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Cette chanteuse jamaïquaine touche une corde sensible en prétendant avoir blanchi sa peau

Arrêt sur image de Spice issue de la vidéo sur YouTube de sa nouvelle chanson “Black Hypocrisy” [Hypocrisie noire], qui explore la problématique du “colorisme”.

Dans l'univers décidément masculin du dancehall [fr] jamaïquain, Grace Hamilton, connue sous son nom de scène Spice [fr], s'est fait une place de fonceuse. Sa carrière a décollé en 2009 quand elle s'est associée avec Vybz Kartel [fr] sur le titre controversé (et interdit) “Romping Shop“. Elle utilise régulièrement des paroles sexuellement explicites et s'attaque de face à des problèmes tabous, dont l'un, souvent passé sous silence dans les communautés noires : le “colorisme“.

En octobre 2018, Spice a surpris ses fans (qu'elle appelle affectueusement son “gang de Schtroumpfs”) en publiant un portrait d'elle sur Instagram avec une peau apparemment blanchie et de long cheveux blonds. Le lendemain, elle lançait sa nouvelle chanson “Black Hypocrisy“. Celle-ci aborde le colorisme, cette tendance insidieuse de continuer à privilégier les gens à la peau claire, causant de nombreux Jamaïquains noirs et de couleur à s'auto-discriminer.

Les fans ont été décontenancés par la nouvelle peau caramel de Spice. Avait-elle réellement “blanchi” sa peau et suivi une pratique largement répandue en Jamaïque ? Et pourquoi certains ont-ils aimé ?

Maître de conférence à l’Université des Indes occidentales, Isis Semaj Hall examine la réaction bienveillante des fans sur son blog :

It is important to note that Spice did not actually bleach her skin — but the fact that so many viewers thought she did (still think that she did and want to know what magic she used to get such quick, even, and outstanding results) proves that the issue of bleaching is bigger than we want to admit in the African diaspora …

How the viewer responded to the initial images of Spice that were posted by the artiste on her own social media accounts prior to the release of her music video, is a testament to the very subject that Spice was tackling: a to-the-core belief in brown and white skin privilege, a to-the-core belief that darker skin is a stumbling block in life, and a to-the-core lack of awareness about black hypocrisy regarding colorism.

Il est important de noter qu'en réalité Spice n'a pas décoloré sa peau. Mais le fait que tant de personnes aient pensé qu'elle l'avait fait (le pensent encore et veulent savoir par quelle magie elle a obtenu un résultat aussi rapide, homogène et remarquable) prouve que le problème de la décoloration est plus important qu'on ne veut bien l'admettre dans la diaspora africaine…

La façon dont un spectateur réagit aux photographies initiales de Spice, postées par l'artiste sur ses propres comptes de réseaux sociaux avant le lancement de sa vidéo musicale, est un témoignage du sujet même auquel Spice s'attaque : une croyance profondément ancrée en un privilège blanc et marron, une croyance profondément ancrée qu'une peau noire est un obstacle dans la vie, et un manque de sensibilisation profond quant à l'hypocrisie noire sur le colorisme.

La commentatrice culturelle ajoute :

Spice rides a reggae riddim [rhythm] to deliver a timely message on skin bleaching, self-hate, and the legacy of colonialism that is imprinted on the minds and skins of too many in Jamaica.

Spice surfe un rythme reggae pour remettre un message opportun sur la décoloration de la peau, la haine de soi et l'héritage de la colonisation, qui sont gravés dans les esprits et les peaux de beaucoup trop de Jamaïquains.

La position de Spice semble avoir également trouvé un écho parmi les Africains Américains. Le site internet culturel Afropunk.com a commenté :

The Jamaican songstress’ stunt — putting images of herself with ‘bleached’ skin on the internet and stating in interviews that the change in her complexion was to please her Black audience — was done in an effort to expose the very real danger of unchecked colourism in the BLACK community.

Many times, we shy away from the colourism conversation from fear of being confronted, challenged and called out for participation. Spice revealed that she doesn’t receive negative responses regarding her complexion from white people, but rather from Black folks. This is a common reality for many people with dark skin. Any attempt to rip the Band-Aid off of this generations-old wound is welcomed. We cannot heal what we refuse to acknowledge.

Le coup de la chanteuse jamaïquaine (montrer sur internet des images d’elle-même avec une peau “blanchie” et déclarer dans des interviews qu'elle a changé de teint pour plaire à son public noir) a été accompli comme une tentative d'exposer le danger très réel du colorisme incontrôlé dans la communauté NOIRE.

