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Le “rideau de charbon” est le nouveau rideau de fer

Manifestation à Katowice, en Pologne, à la Conférence des Nations unies sur le climat (COP24) Photo: Annamária Lehoczky/BlueLink.info, utilisée avec permission.

Cet article se base sur l'essai “A ‘coal curtain’ is the new Iron Curtain” d’Annamária Lehoczky pour BlueLink, un web journal régional couvrant l'Europe centrale et loientale. Il est republié ici via un partenariat de partage de contenu avec Global Voices.

[Article d'origine publié en anglais le 6 février 2019] Pour que l'Union européenne parvienne à la neutralité climatique d'ici 2050, il faudra un effort commun pour décarboner le secteur énergétique. Pourtant, un “rideau de charbon” semble continuer à séparer l'Ouest de l'Est, approximativement le long de l'ancien Rideau de fer, puisque la plupart des pays de l'Est montrent des hésitations voire des oppositions à la suppression progressive du charbon.

En décembre 2018 à Katowice, en Pologne, la conférence des Nations Unis sur le changement climatique (COP24) a traité le sujet en orientant le débat sur les droits des travailleurs dans l'industrie charbonnière. Des organisations de la société civile ont mis en garde sur le peu de temps qui reste pour commencer à ralentir le changement climatique et la pollution de l'air.

Conduire l'action climatique

Quelques jours seulement avant la COP24, l'Union européenne a annoncé sa stratégie à long terme pour devenir la première économie majeure à “neutralité climatique” du monde pour 2050. La neutralité climatique correspond à un équilibrage des émissions de gaz à effet de serre en plantant de nouvelles forêts par exemple, ou en utilisant la technologie de capture du carbone, permettant d'enterrer le dioxyde de carbone. Atteindre l'objectif de zéro émissions est la clef pour un réchauffement climatique restant sous 1,5°C d'ici la fin du siècle, avertit le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) dans son dernier compte-rendu.

Manifestation silencieuse à la Conférence des Nations unies sur le changement climatique de Katowice. Photo: Annamária Lehoczky/BlueLink.info, utilisée avec permission.

Pour respecter l'Accord de Paris passé il y a 3 ans, l'Europe et les pays de l'OCDE ont besoin d'être libérés du charbon d'ici 2030 (ou avant, selon le pays), d'après Europe Beyond Coal, une alliance de sociétés civiles. Ce que reconnaissent également les gouvernements signataires de la Powering Past Coal Alliance (Alliance énergétique post-charbon’), englobant une diversité de gouvernements, d'entreprises et d'organisations engagées dans la sortie progressive du charbon. La France, le Royaume-Uni, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, l'Autriche et les pays scandinaves ont déjà signé la déclaration. En revanche, aucun pays de l'Europe centrale et l'Europe de l'Est ne l'a fait.

Division neuve et ancienne

Tandis que l'Europe de l'ouest réduit sa consommation de charbon, les pays de l'ancien bloc soviétique vont dans la direction opposée. La Pologne, la Bulgarie et la République tchèque en sont les plus dépendants. Le ministère polonais de l'Énergie déclare que la Pologne – un pays où 80% de l'énergie vient du charbon – s'oppose à la réduction d'émissions prévue par l'UE car celle-ci aura un effet négatif sur le secteur de l'électricité et globalement sur l'économie polonaise. Pendant que les centrales à charbon vieillissantes font face à l'énorme défi de répondre aux normes de pollution de l'air, cinq nouvelles unités sont actuellement en construction en Pologne.

Électricité provenant du charbon (pourcentage du total). Source : Banque Mondiale

La Bulgarie – avec 46% de son énergie venant du charbon – n'a toujours pas défini de stratégie à long terme pour le climat et l'énergie, et s'oppose également aux objectifs de l'UE au sommet des Nations Unis. En novembre dernier à Sofia, des centaines de manifestants ont protesté contre les coupes dans le secteur du charbon. Georgi Stefanov, expert en chef climat et énergie au WWF Bulgarie, pense qu'il est temps d'engager le dialogue quant à la modernisation de l'industrie énergétique afin de préparer la transition. Il semble qu'actuellement “La Bulgarie est pire que les États-Unis ou les autres pays dépendants du charbon parce qu'ici personne d'autre ne dit que le charbon n'est pas éternel”, témoigne Stefanov.

De plus, il y a d'importantes difficultés de contrôle de pollution pour les centrales vieillissantes en République tchèque, en Roumanie, en Slovaquie et en Hongrie, même si certains de ces pays reconnaissent la nécessité de transiter vers des énergies plus propres.

En Roumanie, le secteur minier subit une pression économique significative, amenant pour la première fois le ministre de l'énergie à publiquement déclarer que la Roumanie doit commencer à penser à l'après-charbon d'ici 2040.

La Slovaquie – avec sa capacité relativement limitée de centrales au charbon – a commencé, en 2017, à discuter de la suppression progressive avec pour l'année 2023, bien que cela n'ait pas encore été inscrit dans la politique nationale, selon Europe Beyond Coal.

