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Un club pro-russe de motards reconnaît sa participation aux manifestations qui ont conduit à l'attaque violente contre le parlement macédonien, révèle un procès

Capture d'écran de la page Facebook “Ilinden #4 – Initiative citoyenne pour une Macédoine unie”, avec la photo montrant des membres du club de motards Loups de la nuit, avec en tête le patron de sa branche macédonienne, Lenin Jovanovski.

La branche macédonienne du club russe de motards Les Loups de la nuit a pris part aux manifestations de 2017 conduites par l'ancien gouvernement nationaliste de la Macédoine, qui avaient culminé avec un assaut violent contre le parlement où plusieurs députés d'opposition avaient été blessés, ont affirmé les témoins à un procès.

Trente-trois personnes sont jugées à Skopje pour mise en danger terroriste de l'ordre constitutionnel et de la sécurité à la suite de l'incident d'avril 2017 appelé depuis le “Jeudi sanglant”, lorsque deux centaines de nationalistes macédoniens ont envahi le bâtiment du Parlement en réaction à l'élection de Talat Xhaferi, d'ethnie albanaise, à la présidence de l'Assemblée. Il y avait eu une centaine de blessés.

Un membre des Loups de la nuit, Tomislav Jovanovski, cité comme témoin au procès le 13 décembre 2018, a confirmé que le club de motards avait pris part à deux manifestations “Pour l'unité de la Macédoine”, qui avaient précédé l'attaque du parlement.

Pour essayer de disculper le club de l'attaque violente qui a suivi, Jovanovski a déclaré qu'ils étaient seulement contre le “programme de Tirana” et que les manifestations auxquelles ils avaient participé étaient non-violentes. Le “programme de Tirana” est une expression péjorative que les nationalistes macédoniens appliquent à une liste de revendications avancées par les partis politiques de la minorité albanaise en Macédoine et promues par le premier ministre de l'Albanie.

Les révélations de l'implication des Loups de la nuit sont importantes, car elles braquent le projecteur sur les connexions du parti populiste de droite VMRO-DPMNE avec le Kremlin.

Quand le parti gouvernait la Macédoine de 2006 à 2017, il projetait à l'extérieur une image de bonne entente avec l'Union européenne et l'OTAN, pendant que sa politique nationaliste à l'intérieur l'en écartait. Les signes de l'influence du président russe Vladimir Poutine sur la politique intérieure macédonienne n'étaient pas discutés publiquement sous le règne du VMRO-DPMNE.

Qui sont les Loups de la nuit ?

Le club de motards les Loups de la nuit, aussi appelé “Anges de Poutine” dans les médias américains, a été créé en Russie en 1989 et a aujourd'hui des branches dans 14 pays. Au long des années, il a rempli diverses fonctions paramilitaires et de propagande pour le Kremlin tout en soutenant ouvertement le président russe Vladimir Poutine.

En 2014, les USA ont frappé les Loups de la nuit  de sanctions à la suite de leur implication dans l'annexion de la Crimée prise à l'Ukraine. En Slovaquie, ils sont alliés à l'extrême-droite locale, tandis qu'en Bosnie-Herzégovine ils sont impliqués dans la militarisation, soutenue par la Russie, de l'entité serbe de ce pays.

La branche macédonienne des Loups de la nuit a bénéficié du règne du VMRO-DPMNE sur le pays entre 2007 et 2016. Les autorités ont dépensé de l'argent public pour soutenir leurs activités homophobes, tandis que les médias soient gardaient le silence, soit les vantaient comme une force positive et des “patriotes exemplaires”.

Le patron des Loups macédoniens, Lenin Jovanovski, a aussi profité de ses connexions avec le VMRO-DPMNE, ainsi lorsque l’État a accordé à son entreprise de transports Sloboda Prevoz la licence pour opérer une partie des transports publics de la capitale Skopje.

Pendant ce temps, les médias continuaient à le traiter en vedette. Depuis 2011, ses rencontres avec Poutine étaient abondamment médiatisées. Lorsque l'Allemagne lui a refusé en 2015 un visa d'entrée pour la participation du club à une provocante chevauchée de la Fête de la Victoire de la Russie à Berlin en passant par la Pologne, la presse macédonienne l'a présenté comme un martyr.

Ensuite, les Loups de la nuit ont pris part à des opérations locales de propagande politique, comme le blanchiment de l'image du criminel de guerre condamné Johan Tarčulovski. En 2013, après avoir purgé sa peine, il était rentré en Macédoine, officiellement accueilli en héros et s'était vu nommer membre honoraire du club des Loups de la nuit.

En tant que député VMRO-DPMNE, Tarčulovski avait participé au “Jeudi sanglant” de 2017.

Le procès du “Jeudi sanglant”

Également le 13 décembre, le prévenu Aleksandar Vasilevski, un membre des services de sécurité appelé “Ninja”, a déclaré sous serment que le VMRO-DPMNE avait orchestré les manifestations “Pour l'unité de la Macédoine” y compris l'assaut contre le parlement.

„За заедничка Македонија“, беше формирана од ВМРО-ДПМНЕ и имаше фиктивни водачи. На протестите на „За заедничка Македонија“ 80 отсто беа од ВМРО-ДПМНЕ кои ги даваше сите реквизити што се користеа. Сите водачи на протестите ги имам гледано во штабот на ВМРО-ДПМНЕ кај Кирил Божиновски, рече обвинетиот Александар Василевски – Нинџа во својот исказ пред судот во врска со настаните во Собранието на 27 април минатата година.

“Pour l'unité de la Macédoine” a été formé par le VMRO-DPMNE et avait des leaders fictifs. 80 % des participants des manifestations “Pour l'unité de la Macédoine” étaient des adhérents du VMRO-DPMNE, et le parti a fourni tous les accessoires et le matériel utilisés. J'ai vu tous les meneurs des manifestations au siège du VMRO-DPMNE dans le bureau du [trésorier du parti] Kiril Božinovski.

Vasilevski dit avoir été convoqué au siège du parti VMRO-DPMNE avant de se joindre à l'assaut et avoir entendu quelques-uns se dire déçus que leurs députés n'aient contribué à l'escalade des faits qu'en facilitant l'entrée des attaquants dans le bâtiment.

Une loi votée avant la fin de 2018 a accordé l'amnistie aux participants des événements du “Jeudi sanglant” qui n'ont pas pris part aux violences physiques ou agi comme organisateurs.

En soutenant la loi, les Sociaux-démocrates aujourd'hui au pouvoir espéraient obtenir le soutien de quelques députés VMRO-DPMNE à la réformes constitutionnelle relative à la solution de la querelle du nom avec la Grèce, qui a été finalement adoptée à la majorité des deux tiers le 11 janvier 2019. Le changement de nom est une condition essentielle à l’adhésion de la Macédoine à l'OTAN et à l'UE, puisqu'il mettra fin au veto grec.

La loi d'amnistie permettait aux individus suspectés d'avoir participé aux incidents du Jeudi sanglant de postuler à l'amnistie avant le 31 décembre 2018. Soixante-six demandes ont été reçues et douze ont été acceptées, y compris de députés et meneurs des manifestations.

“Le Ninja” Vasilevski a aussi été candidat à l'amnistie, mais ne l'a pas obtenue. Son procès se poursuit donc et reprendra le 14 janvier. Les médias macédoniens informent que les organisateurs principaux de l'assaut contre le parlement ne sont toujours pas identifiés, alors que l'enquête préliminaire est presque terminée.

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