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Pour le première fois dans l'histoire du Brésil, une femme indigène entre au Congrès national

UN/Screenshot

Joênia est la première femme indigène diplômée en droit au Brésil. Photo extraite d'une vidéo de United Nations Web TV

En 1997, Joênia Wapichana devient la première femme indigène du Brésil à obtenir une licence en droit. Onze ans plus tard, elle est la première femme indigène à plaider une affaire devant le Tribunal suprême. Et en octobre 2018, elle s'illustre à nouveau en devenant la première femme indigène élue au Congrès national.

Avec un total de 8491 voix, elle remporte un des huit sièges destinés à son état, le Roraima. Le seul député indigène à avoir accédé avant elle au Congrès brésilien était Mario Juruna [fr], un indien Xavante, élu en 1983.

Née dans une tribu Wapichana, Joênia a déménagé à Boa Vista, capitale de l'état du Roraima, à l'âge de 8 ans. Elle finance ses études de droit en travaillant dans un cabinet comptable, et elle déclare dans une interview récente, avoir obtenu son diplôme un an plus tôt que prévu, cinquième de sa promotion parmi les enfants de l'oligarchie du Roraima.

En décembre 2018, en tant que députée élue, Joênia reçoit le prix des Droits de l'homme de l'ONU pour son travail remarquable pour la promotion des droits des peuples autochtones. Cette même reconnaissance avait été accordée à l'époque à Nelson Mandela et à Malala.

Joenia Wapichana défendant la cause indigène au Tribunal suprême. Capture d'écran d'une vidéo de YouTube/Tribunal suprême du Brésil.

À la croisée des chemins

Joênia est entrée dans l'histoire en  2008 quand elle a défendu la cause de cinq peuples indigènes pour que leurs terres soient officiellement déclarées Territoire indigène [fr], un type de propriété qui octroie aux peuples autochtones des droits inaliénables sur leurs territoires traditionnels.

Le tribunal a statué en faveur des indigènes, qui sont alors devenus les propriétaires permanents du territoire autochtone le plus étendu du Brésil, les terres de Raposa Serra do Sol, situées dans l'état du Roraima.

Jair Bolsonaro, à cette époque membre du Congrès, avait insulté un activiste indigène qui assistait à une audience publique de la Chambre des députés sur la démarcation des terres de Raposa Serra do Sol. “Ils devraient sortir et aller brouter pour préserver leurs origines”, avait-il déclaré à cette occasion.

Peu de temps après sa victoire électorale en 2018, Bolsonaro a de nouveau mentionné Raposa Serra do Sol comme étant un exemple de territoire autochtone dont le potentiel économique devrait être exploité. Il a déclaré aux journalistes :

É a área mais rica do mundo [em minerais]. Você tem como explorar de forma racional. E no lado do índio, dando royalty e integrando o índio à sociedade.

C'est la région la plus riche [en minerais] du monde. On doit pouvoir l'exploiter de façon rationnelle. Et aux indiens, on leur paie les redevances et on les intègre à la société.

Il y a dix ans, le visage peint des traits rouges traditionnels de son ethnie, Joênia a mêlé portugais et langue maternelle pour rappeler aux juges qu'environ trois millions de dollars américains circulaient sur ces terres sans affecter l'économie brésilienne. “On nous calomnie et on nous traite de façon discriminatoire sur nos propres terres” déclare-t-elle alors.

Photo: The Institute for Inclusive Security, CC 2.0

Une opposante redoutable

Alors qu'elle se préparait à prendre possession de son siège de députée d'opposition au gouvernement de Bolsonaro, Joênia a déclaré à plusieurs journalistes du quotidien national Folha de São Paulo:

Por que ele persegue tanto os povos indígenas? Qual é a razão de todo esse ódio e de querer retroceder tanto?

Temos turismo, medicinas tradicionais, uma vasta biodiversidade na Amazônia. A gente tem de mudar esse discurso de que somos empecilho ao desenvolvimento, que estamos prejudicando A ou B. Temos de fazer com que sejamos nós os protagonistas também.

Pourquoi est-ce qu'il [Bolsonaro] persécute autant les peuples autochtones ? Pourquoi tant de haine et pour quelle raison vouloir un tel retour en arrière ?

Nous avons le tourisme, les médecines traditionnelles, une énorme biodiversité en Amazonie. Il faut arrêter de dire que nous sommes un obstacle au développement, que nous portons tort à A ou B. Nous devons nous aussi nous convertir en protagonistes.

Une action immédiate

Le Congrès du Brésil a pris ses fonctions en février 2019, et Joênia a entamé son mandat comme leader de son parti, Rede Sustentabilidade (Réseau durable) à la Chambre des députés, la chambre basse du pouvoir législatif fédéral. Le parti Rede a été fondé par l'ancienne ministre de l'Environnement Marina Silva [fr], qui, bien qu'elle ait perdu trois élections présidentielles consécutives, est bien connue dans le milieu de l'activisme environnemental du Brésil.

Suite à la catastrophe minière de Brumadinho [fr], une tragédie qui a causé la mort de 160 personnes et détruit toute vie sur le fleuve Paraopeba, Joênia a présenté son premier projet de loi, qui sanctionne plus lourdement les délits environnementaux qui affectent gravement les écosystèmes, les vies et la santé humaines, les qualifiant “de crimes odieux”, un type d'infractions qui entraîne des peines beaucoup plus sévères.

La veille de sa prise de fonction, la députée a déclaré au journal Folha de Boa Vista, un journal local du Roraima, que son projet traitait du manque de respect des entreprises privées envers l'environnement :

Nos preocupa a política governamental de enfraquecer ainda mais os mecanismos criados para defender o meio ambiente saudável, previsto em nossa Constituição, e os impactos sociais, como, por exemplo, o licenciamento ambiental, diante da falta de responsabilidade das empresas e do baixo poder de fiscalização do Estado.

La politique de ce gouvernement nous inquiète : elle fragilise les mécanismes qui avaient été créés pour protéger un environnement sain comme le prévoit la Constitution, et les impacts sociaux qui en découlent. Par exemple, les licences environnementales qui contribuent à amoindrir la responsabilité des entreprises et le faible pouvoir de contrôle de l'Etat.

Lors d'un entretien à la  BBC, Joênia a affirmé que sa priorité au Congrès serait la démarcation des territoires indigènes :

Se por um lado há meia dúzia de ruralistas, por outro há uma população de minorias que se sente representada por mim ali. É uma população que precisa de representação. A política velha é formada por pessoas que só pensam em benefícios individuais. Eu vou levar valores coletivos.

Si d'un côté il y a une demi-douzaine de grands propriétaires terriens, de l'autre nous avons toute une population de minorités qui se sentent représentées par moi. C'est une population qui a besoin d'être représentée. La politique d'autrefois est faite de gens qui ne pensent qu'à leur intérêts personnels. Je vais porter des valeurs collectives.

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