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De premier ministre à condamné en cavale : l'ex-homme fort de la Macédoine s'enfuit en Hongrie

Quand il était au pouvoir, le conseil des ministres de Nikola Gruevskis commanda ce portrait toujours accroché au siège du gouvernement de la République de Macédoine, aux côtés de tableaux plus petits d'autres anciens premiers ministres. PHOTO: Domaine public.

Pour échapper à un verdict de deux ans de prison pour corruption, Nikola Gruevski, l'ex-premier ministre macédonien, est allé se réfugier en Hongrie.

Gruevski a disparu jeudi 8 novembre, lorsque les six gardes du corps qu'il avait choisi un par un dans les effectifs du ministère de l'Intérieur auraient perdu contact avec lui. Gruevski était engagé dans des procédures judiciaires à rallonge pour retarder l'exécution d'une condamnation à deux ans de prison dans une affaire au nom de code Tank où il était accusé d'abus de fonctions. Ses avocats ont multiplié les appels après la confirmation du verdict par le Tribunal suprême.

Gruevski était supposé se présenter à la prison avant lundi 12 novembre. Mais mardi 13, il a annoncé sur Facebook avoir déménagé à Budapest parce qu'il recevait des menaces. Il a sollicité l'asile politique en Hongrie.

Son évasion a provoqué un tollé en Macédoine et à travers la région, car l'opinion exige qu'on lui explique pourquoi et comment l'ex-homme fort a réussi à se tirer.

Si la fuite de Gruevski est sans précédent dans l'histoire de la Macédoine, la destination qu'il a choisie n'étonne pas grand monde. Il y a un an à peine, Global Voices racontait que Gruevski a pu passer un accord avec le premier ministre Viktor Orban pour que la Hongrie accueille les fugitifs liés à des abus de pouvoir du gouvernement Gruevski.

Gruevski et Orban ont l'habitude de coopérer. Les banques hongroises sont impliquées dans des accords de corruption pour siphonner l'argent des contribuable macédoniens. Les deux dirigeants ont exploité la crise des réfugiés de 2015 pour créer une hystérie xénophobe en vue de gains politiques, ont mené des opérations coordonnées contre la société civile, et monté des stratagèmes financiers pour financer la propagande partisane.

“Quand j'étais premier ministre, j'ai volé, triché et menti, voilà pourquoi je suis persécuté dans mon pays. Est-ce que vous pouvez m'héberger ?”
“Nous sommes toujours heureux d'accueillir ceux qui partagent notre culture !”
Dessin de Marabu (HGV) sur la demande d'asile de Nikola Gruevski en Hongrie

Au niveau de l'Union européenne, les partis populistes des deux dirigeants, le VMRO-DPMNE et le Fidesz, ont coutume d'user de leur appartenance au Parti populaire européen (PPE), une association pan-européenne de partis politiques de droite, pour minimiser ou retarder les réponses de la communauté internationale aux abus à l'intérieur de leurs pays.

Exigences de responsabilité

Ces fuites en Hongrie ont été facilitées par la justice macédonienne, qui s'est prononcée contre la détention des suspects dans de nombreuses affaires de corruption en cours. Ces dernières années, des rapports de l'Union européenne ont indiqué que le parti de Gruevski avait subverti l'indépendance des tribunaux en les remplissant de loyalistes du régime.

Dans un pays qui baigne depuis des décennies dans les théories complotistes, beaucoup se demandent si le gouvernement actuel a passé une sorte de marché pour laisser s'en aller Gruevski, en échange du soutien de son parti au parlement sur la question de l'accord du nom avec la Grèce, un thème qui alimente les spéculations des médias depuis plusieurs mois.

Étrange !
La couverture de l'hebdomadaire Focus du 23 août 2018
Le titre de l'article de une est :
“Le gouvernement permettra-t-il à Gruevski de s'enfuir en Hongrie si les députés VMRO soutiennent l'accord sur le nom ?”
Ils l'ont fait et il l'a fait !
Étrange, vous dis-je !