La Hongrie – avec 19 % de son énergie provenant du charbon –  envisage également de fermer d'ici 2030 toutes ses centrales au lignite, qui produisent le plus gros des émissions de dioxyde de carbone du pays. C'est une étape à la fois surprenante et ambitieuse étant donné que le Groupe de Visegrád – Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie – tend à rester soudé face à l'exclusion du charbon. Lé decision hongroise est motivée par la hausse du cours du carbone dans l'Union européenne et le fait que la centrale de Mátra a déjà des ébauches de projet à basse émission de carbone, comme l'explique Barbara Botos, Secrétaire d'État adjointe chargée du climat.

Transition équitable : “équitable” pour qui ?

Les discussions pour mettre un terme au charbon sont extrêmement dures, particulièrement dans les pays comptant lourdement sur la génération d'énergie liée au charbon et dans les régions où un fort pourcentage de la population travaille dans les mines ainsi que dans les centrales électriques – souvent sans alternatives d'emplois.

Afin d'éviter une transition brutale comme l'a été celle des années 90 en Europe de l'est, le passage à une ère sans charbon doit être préparé et facilité “de façon à ne laisser personne derrière”. Selon un article de Bankwatch Network, la “transition équitable” requiert une planification en amont, l'inclusion, des décisions claires, un financement adéquat, une reconversion adéquate des travailleurs et l'amélioration du niveau de vie. Le cheminement de la transition doit inclure tous les acteurs dans le dialogue et la prise de décision, c'est-à-dire les travailleurs, les autorités locales, les entreprises, les sociétés civiles, les organisations syndicales, les entités d'enseignement et les autres acteurs.

Manifestation à Katowice, en Pologne, à la Conférence des Nations unies sur le changement climatique. Photo: Annamária Lehoczky/BlueLink.info, utilisée avec permission.

Assurer l'inclusion était l'une des raisons du choix de la ville de Katowice, ancien site d'exploitation minière en Pologne, pour abriter la Conférence des Nations unies de 2018 sur le changement climatique. “Les personnes les plus affectées par le changement doivent être invitées à la conversation”, a déclaré Michał Kurtyka, président de la COP24. Le président polonais a préparé une déclaration politique sur la “transition équitable”, promettant de ne pas laisser derrière les travailleurs de l'industrie charbonnière lors de la construction d'une économie propre. Des questions émergent cependant de la société civile : Juste pour qui ? Qu'en est-il de ceux souffrant de la pollution de l'air liée aux centrales à charbon ? Est-ce que cela sert uniquement à retarder de réelles actions pour atténuer le changement climatique ?

Énergie sale, air sale

D'après l'Organisation mondiale de la santé, 33 des 50 villes possédant l'air le plus pollué d'Europe sont en Pologne, où les habitants subissent régulièrement un épais brouillard toxique. Débattant d'une  “transition juste” dans la réalité polonaise, Joanna Flisowska de la section Europe de Climate Action Network, défend “qu'il est absolument crucial pour la transition équitable de prendre en compte le point de vue des travailleurs, mais également celui de ceux qui ont payé les conséquences sanitaires du charbon”.

Population exposée aux particules atmosphériques. Source: Agence européenne pour l'environnement, Rapport 2018 sur la qualité de l'air en Europe.

La division entre l'est et l'ouest de l'Europe se ressent aussi en termes de qualité de l'air, tweete Julian Popov, un membre de l'Agence européenne pour l'environnement et ancien ministre de l'environnement de Bulgarie. Les données de l'agence sur la qualité de l'air mettent en évidence une population d'Europe de l'est et des Balkans fortement exposée aux particules atmosphériques. Ces particules microscopiques (appelées PM10 et PM2,5) provoquent des maladies pulmonaires et cardiovasculaires et sont corrélées à des décès prématurés. Elles proviennent principalement de la combustion du charbon et du bois, des suies de combustion incomplète dans les moteurs diesel, ou de l'incinération des ordures.

Borislav Sandov, co-président du parti vert bulgare. Photo: BlueLink.info.

Réduire l'usage du charbon n'est pas seulement une des méthodes les plus fortement rentables pour atteindre une baisse des émissions de gaz à effet de serre ; cela permet aussi des bénéfices significatifs en termes de qualité de l'air, de santé publique et de sécurité énergétique. Des propositions de stratégie pour sortir du charbon dans l'UE et des plans de revitalisation pour les anciennes régions liées au charbon existent déjà.

“En Bulgarie, les principales régions charbonnières ont une situation stratégiquement intéressante d'un point de vue des routes commerciales internationales. Situées dans les couloirs européens, elles sont proches de  thermes et des métropoles à bon potentiel économique de diversification économique, elles ne sont donc pas isolées”, déclare Borislav Sandov, co-président du parti Vert bulgare.

“Il y a plein d'alternatives, économiques et sociales, pour une transition équitable qui peut mener à une croissance économique et à la prospérité pour la population, plutôt que de juste perdre des emplois ou migrer”, ajoute Sandov.

Les représentants de la société civile discutant de la “transition équitable” au sommet pour le climat se sont accordés que c'est affaire de bonne gouvernance, ainsi que d'éducation et d'information.

Traduction révisée par Suzanne Lehn

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