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Ces 28 militaires mauritaniens pendus le 28 novembre 1990

Capture d'écran des 28 soldats exécutés le jour de l’indépendance – Video de Ibrahima Sow

Depuis 1990, chaque 28 novembre une partie des Mauritaniens réclament que justice soit rendue pour 28 militaires pendus dans la nuit du 27 au 28 novembre pour fêter l'anniversaire de l'accession à l'indépendance de leur pays. Ils furent minutieusement sélectionnés parmi ceux qui avaient été arrêtés les jours précédents. Comble de l'horreur, ils furent pendus l'un après l'autre au même endroit.

Mais il ne s'agit là que d'un cas parmi tant de massacres des Noirs mauritaniens, comme le révélait dans une interview concédée à Assanatou Baldé, en 2011 publiée sur le site afrik.com, le président du comité Inal-France, Youba Dianka :

Je tiens à préciser qu’Inal n’est qu’un exemple; il y a eu plusieurs Inal en Mauritanie. Des horreurs ont eu lieu à Azlatt, à Sory Malé, à Wothie, à Walata, à Jreida et dans toute la vallée. A l’intérieur de la caserne militaire d’Inal et environs, il y a eu des militaires écartelés, enterrés vifs, tués à bout portant, et pendus pour célébrer la fête de l’indépendance du pays en 1990.

Dans un billet publié sur cridem.org, Kaaw Elimane Bilbassi Touré dénonce le fait que tandis que tous les Mauritaniens se sont retrouvés pour fêter la qualification de leur équipe nationale de football, composé uniquement de noirs, pour la 1ère fois à la phase finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN), ces victimes gisent toujours dans des fosses anonymes.

Les morts furent nombreux au moins 530 personnes sont mortes dans les camps de détention mais sans compter les assassinats repétés, perpétrés tout au long de la vallée du fleuve Sénégal depuis le début du conflit sénégalo-mauritanien…

Les organisateurs de ces inqualifiables sacrifices de ces boucheries d´un anniversaire à l´autre, sont toujours là et continuent à diriger notre armée raciale à commandement monocolore et restent toujours protégés par l´Etat raciste…

Depuis, ils gisent dans la solitude des fosses anonymes. Depuis, ils attendent des sépultures décentes…

La vidéo ci-dessous résume l’épisode tragique du contexte de ces exécutions :

Le 28 novembre 2018, Kiné-Fatim Diop, chargée de campagnes pour l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International rappelle le contraste entre ce que toute la nation mauritanienne devrait ressentir, en ce jour anniversaire de l'accession du pays à l'indépendance, et ce que vivent les familles des victimes :

Chaque année, pendant que les officiels célèbrent dans la joie l’accession à la souveraineté du pays, les familles des victimes pleurent et manifestent dans la tristesse pour demander justice et réparation. Face à elles, les autorités mauritaniennes s’efforcent d’ensevelir cette face hideuse de l’histoire, comme lorsqu’elles faisaient voter, en catimini en 1993, une loi d’amnistie confirmant l’amnésie de l’État sur les tueries des militaires il y a 30 ans.

C'est la tragédie des deux frères Diallo pendus l'un après l'autre et le comportement inhumain de leurs bourreaux qui a retenu l'attention du site du Forum pour la lutte contre l'impunité et l'injustice en Mauritanie (fliim90.canalblog.com):

Absolument, une malédiction gratuite s’était battue sur les 28 officiers noirs ce soir-là. Telle la pendaison de deux frères Diallo Oumar Demba et son frère Diallo Ibrahima qui portaient des numéros successifs écrits par le moyen d’un feutre. Triste mort que celle d’assister placidement à la mort de son frère aîné. Les bourreaux tuaient avec précision, d’ailleurs, ils ne se limitaient pas seulement-là, ils trainaient les pendus et s’asseyaient sur leur cadavre.

