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« Mort à Dallas » : un poème épique raconte la peine des Yougoslaves après la mort de John F. Kennedy

Photo of the book "A Nation of Immigrants" by John F. Kennedy (JFK)

Au mois de novembre dernier, un historien a posté sur Twitter une épopée écrite en 1965 exprimant la peine des Yougoslaves après l'assassinat du Président des États-Unis John F. Kennedy. Ce poème épique rappelle les nombreux liens étroits entre l'ex-Yougoslavie et les États-Unis pendant la guerre froide.

Milorad Lazić, un doctorant à l'université George Washington, a tweeté sur l'épopée intitulée « Mort à Dallas » qui reflétait la popularité de Kennedy en Yougoslavie.

La mort de #JFK a choqué la Yougoslavie. Une chanson populaire a d'ailleurs commémoré la mort du héros :
[Traduction des paroles– elles riment dans la version originale]
Nos gouvernement et le Conseil exécutif fédéral
adressent leurs condoléances avec une immense tristesse.
Tous nos drapeaux sont en berne,
partout la population témoigne d'une vraie peine.
Notre ami Kennedy s'en est allé,
notre nation entière est endeuillée.

L'épopée relate des évènements qui ont conduit à l'assassinat :

« Mort à Dallas » a décrit le drame du 22/11/63 :
Alors qu'ils franchissaient le passage souterrain
le fusil de précision du bandit se mit à tirer.
Le sourire jubilatoire disparut
lorsque la sinistre tragédie est survenue.
La première balle toucha Kennedy
une funeste surprise pour tout le monde.
La femme s'est écriée « Ils ont tué mon mari ! »
pendant que son sang coulait sur son bouquet de roses.

Cette épopée de 17 minutes a été chantée par Jozo Karamatić, un chanteur d'ethnie croate d'Herzégovine. Elle est sortie en disque vinyle de 7″, enregistré par Jugoton, compagnie de Zagreb, en 1965 et est disponible en ligne en plusieurs versions sur YouTube.

L'épopée dans la culture balkanique

Depuis l'Iliade et l'Odyssée écrit par Homère, l'épopée orale qui consiste en un récit des actes de créatures et héros mythiques sous forme de longs vers, a toujours été une caractéristique des cultures des populations balkaniques. Au 19ème siècle, la poésie des populations slaves du Sud a retenu l'attention des scientifiques occidentaux. Selon eux, il s'agit d'une personnification vivante des pratiques anciennes qui avaient disparu dans le reste de l'Europe. De nombreux chanteurs populaires ont chanté en rimes leurs récits de résistance face aux envahisseurs. Ils étaient accompagnés par un instrument de musique monocorde appelé guzla ou gusle à la manière des bardes du Moyen-Âge.

La tradition a bien continué au cours du 20ème siècle dans les régions montagneuses du Monténégro, de Serbie, de Croatie, et de Bosnie-Herzégovine. Après la seconde guerre mondiale, de la même manière que la musique populaire a connu une renaissance grâce au développement de l'industrie du disque vinyle, la tradition a intégré la culture pop Yougoslave.

Outre les anciens classiques, certains de ces chanteurs populaires ont aussi composé leurs propres morceaux basés sur des styles traditionnels. L'un de ces enregistrements inclut l'épopée « Mort à Dallas ».

Kennedy et la Yougoslavie

Vers la fin des années 1950, les relations entre les États-Unis et la Yougoslavie socialiste se sont tendues. Après cette période de refroidissement, l'administration de Kennedy a travaillé avec ardeur pour garantir l'indépendance de la Yougoslavie. Le but étant qu'elle ne devienne pas une partie du bloc soviétique. En d'autres termes, il s'agissait de réintégrer la Yougoslavie dans son statut de nation la plus favorisée. Car il fallait réactiver l'aide commerciale et économique, ainsi que renforcer le prestige des dirigeants yougoslaves, indispensable au maintien de l'équilibre entre l'Occident et la République Soviétique.

Kennedy, vétéran de la seconde guerre mondiale, jouissait toujours d'une bonne réputation en Yougoslavie grâce à son soutien à la cause antifasciste.

Une fois, quand il était encore sénateur, il a même visité le pays pendant sa tournée européenne.

Les membres du 8ème hôpital d'évacuation de l'armée des États-Unis à Skopje, après le séisme de 1963. L’unité a été aéroportée jusqu’au lieu du sinistre pour fournir des soins médicaux aux victimes. Photo du domaine public via Wikipédia.

De plus, en juillet 1963, un tremblement de terre a dévasté Skopje, tuant plus de 1070 personnes et en laissant environ 200 000 sans-abri. L'aide des États-Unis ne s'est pas fait attendre. Seulement deux jours après la terrible catastrophe, l’armée des États-Unis a soutenu les services hospitaliers à soigner des centaines de blessés. L’administration de Kennedy a continué à fournir de l’aide à de nombreux enfants, y compris des logements provisoires. Grâce à cette réaction rapide, Kennedy a obtenu son statut de héros chez les Yougoslaves ordinaires.

L’amélioration des relations a culminé avec la première visite du dirigeant yougoslave Josip Broz Tito à la Maison Blanche en octobre 1963. La rencontre amicale entre les deux dirigeants est amplement consignée dans les documents de la librairie présidentielle J. F. Kennedy. En Yougoslavie, cette rencontre a servi comme preuve de la grandeur de son dirigeant et par association, à la mise en exergue de l’importance du pays sur la scène mondiale en dépit de sa petite taille.

Tous les facteurs mentionnés ci-dessus expliquent l’intensité du choc et du deuil après l’assassinat de Kennedy le 22 novembre 1963.

A sa façon, l'épopée « Mort à Dallas » avait livré un enregistrement des émotions qui ont trouvé écho parmi les gens ordinaires, de la  Slovénie à la Macédoine.

Pendant les années 1970 et 1980, alors que le public se tournait vers des formats plus courts, chanter les épopées est devenu moins populaire. Pourtant quelques factions nationalistes engagées dans les guerres des Balkans au cours des années 1990 ont intégré ce chant dans leur propagande. Un moyen de montrer qu’ils sont des défenseurs de la tradition. Quant au chant de l'épopée, il est certes encore pratiqué, mais presque exclusivement dans le cadre de la préservation de la tradition folklorique.

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