Bien des fois, nous reculons devant le débat sur sur le colorisme, par peur d’être confronté, mis au défi et critiqué. Spice révèle qu'elle ne reçoit pas de réactions négatives sur son teint de la part de personnes blanches, mais plutôt de personnes noires. C'est une réalité courante pour beaucoup de personnes à la peau foncée. Toute tentative d'arracher le pansement de cette blessure vieille de plusieurs générations est bienvenue. Nous ne pouvons pas guérir de ce que nous refusons d'admettre.

Deux semaines après avoir publié la photographie en question, la flamboyante star a confirmé qu'elle n'avait en fait pas blanchi sa peau :

Spice révèle que le “blanchiment de sa peau” était un coup pour mettre le colorisme en lumière.

Elle explique sur Instagram :

On October 22nd I posted a picture of myself where I looked like I altered my appearance and metamorphosis to match the ‘Eurocentric beauty standards’. I fearlessly addressed an issue that has been swept under the rug and boldly took the stance in bringing a taboo topic to the forefront. I chose to do this in the manner I did because I believe Colorism is plagiarizing (sic) our black community … I want to openly say it was not a ‘publicity stunt’. I wanted to create awareness of ‘Colorism’ and it was more so done intentionally to create shock value so that I could have the world's undivided attention to deliver the message in my music.
There are dark skin[ned] women across the world complaining every day that they are being downplayed and degraded, but the raw truth is it is us ‘black women’ and ‘black men’ that are fighting against each other and tearing down our own race.

Le 22 octobre j'ai publié une photo de moi sur laquelle j'avais l'air d'avoir altéré mon apparence et de m'ëtre métamorphosée pour correspondre aux “standards de beauté eurocentriques”. Je me suis bravement attaquée à un problème passé sous silence et ai pris une position courageuse en amenant un sujet tabou sur le devant de la scène. J'ai choisi de le faire de cette façon parce que je crois que le colorisme plagiarise [sic] notre communauté noire […] Je tiens à dire publiquement que ça n'était pas un “coup de pub”. J'ai voulu créer une prise de conscience du “colorisme” et l'ai fait intentionnellement pour créer un choc, afin d'obtenir l'attention pleine et entière du monde pour transmettre ce message dans ma musique.
Dans le monde entier, des femmes à la peau foncée se plaignent chaque jour qu'elles sont minimisées et avilies, mais la brutale vérité, c'est que ce sont nous, les “femmes noires” et les “hommes noirs” qui nous battons les uns contre les autres et détruisons notre propre race.

L'auteure jamaïquaine primée Nicole Dennis-Benn, qui a dénoncé le colorisme dans son roman “Here Comes the Sun”, applaudit le coup de Spice :

Spice fait à elle seule voler en éclats la couverture du colorisme.

Les réactions des fans de dancehall ont été plus variées. Certains se sont sentis plus forts :

Spice, j'ai regardé votre vidéo Black Hypocrisy quand elle est sortie et je soutiens votre message complètement. Je ne comprends pas pourquoi NOUS, en tant que noirs, jugeons les nôtres. Nous devons faire mieux pour nous-mêmes.

D'autres ont questionné la motivation de la chanteuse :

L'impact négatif sur les Noirs est évident dans la facon dont Spice est fière de parader comme un soukounian blanchi… Elle en fait davantage pour appuyer cet état d'esprit d'esclave… que pour élever les gens à la peau noire… pour la célébrité… la gloire… trente pièces d'argent…

Beaucoup ont remarqué que le problème n'était pas nouveau et se sont demandés si les gens était prêts à faire ce qu'il faut pour sortir du statu quo :

Où étaient les campagnes et les mouvements ? Je crois que nous ne sommes pas révoltés par le colorisme en Jamaïque. C'est presque un sujet de conversation à la mode, et pas quelque chose que nous voulons vraiment réparer.

Finalement, tout cette controverse a mené au lancement de la nouvelle compilation de Spice :

Bonjour les Schtroumpfs. Soyez en avance.

Alors était-ce simplement un coup publicitaire ? Spice a le dernier mot sur Instagram :

To put an end to the debate ‘I DID NOT BLEACH MY SKIN’ and I quote ‘Proud a mi colour, love mi pretty black skin, respect due to mi strong melanin’ words from my ‘Black Hypocrisy’ song that I wrote from my heart.

Pour terminer le débat, “JE N'AI PAS BLANCHI MA PEAU” et je cite les paroles de ma chanson “Black Hypocrisy”, “Fière de ma couleur, j'aime ma jolie peau noire, respecte ma mélanine”, chanson que j'ai écrite avec mon coeur.

Quant à savoir si ce message trouvera un écho chez ses fans, c'est une autre question.

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