresena et de Rajapaksa ont uni leurs forces pour disputer le scrutin sous la bannière de ‘l'United People’s Freedom Alliance (UPFA, Alliance de la liberté du peuple uni). Mais c'est la coalition menée par l'UNP de Wickremesinghe qui a obtenu 106 sièges sur le total de 225, tandis que l'UFPA en gagnait 95—55 par la faction pro-Rajapaksa, et 40 par la faction pro-Sirisena.

Après ces élections parlementaires, Sirisena a nommé Wickremesinghe premier ministre et a formé un gouvernement d'union nationale après avoir signé un protocole d'accord relatif aux questions non résolues après la fin des trente années de guerre civile. Depuis lors, la faction du SLPF menée par Rajapaksa est le parti d'opposition de facto.

Ces deux dernières années cependant, Rajapaksa a nettement regagné du terrain, et son parti a balayé les élections locales en février 2018. En avril 2018, Wickremesinghe a survécu à une motion de défiance au Parlement portée par les partisans de Rajapaksa, une manœuvre clairement pensée pour affaiblir la coalition au pouvoir déjà instable.

La popularité montante du parti SLPF de Rajapaksa et les tensions existantes entre Sirisena et Wickremesinghe à propos de la préférence de ce dernier pour l'Inde sur la Chine comme partenaire géopolitique, pourrait être les principales raisons du choix par Sirisena de nommer Rajapaksa premier ministre.

“La voix du peuple a été entendue. . . ” a déclaré sur Twitter un Wickremesinghe optimiste le 1er novembre, lorsqu'on a appris que le parlement serait réuni à nouveau la semaine prochaine. “La démocratie va l'emporter.”

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