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La suppression de la langue et de la littérature filipino en tant que matières obligatoires à l'université déclenche la contestation

Des étudiants de Manille protestent contre la suppression du filipino comme matière obligatoire à l'université. Photo prise par le journal étudiant Manila Collegian. Reproduction autorisée.

[Article d'origine publié le 14 décembre 2018] Aux Philippines, un groupe de professeurs, de chercheurs et d’étudiants en filipino mènent une campagne contre les mesures gouvernementales qui visent à supprimer l’enseignement obligatoire de la langue et de la littérature filipino à l'université.

Le filipino est avec l’anglais une des deux langues officielles des Philippines, où plus de 185 langues sont parlées. C'est la langue nationale du pays et la principale langue franque.

Le 9 octobre 2018, la Cour suprême a confirmé la légalité de la circulaire n° 13 de 2013 de la commission supérieure de l'éducation (Commission on Higher Education, CHED) qui supprime officiellement le filipino et sa littérature du programme d'enseignement général dans les les universités et les établissements de premier cycle. La décision de la Cour suprême annule une ordonnance de suspension temporaire obtenue en 2015 par les opposants à la mesure de la CHED.

Aux Philippines, le système scolaire général est composé de l'école maternelle (les 5-6 ans), du primaire (les 7-12 ans), du collège (les 13-16 ans), et du lycée (les 17-18 ans). Vient ensuite l'université (les 19-22 ans) dans des établissements d'enseignement supérieurs.

La CHED justifie les changements de programme par le fait que les matières mentionnées sont déjà enseignées dans le programme de l'enseignement général. Ceci complète la mise en œuvre du programme K-12, qui depuis 2011 a ajouté deux années supplémentaires de lycée.

Les détracteurs disent que le programme anti-filipino renforce un système éducatif hérité de l'époque coloniale américaine qui privilégie l'anglais et forme des étudiants pour le marché du travail étranger. L'effacement du filipino fait partie des programmes d'enseignement plus vastes qui marginalisent les sciences humaines et les autres matières scolaires considérées comme non essentielles à la formation des jeunes Philippins pour les besoins de main d’œuvre bon marché des grandes entreprises.

Des groupes variés mènent des protestations et des actions en justice contre l'effacement de la langue et de la littérature filipino à l'université. Tanggol Wika (Défendre notre langue), une alliance de professeurs, d'étudiants, d'écrivains et de travailleurs culturels, a déposé une requête en révision auprès de la Haute Cour le 26 novembre 2018. Elle alerte sur le fait que 10 000 professeurs pourraient finir par perdre leurs emplois en raison de ces changements de programme.

Les avocats de la langue filipino encouragent les internautes à poster des déclarations pour aider à la préservation du filipino à l'université grâce au hashtag #TanggolWikaAtBayan (Défendre notre langue et notre nation).

Les membres de Tangool Wika ont marché vers la Cour suprême pour déposer leurs requêtes en révision à propos de la suppression du filipino dans le programme universitaire. Photo prise par le journal étudiant Manila Collegian. Reproduction autorisée.

Une déclaration du conseil universitaire de l'université des Philippines Diliman appelle à la préservation et au développement de la langue et de la littérature filipino à l'université :

Naniniwala kami na napakahalaga ng wikang Filipino at panitikan sa pagpapalalim ng mapanuri, malikhain, malaya, at mapagpalayang kakayahan ng mga mag-aaral at mamamayan, anuman ang kanilang kurso, disiplina at larangan ng pagpapakadalubhasa. Hindi pag-uulit ang pag-aaral ng wika at panitikan sa kolehiyo, bagkus ay pagpapalawig sa teorya, praktika, at silbi nito sa pamantasan, bansa, at buhay.

Nous pensons que la langue et la littérature filipino sont vitales pour approfondir les capacités de critique, de créativité, de liberté et d'émancipation des étudiants et de la population, quels que soient leurs cours, leurs disciplines, et domaines d'expertise. L'étude de la langue et de la littérature à l'université n'est pas une répétition inutile, mais un développement de la théorie, de la pratique, et de son utilisation à l'université, dans la nation, et dans la vie.

Une pétition en ligne a aussi été récemment lancée par le département de littérature et de langue filipino de l'Université nationale. Voici quelques-uns des commentaires écrits par les pétitionnaires en ligne sur change.org :

Carol Marcelo: Wala nang magmamahal pa ng kanyang sariling wika kundi tayong mga Filipino rin kaya tayo rin ang nararapat na magpayaman nito sa pamamagitan nang patuloy na paggamit at pagkilala bilang ating kaluluwa na kabahagi na natin noon pa man.

Carol Marcelo : Qui aimerait le filipino, si ce n'est pas nous, les Philippins ? Il est donc normal que nous enrichissions notre propre langue par une utilisation active et une reconnaissance de notre âme même d'avant.

Rommel Rodriguez: Mahalaga ang patuloy na pag-aaral ng wikang FIlipino at panitikan ng Pilipinas hanggang kolehiyo sapagkat bahagi ito sa paghubog ng kamalayan makabayan at adhikaing Pilipino ng ating mga mag-aaral.

Rommel Rodriguez : Le maintien de l'enseignement de la langue et de la littérature filipino jusqu'à l'université est important car il fait partie de la formation d'une conscience nationaliste et des attentes philippines de nos étudiants.

Les mèmes ont aussi fleuri sur l'internet pour ironiser sur la CHED et le gouvernement Duterte et appeler à la préservation de la langue et de la littérature filipino à l'université :

Les langues des autres nations ne sont pas devenues un obstacle à la modernité. Nous, Philippins, nous ne devrions donc pas penser que la langue filipino deviendra une entrave au développement.

Je suis Ilokano et j'aime écrire ainsi que lire les discours sur l'unité nationale et  la libération. Car étant comprise par la majorité, le filipino est la langue la plus efficace pour y parvenir.

À gauche : Le patronage de la langue et de la culture étrangères. Au centre : Les forces de l'État. À droite : Développer sa propre langue et son identité nationale.

En haut de l'image : Le sujet filipinon. En bas de l'image : « Les étudiants d'aujourd'hui n'ont plus aucun esprit nationaliste »

Note : L'auteur travaille comme formateur à l'Université des Philippines Diliman, au Département de langue et littérature filipino philippine. Il est activement engagé dans la campagne #TanggolWikaAtBayan.

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