Les témoignages des survivants abondent. Dans son livre L'enfer d'Inal publié en 2000, Mamadou Sy, qui a occupé les fonctions de commandant d'escadron, d'adjoint au commandant de base puis de commandant de base dans l'armée mauritanienne, avant son arrestation, décrit la scène de torture à laquelle il a été soumis avec d'autres camarades :

Le lieutenant Anne Dahirou est attaché derrière une Land Rover, le véhicule de commandement du capitaine SIDINA OULD TALEB BOUYA, il est à l’autre extrémité sur ma gauche, ensuite viennent respectivement Mohamed Mansour, puis le lieutenant Sall Abdoulaye Moussa attachés eux derrière des Sovamags. Quant a moi, on me destine un camion… Le caporal OULD DEMBA nous met les bandeaux. On m’asperge d’eau sale et puante. Le camion, une Mercedes type 11/13 se met à rouler. J’essaie de suivre en courant mais cela ne peut durer longtemps avec des pieds enchaînes’…

Un autre militaire, qui a pu rejoindre la France pour se soigner, après sa sortie de prison, avec l'aide de l'Association catholique d'aide aux victimes de la torture (ACAT) témoignage sur flamnet.info :

Je suis un militaire de carrière, brigadier-chef de la Garde Nationale, ancien commandant de brigade de T., une ville qui se trouve non loin de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie. J´ai derrière moi vingt quatre ans de service militaire.

Aussi loin que je remonte dans ma vie, depuis que j´ai commencé à comprendre, j´ai toujours constaté que les noirs n´avaient aucun droit, et que les Maures blancs étaient privilégiés. Chez nous, sur vingt ministres au gouvernement il y a un quart seulement pour les noirs, à l´armée, un seul Noir pour dix officiers. Dans un stage, si un Maure a mal travaillé, il l'emporte portant sur n´importe quel Noir. Et pas question de protester…

Il décrit une forme de torture particulièrement horrible à laquelle les victimes étaient soumises :

Les tortures étaient pratiquées de différentes façons. Par exemple, on creusait des trous dans le sable, on nous enterrait jusqu´au coup, la tête immobilisée, le visage nu tourné vers le soleil. Si on essayait de fermer les yeux, les gardes nous y jetaient du sable. Ensuite on nous remettait nos bandeaux.

Maimouna Alpha Sy, secrétaire générale du Collectif des veuves et du passif humanitaire, est la veuve de Ba Baïdy Alassane, qui fut lieutenant contrôleur des douanes qui, d'après, fut parmi les victimes :

assassiné en 1990 à la brigade de la gendarmerie de Nouadhibou”. « Nous avons fait trois mois et dix jours à la recherche de mon mari sans pouvoir le retrouver, a-t-elle expliqué. La Douane nous a dit qu’il est mort d’un arrêt cardiaque, ce qui n’est pas vrai. Il y a des témoins qui ont été arrêtés, ligotés et torturés avec lui. Il a été tué devant ces gens-là ».

Cette année, à l'occasion du 28 novembre, il y a eu la manifestation des immigrés mauritaniens en face de l'ambassade de leur pays à Paris pour dénoncer l'oubli dans lequel les autorités mauritaniennes veulent reléguer ce triste épisode. Il y a eu aussi ce discours remarquable de la députée Kardiata Malick Diallo au parlement mauritanien pour essayer d'empêcher cette tentative d'oubli:

Même si votre pouvoir ne peut être tenu comme directement responsable de ces actes qui ont définitivement souillé le 28 novembre, il n’en demeure pas moins qu’il avait la charge de trouver une solution adéquate basée sur le droit des victimes à la vérité et à la justice.

Hors, M. le Premier ministre, les actes que vous avez posés ont consisté à protéger les coupables des crimes dont certains occupent encore de très hautes fonctions dans l’état et ne proposant aux ayant droit des victimes que l’oubli.
Les grandes nations et les grands peuples ne cherchent jamais à gommer un épisode sombre de leur histoire mais le matérialisent par des symboles visibles pour les maintenir dans la mémoire afin de dire « PLUS JAMAIS CA ». M. le Premier ministre, votre pouvoir a préféré poursuivre et parachevé un processus de marginalisation et d’exclusion.

Tant qu'une minorité continuera à occuper presque tous les postes de responsabilité, il sera difficile que ces victimes connaissent un jour une réhabilitation. Hors il se retrouve que dans le dernier gouvernement (d'octobre 2018), sur 24 postes ministériels seulement 5 vont aux Noirs qui représentent de 73 à 80 pour cent, de la population selon les sources. On retrouve cette même sous-représentation de la majorité de la population parmi les élus, les membres des forces de sécurité, les fonctionnaires et les administrateurs locaux.

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