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Les internautes serbes ridiculisent la désinformation diffusée par les médias pro-gouvernementaux

Capture d'écran d'une vidéo où une image présentée par la télévision serbe (contrôlée par le gouvernement) affirmant que la manifestation a attiré très peu de monde est juxtaposée à une photo de la manifestation réelle. La vidéo elle-même est visible plus bas.

[Tous les liens renvoient à des pages en serbe, sauf mention contraire.]

Malgré le mauvais temps, des milliers d'habitants de Serbie sont descendus dans les rues de Belgrade le 8 décembre pour exiger que le gouvernement mette fin à sa répression contre les leaders de l'opposition et au régime des «chemises ensanglantées».

La manifestation était organisée par des partis d'opposition en réponse à une récente agression contre le leader de l'opposition Borko Stepanović [fr] apparu en conférence de presse avec une chemise pleine de sang, devenue le nouveau symbole de la répression.

Mais la sphère médiatique, sous contrôle étroit du gouvernement, n'a pas voulu prendre en compte cette claire expression du mécontentement de la société. Dans les heures puis les jours qui ont suivi la manifestation, les internautes serbes et les experts des médias ont pointé la façon dont les médias locaux ont déformé l'information sur l'ampleur et la portée de la manifestation. Le manque d'objectivité des reportages a provoqué un déluge de réactions virales sur les réseaux sociaux.

Selon ce qu'ont rapporté la chaîne serbe N1, le site «La Voix de l'Amérique» [en] et l'agence Reuters [en], les participants accusaient le Parti progressiste serbe (SNS) au pouvoir de violences envers les opposants politiques. Les manifestants ont marché dans la rue avec des vuvuzelas, en scandant des slogans comme «Dégagez» et «Vous ne vous en tirerez pas comme ça». Plusieurs personnalités, parmi lesquelles l'acteur et philanthrope Sergej Trifunović [en] ont prononcé des discours. Il est à remarquer que les manifestants n'ont utilisé aucun symbole d'un quelconque parti politique.

Cette action pacifique incluait une marche de protestation dans le centre de Belgrade, le long du parlement puis vers le siège de la radio et télévision nationales de Serbie (RTS).

Hé, RTS Info, devant chez vous sont massées deux dizaines de milliers de personnes. Vous en parlerez dans le «Journal du soir 2», qui commence dans 15 minutes ?
Si vous ne les voyez ni ne les entendez, regardez juste par la fenêtre.
Il n'y a pas de quoi et autant que vous voudrez.

Les principaux thèmes du journal de RTS Info ont été les manifestations des «gilets jaunes» en France et la visite de la chanteuse Ceca [fr] au Kosovo. Les manifestations à Belgrade ont été à peine évoquées dans le journal du soir, à la 23e minute [sr].

La marche a réuni près de 15.000 personnes. Selon les organisateurs, c'est plus qu'attendu. Cependant, beaucoup soulignent aussi que le grand public n'a pas pu être informé de la tenue de cette manifestation, du fait que la plupart des médias sont contrôlés par le parti au pouvoir, le SNS.

Nous sommes allés et revenus collectivement à la manifestation en taxi Car-go [l'équivalent d'Uber]. Pas un seul chauffeur n'avait la moindre idée d'une quelconque manifestation. Et pourtant ce n'étaient ni des partisans ni des membres de la mafia porcine [c'est ainsi que l'auteur de ces lignes appelle le parti au pouvoir]. En 1996, il y avait au moins deux chaînes qui parlaient d'événements comparables — b92 et Studio B. Aujourd'hui nous avons un fascisme des médias. Où les gens peuvent-ils s'informer? Sachant cela, on peut dire que nous avons réuni une énorme quantité de manifestants.

Après la manifestation, la chaîne Studio B a diffusé un bref reportage, où le journaliste en minimisait l'ampleur. Ce qui a aussitôt provoqué une tempête de réactions sur les réseaux sociaux serbes. Dans une vidéo, la journaliste Barbara Životić affirme que la manifestation a attiré très peu de monde, et qualifie les organisateurs d'hypocrites et de partisans de la violence.

