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Des prisonniers de conscience syriens annoncent une grève de la faim dans la prison centrale de Hama

“Nous nous en remettons à votre humanité pour mettre fin à notre douleur et soulager nos souffrances” – Capture d'écran de la chaine Youtube de SY Plus. Source.

(Article d'origine publié le 30 novembre 2018) Lundi 12 novembre 2018, des prisonniers de conscience syriens ont envoyé un message à tous les Syriens et au monde entier depuis la prison centrale de Hama en diffusant une courte vidéo.

Leur message est clair : ils entament une grève de la faim.

Au premier plan, trois hommes s'identifient comme chrétien, alaouite et sunnite et portent ensemble ce message téméraire.

A l'arrière-plan, plusieurs détenus tiennent des pancartes qui disent “oui au pluralisme et à la laïcité” et rejettent le sectarisme et le populisme. D'autres affiches s'adressent au monde et aux ONG de défense des droits humains qui ferment les yeux sur leur souffrance.

Les trois leaders lisent un message qui implore les Syriens de toutes religions, de tous milieux et le monde entier, leur demandant de prendre en compte leur douleur et d'agir pour apaiser leurs souffrances :

We've been languishing for years in the whirlpools of detention cells, we inhale agony and exhale moans. We have a right to live and for our issue to be taken seriously.

Cela fait des années que nous croupissons au fond de nos cellules, agonisant à chaque inspiration, gémissant à chaque expiration. Nous avons le droit de vivre et que notre problème soit sérieusement pris en compte.

Cette grève de la faim marque leur volonté de protester contre leurs détentions injustes et condamnations arbitraires. Elle marque leur volonté d'être entendus.

Cet appel fait suite à la délivrance par Feras Dunia – un juge choisi par le tribunal militaire – et d'autres représentants officiels du gouvernement d'un arrêt selon lequel 11 détenus doivent être transférés à la prison de Saïdnaya. Au total, 68 personnes – parmi lesquelles des mineurs – doivent comparaître devant le tribunal militaire dans le cadre de procès, avec assurance qu'ils ne recevront pas de condamnations trop lourdes.

Pourtant, les détenus affirment que ces assurances ne sont que de vaines promesses.

Saïdnaya est décrite par Amnesty International comme un véritable “abattoir humain” où le régime syrien envoie ses prisonniers pour les exécuter. Amnesty estime qu'entre mars 2011 et décembre 2015, près de 13 000 personnes y sont mortes – en détention ou suite à des exécutions extrajudiciaires.

Sachant pertinemment ce qui les attend à Saïdnaya, les prisonniers ont donc refusé l'ordre de Dunia de livrer leurs codétenus et ont exigé plus de détails sur leurs condamnations.

Le juge leur a donc transmis une liste de 68 verdicts, parmi lesquelles 11 condamnations à mort, de multiples condamnations à perpétuité, ainsi que des condamnations à 12 ans de prison et 29 jugements en attente pour lesquelles aucune condamnation n'avait été déclarée.

La plupart des 260 prisonniers de conscience de la prison de Hama ont été incarcérés par le régime syrien aux premières heures de la révolution, en 2011 et 2012. Dans leurs témoignages sincères diffusés par cet enregistrement audio, ils se décrivent comme des manifestants pacifiques n'ayant rien fait de mal, si ce n'est entonner des “chants pour la liberté”.

Quand Global Voices s'est adressé à l'un d'entre eux via une application téléphonique, celui-ci a expliqué :

I had no political or partisan background, I just had a dream of a different Syria, so I joined the ranks of my fellow Syrians who took to the streets in peaceful protests, we did not carry arms. Our dream was a difficult one to attain.

Je n'avais pas de passé politique ou partisan, je rêvais simplement d'une autre Syrie, donc j'ai rejoint les rangs de mes compatriotes syriens qui sont allés manifester pacifiquement dans la rue, sans armes. C'était un rêve difficile à atteindre.

La prison centrale de Hama

La prison centrale de Hama est passée sous le contrôle des détenus dès mai 2016, à la suite d'une révolte provoquée par l'exécution de deux détenus. Ces deux détenus avaient été transférés à Saïdnaya dans l'attente de leur procès – puis assassinés. Leurs familles avaient alors informé leurs camarades de la prison de Hama de la situation à Saïdnaya, et les détenus restants avaient commencé à se révolter contre le transfert prévu de quatre autres personnes.

La désobéissance des prisonniers continue à ce jour.

Durant les premiers jours de la rébellion, le gouvernement a tenté de reprendre le contrôle de la prison via des raids aériens menés par le service de renseignement de l'armée de l'air syrienne, réputé pour sa brutalité.

Mais la forte couverture médiatique de cette riposte a forcé la Russie à intervenir, à garantir que la prison ne serait plus bombardée et que le gouvernement syrien travaillerait à un accord prenant en compte les exigences des prisonniers.

A la suite de cet accord, le régime syrien a donc formé un comité se réunissant à l'intérieur de l'établissement pénitentiaire dans le but d'atténuer les sentences des 400 prisonniers. Depuis, certains détenus ont effectivement été relâchés. Mais ce processus a été stoppé puis interrompu en avril dernier, après la libération de 40 personnes.

Une petite portion des prisonniers de conscience syriens sont toujours retenus pour divers motifs dans des prisons civiles telles que celle de Hama. La majorité a cependant été envoyée vers des prisons militaires ou des centres de détention secrets utilisés par plusieurs services de sécurité. Le Réseau syrien des droits de l'homme estime que plus de 95 000 individus sont aujourd'hui victimes de disparition forcée, parmi lesquels 85% sont entre les mains du régime syrien.

“Un coup de chance”, dit un prisonnier de la prison de Hama lorsqu'on lui demande pourquoi lui a fini dans une prison civile :

When they were done with me after four months of torture and interrogation, all the military prisons were full, so I ended up here.

Quand ils en ont eu fini avec moi après quatre mois de torture et d'interrogatoires, toutes les prisons militaires étaient pleines, donc j'ai fini ici.

Malgré les circonstances compliquées de la prison centrale de Hama, cette situation n'est pas représentative de l'expérience de la plupart des prisonniers syriens. Un autre détenu de Hama décrit les conditions dans les centres de détention comme pires encore – “un véritable holocauste” :

The real tragedy isn’t here, the real tragedy is the prisoners who are kept under the ground, who cannot tell day from night, who die each day a thousand deaths, who are being tortured and mutilated every day. I do not know what to tell you, even Caesar photos are a small portion of the reality. For those prisoners, they wish for death, because death is a lot more merciful than their suffering.

La véritable tragédie n'est pas ici, la véritable tragédie est celle de ceux qui sont prisonniers sous terre, qui ne peuvent distinguer le jour de la nuit, qui souffrent chaque jour mille morts, qui sont constamment torturés et mutilés. Je ne sais que vous dire, même les photos de Cesar ne sont qu'une petite portion de la réalité. Ces prisonniers espèrent la mort, car la mort serait plus douce que leurs souffrances.

Depuis de nombreuses années, les prisonniers de conscience syriens sont négligés par la communauté internationale. Devant l'urgence accrue de la situation, ce détenu questionne :

Where is this world that claims to be civilized? Where are human rights bodies? Where is the United Nations? Where is everyone? The world’s conscience, where is it?

Où donc est le monde qui se dit civilisé ? Où sont les instances des droits humains ? Où sont les Nations unies ? Où sont-ils tous ? La conscience du monde, où est-elle ?

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