Mercredi 14 novembre, le premier ministre macédonien Zoran Zaev a pourtant nié avec véhémence les allégations d'un accord politique avec Gruevski.

D'autres Macédoniens, dont des juristes et des spécialistes de droits humains, ont exigé que le gouvernement assume ses responsabilités dans cet embarrassant scandale, et se sont dits déçus par le pouvoir dont ils ont voté la mise en place sur la promesse d'un retour à l’État de droit.

Le ministère de l'Intérieur attend de voir où se trouve Gruevski.
Le ministère des Affaires étrangères attend que le ministère de l'Intérieur confirme que Gruevski n'est pas en Macédoine.
Le tribunal attend la requête du Procureur général d'émission d'un mandat d'arrêt contre les complices soupçonnés de Gruevski.
Le bureau des Procureurs spéciaux attend les informations du ministère de l'Intérieur sur l'évasion de Gruevski.
Y A-T-IL QUELQU'UN DANS CE PAYS QUI NE SOIT PAS EN TRAIN D'ATTENDRE QUELQUE CHOSE ?

Plusieurs organisations de premier plan de la société civile ont vigoureusement condamné les “omissions, négligences grossières et entorses aux dispositions de la Loi sur l'exécution des peines et du règlement sur l'exécution des tâches de la police, de la part du tribunal d'instance de Skopje 1 et du ministère de l'Intérieur” qui ont eu pour résultat l'évasion du malfaiteur condamné.

Itinéraire d'évasion encore inconnu

Bon nombre d'aspects de l'affaire restent encore obscurs. Étant donnés les liens étroits qu'entretiennent Gruevski comme Orban avec le président serbe Aleksandar Vucic, dont le parti SPS est également membre du PPE, beaucoup ont supposé que Gruevski est passé par la Serbie. Et ironisé sur la possibilité qu'il ait emprunté la route des Balkans suivie par les réfugiés et qu'il avait raillée par le passé.

La dernière information officielle en date indique que Gruevski a fui par l'Albanie, traversant ensuite le Monténégro, avec l'aide de diplomates hongrois, mais les détails de son itinéraire complet restent inconnus du public.

Communiqué officiel de la police nationale d'Albanie :
Gruevski est sorti d'Albanie le 11 novembre à 19h01 et est entré au Monténégro par Hant Hotit dans la voiture diplomatique CD1013A appartenant à l'ambassade de Hongrie à Tirana.
Interpol Skopje a informé Interpol Tirana le 13 novembre à 19h35 qu'il est recherché.

Asile en Hongrie

La demande d'asile de Gruevski est examinée en ce moment par les autorités hongroises. Autre ironie de l'histoire, le parti au pouvoir en Hongrie a dans les années récentes modifié ses lois pour durcir les conditions d'admission des demandeurs d'asile dans le pays.

La Macédoine est considérée pays d'origine sûr par la loi hongroise. Il en découle qu'une demande d'asile ne sera pas considérée selon ses mérites à moins que le demandeur ne prouve que son pays d'origine est dangereux pour lui.

Un professeur de l'Université d'Europe centrale, contrainte à cesser progressivement ses activités à Budapest sous les pressions du gouvernement Orban, a décidé de tirer profit de la présence de Gruevski en ville, et a lancé une invitation ouverte pour qu'il participe à un événement public.

Cher Monsieur Gruevski, je vous prie par la présente d'accepter mon invitation à mon cours sur la Justice transitionnelle, mercredi 5 décembre à l'Université d'Europe centrale à Budapest. Nous sommes un lieu de débats ouverts, dans l'esprit d'une société ouverte [l'#OpenSociety de George Soros, fondateur de l'UEc et bête noire d'Orban]. #RéfugiésBienvenus #JeSoutiensUEC

Les autorités macédoniennes ont annoncé qu'elles vont déposer une demande d'extradition.

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