Voici ce qu'elle dit dans son reportage:

Navodno je to trebalo da bude spontani mirni protest pobunjenih građana protiv nasilja. Naravno da se iza tog protesta nalazi glavni finansijer lider opozicije Dragan Đilas, koji je finansirao sam taj protest i organizovao i okupio navodno vanstranačke ličnosti kako bi se okupio što veći broj građana. Protest je blokirao saobraćaj. Daleko malo ljudi je prisustvovalo protestu. Kako je naš reporter nama preneo bilo je dosta neorganizovano.
[…]
Kako sam navela protest je organizovan protiv nasilja, pod parolom „Stop krvavim košuljama“, što je veliko licemerje, zbog toga što upravo ti ljudi koji su organizovali protest pozivaju na linč, silovanje, nasilje, državni udar… I to smatramo jako, jako, jako licemernim. Pogotovo u ovoj situaciji kada našoj državi treba mirna i stabilna situacija, zbog čitavog dešavanja na Kosovu i Metohiji. Naravno, oni organizuju proteste!

Ce devait être une manifestation spontanée et pacifique contre la violence. Naturellement, derrière cette manifestation se cache le principal sponsor et leader de l'opposition, Dragan Djilas. C'est lui qui a financé et organisé la manifestation, réunissant des gens soi-disant apolitiques pour attirer le plus de personnes possible. La manifestation a bloqué la circulation. Il y a eu très peu de monde pour se joindre à la marche. Et, comme notre reporter l'a mentionné auparavant, la chose était plutôt inorganisée.
[…]
Comme je l'ai déjà dit, la manifestation était dirigée contre la violence, avec pour slogan «Stop aux chemises ensanglantées», ce qui est d'une incroyable hypocrisie puisque ce sont les organisateurs qui appellent au lynchage, à la violence, au viol et au coup d’État… Et je trouve cela très, très hypocrite. Surtout dans un moment où notre pays a besoin de paix et de stabilité à cause de ce qui se passe au Kosovo-et-Métochie. Et bien sûr, c'est juste à ce moment-là qu'ils ont décidé d'organiser cette manifestation

Le site serbe Raskrikavanje, qui fait la chasse aux fausses informations, a publié un article dans lequel il a fact-checké l'information mise en avant dans ce reportage, qu'il qualifie de manipulation des médias. L'article souligne que, contredisant les vidéos de la manifestation disponibles et le communiqué officiel de la police, Mme Životić affirme que des violences ont été observées durant la manifestation puis, en violation de la charte éthique des journalistes de Serbie, s'est exprimée de manière méprisante sur les participants, notant qu'«il y a eu très peu de monde pour se joindre à la marche» et faisant d’autres affirmations infondées sans nommer ses sources.

L'artiste numérique Bojan Djodan a juxtaposé le reportage de la chaîne Studio B avec un cliché de la marche réelle, sur lequel on voit des milliers de manifestants massés au même endroit. La vidéo du résultat est devenue virale.

En tout, en une journée la version Facebook de cette vidéo a été partagée 5.800 fois et vue plus de 633.000 fois. L'auteur écrit ceci :

Apsolutno me ne interesuje ko je na vlasti, dok nam mediji budu ovako izgledali sretaćete me na protestima.

Je me fiche totalement de qui est au pouvoir, mais tant que nos médias ressembleront à ça, j'irai aux manifestations.

Certains internautes ne se sont pas contentés de partager les vidéos des reportages d'info provocateurs et ont opté pour une approche créative. L'un d'eux a composé et publié un rap sur ce thème.

La seule réaction notable du pouvoir au mouvement de protestation a été cette phrase du président Aleksandar Vučić, accusé plus d'une fois de tendances autocratiques, qui a déclaré [en]: «Manifestez autant que vous voulez, je ne vais pas satisfaire vos exigences».

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