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Dota 2 envahit l'Opéra national du Kirghizstan et sème la destruction sur son passage

Image composée du Théâtre d'Opéra et ballet de Bichkek, 2013 et 1956. Source image : Kloop.kg.

Le directeur de l'Opéra national avait-il toute sa tête ou a-t-il vendu l'âme du pays au diable quand il a autorisé des fans de jeux vidéos de la génération Y à envahir pour une journée le plus célèbre lieu culturel du Kirghizstan ?

Les autorités kirghizes ont opté pour la seconde explication le 31 janvier en licenciant Bolot Osmonov après que les traditionalistes ont hurlé contre sa décision d'accueillir un tournoi national de Dota 2 dans le Théâtre d'opéra et de ballet de la capitale Bichkek.

Dota 2 — un jeu vidéo violent de type arène de bataille en ligne multijoueur qui est l'un des plus populaires du genre au niveau mondial — est on ne peut plus éloigné de ce qui s'y déroule d'ordinaire.

Le 19 janvier, les jeunes gameurs kirghizes se sont serrés autour de la même scène sur laquelle la légendaire danseuse-étoile Bubusara Beyshenalieva a interprété les rôles d’Odette/Odile, Juliette et Aurora après s'être produite au Bolchoï en 1941.

Au lieu de pointes et d'entrechats, ils appuyaient sur des boutons et se disputaient une cagnotte d'une valeur de 1 million de soms (environ 12.500 euros au taux actuels) donnés par le sponsor de l'événement, l'opérateur russe de téléphonie mobile Beeline.

Fait non négligeable, Beeline a aussi déboursé les 260 euros de l'heure de location du bâtiment, à l'allure de symbole pérenne de l'héritage culturel de l'Union soviétique en Asie centrale.

Panneau publicitaire pour le tournoi de Dota 2 dans le métro central. Photo prise par Elita Bakirova.

Pour les traditionalistes, c'était un sacrilège.

Tair Beisheev, un soliste d'opéra qui se produit au Théâtre d'opéra et de ballet, a été parmi les figures majeures qui se sont plaintes avec acrimonie du tournoi de Dota :

This is a place where great names, the sons and daughters of Kyrgyzstan performed, and now some terrible event, seemingly called ‘’Dota’’ is taking place here. Perhaps it’s me who has lost touch, or maybe it’s just some foolish generation that thinks this is acceptable. How did our government allow this?

C'est un lieu où les grands noms, les fils et filles du Kirghizstan se sont produits, et maintenant il s'y déroule un exécrable événement qui paraît-il s'appelle “Dota”. C'est peut-être moi qui ai perdu le contact, ou alors c'est seulement quelque génération perdue qui que c'est acceptable. Comment notre gouvernement a-t-il permis ça ?

Le leader d'opinion libéral Bektour Iskender s'est dit en désaccord dans un post Facebook du 21 janvier :

Турнир по доте в театре оперы и балета — это может быть один из самых крутых способов развивать оперу и балет, хэллоу. Как будто 180 тысяч сомов на дороге валяются.

Pardon ?! Un tournoi de Dota dans le Théâtre d'opéra et de ballet, c'est une des façons les plus chouettes de faire de la pub à l'opéra et au ballet. En plus, 180.000 soms (la somme totale payée par Beeline pour louer le bâtiment) ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval.

Guerres culturelles

A l'issue du tournoi, le collectif kirghize de gameurs NoLifer5 a surpassé les autres équipes et ramassé la moitié de la cagnotte. Des gains qui pâlissent à côté du pool Dota 2 International (TI), où plus de 25 millions de dollars étaient en jeu pour les équipes en compétition dans l'édition 2018 à Vancouver.

La star du gaming native de Bichkek Evgeny Ri, qui représentait NoLifer5 à l'événement du 19 janvier mais joue dans l'équipe ukrainienne Natus Vincere (Na’Vi) lors de tournois plus sérieux, gagne plusieurs milliers de dollars par mois. Dans ce laps de temps, les danseurs de la troupe nationale de ballet du Kirghizstan travaillent presque gratuitement.

Le sacré n'est rien

Evgeny Ri, (à gauche) dit Blizzy au tournoi MegaFon Winter Clash à Moscou. Photo prise par Erlan Bakirov

Malgré le manque de moyens, le Théâtre d'opéra et de ballet continue à monter des spectacles de qualité et conserve un public nombreux et fidèle – même s'il est vieillissant.

Néanmoins, le mécontentement public progresse contre la mauvaise gestion de ce lieu et d'autres semblables.

En 2015, un précédent directeur du théâtre, Timur Sultanov, avait été renvoyé après le tollé qu'il avait provoqué en organisant sur la scène sacro-sainte un banquet d'anniversaire pour un conseiller municipal.

Pressentant peut-être qu'un scandale de même envergure couvait, le ministre de la culture nouvellement nommé Azamat Zhamankulov s'est hâté de prendre ses distances d'avec la clameur de Dota 2.

“Les institutions culturelles sont pour les événements culturels”, a-t-il déclaré le 21 janvier, prétextant que la direction du théâtre aurait dû lui notifier à l'avance le projet d'accueillir le tournoi.

Une demande concevable, mais il est douteux que Zhamankulov n'ait pas remarqué les nombreux panneaux faisant la publicité du tournoi dans toute la ville. De toute façon, le mal était fait.

Moins de deux semaines après l'événement, le Premier ministre du Kighizstan Mukhametkhali Abylgaziyev entérinait le renvoi d'Osmonov.

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