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Le Kazakhstan utiliserait un logiciel de détection de mécontentement politique

Catégories: Asie Centrale et Caucase, Kazakhstan, Russie, Censure, Cyber-activisme, Média et journalisme, Médias citoyens, Politique

Le collectif Digital Revolution a publié les documents avec le mot-clic #KvantNash. (Photographie : copie d'écran du site de Digital Revolution)

Ce qui suit est un article partenaire [1] d'EurasiaNet.org [2], rédigé par Almaz Kumenov [3] et republié avec autorisation.

Le Kazakhstan aurait adopté un logiciel mis au point par les services secrets russes et conçu pour détecter les humeurs de protestation au sein de la population.

Le 19 décembre 2018, le collectif russe de pirates informatique Digital Revolution a publié sur son site [4] des documents numérisés qui prouveraient l'existence d'un mécanisme de recherche systématique d'indices de mécontentement populaire dans des sources d'informations en ligne et sur les réseaux sociaux. Les pirates affirment avoir découvert les documents en s'introduisant dans les serveurs de l'Institut de recherche scientifique Kvant, une unité du Services fédéral de sécurité de Moscou, ou FSB.

D'après les documents divulgués, Kvant utilise des réseaux neuronaux artificiels pour analyser les activités de Facebook, d'Instagram, ainsi que de leurs analogues russes VKontakte et Odnoklassniki, afin de détecter des phrases-clés pouvant signaler un mécontentement politique.

Selon un rapport de la BBC Russie [5], Kvant était dans les années 1970 une unité de recherche chargée de la production des premiers ordinateurs soviétiques. En 2018, le département du Trésor des États-Unis l’a identifiée [6] comme une agence s'évertuant à déstabiliser les États-Unis. Dans la même déclaration, le Trésor déclare qu'en 2010, Kvant a été désignée entreprise unitaire d'État fédérale sous l'égide du FSB.

BBC Russie rapporte maintenant [5] que le Kazakhstan semble avoir développé un système similaire à celui mis en place par la Russie.

En janvier 2018, le ministère de l'Information et des Communications avait révélé [7] avoir alloué près de 4,4 millions d'euros à la création d'un système automatique de surveillance de l'univers numérique. Son objectif déclaré était de freiner les incitations au terrorisme, à l'extrémisme et au suicide. Le développeur serait sélectionné par appel d'offre publique et le travail achevé à la fin de l'année 2018.

BBC Russie rapporte n'avoir trouvé aucun document officiel comme preuve d'achat du matériel requis. Mais certaines pistes ont été détectées par Digital Revolution.

Selon un document téléchargé par le collectif, un tel système a été conçu en 2017 à Moscou pour le Kazakhstan. L'entrepreneur de cette opération était un groupe de recherche basé au Kazakhstan aussi dénommé Kvant, tandis que le sous-traitant était le Kvant basé à Moscou.

La société Kvant, semble-t-il privée, à Astana, déclare sur son site internet [8] analyser les données de masse depuis 2015 et fournir des services à plusieurs entreprises informatiques internationales. Sa propriétaire Lyazzat Shakimova a confirmé à BBC Russie le travail de sa société sur un système de surveillance, tout en niant tout contact avec le Kvant russe.

Le ministère de l'Information et des Communications n'a pas commenté l'enquête de la BBC publiquement.

Le contrôle restrictif du gouvernement sur l'espace en ligne au Kazakhstan a déjà concrètement affecté d'innombrables internautes [9].

Beaucoup se plaignent d'un ralentissement de leur connexion presque chaque soir, dans ce qui ressemble à une tentative du gouvernement de restreindre l'accès [10] aux diffusions en direct d'un opposant détesté en exil.

Les procureurs ont également fait des exemples de plusieurs personnes utilisant les réseaux sociaux comme Facebook pour exprimer leur désapprobation quant à la gestion du pays. Fin novembre 2018, un tribunal d'Almaty condamnait [11] un homme à quatre ans de prison pour avoir “fourni des informations” à un groupe d'opposition aujourd'hui interdit, le Choix démocratique du Kazakhstan.

La Fondation pour un dialogue ouvert basée à Varsovie a récemment identifié [12] cet accusé comme faisant partie des trente citoyens du Kazakhstan visés par des procédures judiciaires entre mars et octobre 2018, en représailles à des messages critiques sur les réseaux sociaux ou les applications de messagerie.