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À propos de la restitution par la France des œuvres d’art venant d'Afrique

Capture d'ecran du journal televise de TV5 Monde avec Bénédicte Savoy et Felwine Sarr sur YouTube

En novembre 2017, Le president francais Emmanuel Macron déclare lors d'un un discours  à l’université de Ouagadougou, Burkina Faso que le patrimoine africain ne peut pas être uniquement exposé dans des musées en Europe et que des mesures doivent etre prises pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique. Suite à cette demande, un rapport écrit par Felwine Sarr, professeur à l’Université Gaston-Berger de Saint-Louis (Sénégal) et Bénédicte Savoy, professeure à la Technische Universität de Berlin (Allemagne), décrit comment la restitution par la France du patrimoine culturel africain peut se mettre en place.

A ce jour, il y aurait 90.000 objets d'art d'Afrique subsaharienne dans les musées publics français. Pour la plupart, ils sont le résultat de spoliations et de butins de guerres coloniales.

Dans un billet publié sur le journal panafricain Nsi mababu, les journalistes Konsimbo Ophelie et Poda Gabriel font le point:

Plus de 90% des œuvres d’art d’Afrique noire se trouvent hors du continent, selon les experts. Pillées pendant la colonisation, elles sont pour la plupart aux mains du British Museum, du musée du Quai Branly, ou du musée de Berlin. Le Bénin, le Nigéria et la République Démocratique du Congo entre autres, réclament aujourd’hui le retour de ses trésors pillés durant l’époque coloniale. La question des restitutions d’oeuvres d’art africaines est à la fois épineuse, politique et constitue aujourd’hui une polémique dont il faut comprendre les tenants et aboutissants.

Tous les pays africains sont concernés par ce pillage qui concerne 85 à 90 pour cent du patrimoine africain artistique du continent. Sur France Culture, la journaliste Eva Rassoul, explique que:

Dans les musées français, les œuvres africaines proviennent en grande partie du Tchad (9 200 œuvres), du Cameroun (7 800) et de Madagascar (7 500).

Les professeurs Bénédicte Savoy et  Felwine Sarr expliquent dans le journal de TV5 Monde (video ci-dessous) la démarche suivi pour évaluer comment cette initiative peut être mise en application:

Dans un billet sur son site, le journaliste Philippe Rey présente les résultats de ce rapport:

Il raconte les spoliations à travers l’histoire mondiale, évalue la part de la France, dresse un premier inventaire des oeuvres spoliées, fait le récit des tentatives des pays africains pour se réapproprier leur patrimoine, analyse les questions juridiques qui se posent, et énonce un certain nombre de recommandations pratiques pour la mise en oeuvre des restitutions, un des chantiers les plus audacieux de ce XXIe siècle.

Au Benin, Laurent Adjovi, journaliste,  rappelle sur le site Benin Revele:

La France vient d’autoriser la restitution au Bénin de 26 œuvres d’arts. Grâce aux discussions ouvertes avec la France, Patrice Talon offre ainsi une possibilité aux béninois de revoir  par exemple les  œuvres royales, évoquant les règnes des rois d’Abomey Ghézo (1818-1858), Glélé (1858-1889) et Béhanzin (1890-1894), des trônes, de récades, et les sceptres royaux.

Dans cette logique de mise en valeur de l'art africain,  le Sénégal, où il existe déjà plusieurs sites culturels, dont la Maison des esclaves de Goré et le Musée de la Femme Henriette-Bathily, a inauguré le 6 décembre 2018 le Musée des Civilisations noires:

Le président sénégalais Macky Sall a inauguré jeudi à Dakar le Musée des Civilisations noires. Un évènement qui intervient au moment s’anime le débat sur la restitution des biens culturels africains pillés par la France pendant la colonisation. C’est un rêve vieux de cinquante ans qui se réalise.

En Côte d'ivoire, le ministre de la Culture et de la Francophonie, Bandama Maurice, a fait le point sur les négociations avec la France concernant la restitution des oeuvres historiques de son pays:

Nous pensons qu'en 2019, tout ou en partie des 148 objets seront restitués à la Côte d'Ivoire. Nous avons demandé 148 parce que c'est ce que nous pouvons pour l'instant accueillir dans les caisses et les collections de nos musées.

Au Congo-Brazzaville aussi,  le musée du Cercle africain a été récemment inauguré à Pointe Noire:

L’objectif de ce projet est de permettre aux plus jeunes de retrouver l’histoire de leur culture. Ancien lieu culturel pour les congolais, avant d‘être transformé en Cour de justice et de finalement tomber à l’abandon, le bâtiment a été réhabilité et transformé en 2017 pour devenir ce musée. Depuis son ouverture au public le 4 décembre, le Musée du cercle africain a déjà accueilli plus de 600 visiteurs par mois.

Cependant, plusieurs internautes africains estiment qu’ il y a quelques problèmes à résoudre avant que les œuvres d'art africaines puissent prendre le chemin du retour. Yassin Ciyow, journaliste pour Neomag,  se pose la questionEst-ce difficile de rendre une œuvre ?

En revanche, pour les œuvres issues de l’époque coloniale, la complexité vient du fait qu’après avoir été pillées, elles ont généralement été données ou léguées (dans le cadre légal de l’époque) à des collections publiques françaises. Ainsi, ces œuvres sont de facto entrées dans le domaine public mobilier national, devenant ainsi propriété de l’Etat français. Par le passé, des lois d’exception ont néanmoins été votées afin de “déclasser” certaines œuvres. C’est grâce à cette pirouette juridique que la Vénus Hottentote a pu être rendue à l’Afrique du Sud et des têtes maories à la Nouvelle-Zélande. 

Outre les difficultés d'ordre juridique, les africains s'interrogent aussi sur la capacité de nombreux pays à proteger et conserver ces patrimoines culturels rares qui sont africains certes mais aussi mondiaux.

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