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La militarisation peut-elle conduire le Mexique sur le chemin de la paix ?

Le président mexicain a annoncé son intention de déployer les forces armées et la police fédérale sur tout le territoire : un plan d'action pour en finir avec la guerre. Infographie publiée par www.terceravía.mx.

Le président nouvellement élu du Mexique, Andrés Manuel López Obrador [fr] (plus connu au Mexique sous le nom de AMLO) a dévoilé le 15 novembre 2018 les détails de son Plan national de sécurité, grâce auquel il compte remédier à la violence endémique dont souffre le pays et qui a provoqué la mort de plus de 250 000 personnes. Le point le plus discuté, et qui a suscité une certaine inquiétude dans divers secteurs de la société, est la création d'une Garde nationale soutenue par les forces armées qui assumera les fonctions de police et de sécurité publique.

López, a gagné les élections en juillet dernier, en devançant largement ses adversaires [fr] et en obtenant une confortable majorité à l'Assemblée, ce qui lui permet de conduire les réformes qu'il juge nécessaires.

C'est dans ce contexte que le président a annoncé son Plan national de sécurité, une proposition qui répond à la demande de la majorité des habitants du Mexique : rétablir la paix dans un pays qui entre dans sa douzième année de conflit armé [fr] aussi appelé “guerre” contre le crime organisé, qui en son temps avait été déclenchée par le président Felipe Calderón [fr].

L'armée mexicaine (une des forces qui doit intégrer la Garde nationale) a été impliquée, ces dernières années, dans des affaires de graves violations des droits de l'homme, comme celle de Tlatlaya, où le personnel militaire aurait pratiqué des exécutions extrajudiciaires.

La directrice du programme Amériques de Amnesty International – un organisme présent dans le monde entier, ayant pour mission la défense des droits de l'homme – a déclaré [fr] au sujet de l'annonce de López que la proposition devrait être modifiée et axée sur le renforcement et la professionnalisation des forces de police civiles.

En outre, l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch a signalé dans un communiqué que le plan proposait une “stratégie erronée” pour résoudre la crise de sécurité qui affecte le Mexique. Par la voix de son directeur pour les Amériques, l'organisation en appelle au président López, l'invitant instamment à reconsidérer ce qu'elle considère comme “une politique mal avisée et potentiellement désastreuse”.

Qu'en disent les Mexicains ?

L'opinion de l'analyste Diego Petersen, publiée dans SinEmbargoMx, précise que cette décision ne vient pas du président, mais qu'il s'agit bien de mesures imposées par les forces armées :

La militarización de la seguridad se venía fraguando desde mediados del sexenio de Peña. Si el Ejercito tiene ya listos varios miles de efectivos para formar la Guardia Nacional es porque son años de trabajo en este cuerpo de policía. Las fuerzas armadas terminaron imponiendo su visión y sus condiciones.

La militarisation de la sécurité se préparait depuis le milieu du mandat de Peña. Si des milliers de soldats sont déjà prêts à former la Garde nationale, c'est le résultat d'années de travail au sein de la police. L'armée a fini par imposer sa vision et ses conditions.

Cette même militarisation avait failli être instituée par une loi dite loi relative à la sécurité intérieure, proposée par le gouvernement précédent et récemment déclarée anticonstitutionnelle par le pouvoir judiciaire.

De nombreuses réactions à ce sujet témoignent sur Twitter de l'inquiétude d'une partie de la population. L'utilisatrice “lucía” rappelle les cas de recours abusifs à la force dont ont fait usage par le passé les membres de la Garde nationale :

[La plus grande trahison a été de se servir des victimes de la violence sur les “forums d'écoute” pour légitimer leur stratégie qui, au lieu de construire la paix ne fait que perpétuer la guerre.] Il n'est pas certain que plus de militaires dans la rue pour assurer la sécurité publique se traduise par moins de violence. On se souvient tous de Ayotzinapa, Tlatlaya, Palmarito, Ostula, et de l'assassinat de Jorge et de Javier au TEC.

Rodrigo_E, quant à lui, souligne que créer des corporations policières est une habitude chez les présidents du Mexique depuis de nombreuses années :

Zedillo a eu la PFP (Police fédérale préventive), Fox a créé la AFI (Agence fédérale d'investigation), Calderón a créé la PF (Police fédérale) après la PFP de Zedillo, Peña voulait une gendarmerie à la française, et maintenant AMLO va avoir sa Garde nationale. Qu'est-ce qu'il en ressort ? Que nous n'avons aucun projet policier clairement établi. Seulement quelques idées en plus de 18 ans.

Quant à “Madame Déficit”, elle remarque que cette stratégie ne figurait pas dans le programme que le président a proposé durant sa campagne :

Militariser le pays n'est pas ce que le saint patron Lopez Obrador a offert à ses ouailles. Déployer les forces armées et la marine pour faire la police est une ERREUR. On va le laisser s'en sortir comme ça ?

Alejandro Madrazo Lajous s'est clairement exprimé sur Twitter pour empêcher la militarisation du pays :

Aujourd'hui plus que jamais, il est important d'indiquer clairement que les jeux de mots ne trompent personne. Les partisans de la  loi putschiste s'y sont essayés et ont été montrés du doigt. Pour une sécurité sans guerre NON à la Garde nationale. Signez pour la paix.

Le cinéaste Epigmenio Ibarra, sympathisant de López, a commenté que le plan de sécurité annoncé n'était pas une militarisation du pays :

On parle de militarisation alors qu'en fait, la proposition de Lopez Obrador est tout le contraire. Elle retire les forces de combat, les remplace par la police militaire et crée la Garde nationale avec de jeunes recrues qui devront transformer à fond les forces armées.

Ixchel Cisneros, un autre partisan de López, a partagé dans un article du HuffPost son ressenti personnel, tout en rappelant quelques chiffres concernant les personnes qui ont souffert dans leurs chairs les conséquences de la “guerre” :

Yo voté por Andrés Manuel y por varios representantes de Morena y lo hice principalmente por su postura en contra de la militarización del país […] Presentaron su estrategia de seguridad, la cual incluía crear una Guardia Nacional formada por un grupo de fuerzas armadas de “élite” y fuerzas civiles que estará coordinada por la Secretaría de la Defensa Nacional. Es decir, el orden civil subordinado al militar. Es decir, continuar y reforzar la estrategia fallida de Felipe Calderón y Enrique Peña Nieto. Estrategia fallida que nos tiene con casi 250 mil personas asesinadas y más de 37 mis desaparecidas.

J'ai voté pour Andrés Manuel et pour certains candidats du Morena [fr] et je l'ai fait essentiellement pour leur engagement contre la militarisation du pays […] Ils ont présenté leur stratégie de sécurité, qui incluait la création d'une Garde nationale constituée d'un groupe de forces armées d'”élite” et de forces civiles, coordonnée par le ministère de la Défense nationale. C'est à dire, l'ordre civil subordonné à l'ordre militaire. C'est à dire, continuer et renforcer la stratégie désastreuse de Felipe Calderón et Enrique Peña Nieto. Une stratégie désastreuse qui a abouti à près de 250 000 personnes assassinées et plus de 37 000 disparus.

La militarisation d'un pays aux mains d'un leader populiste est, sans aucun doute, un sujet qui mérite attention et nécessite un suivi.

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