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Les défis de la localisation du harcèlement de rue au Sri Lanka vont au delà de la simple collecte de statistiques

Image via Groundviews.

Cet article de Raisa Wickrematunge a initialement été publié sur Groundviews, un site de journalisme citoyen primé au Sri Lanka. Une version révisée est publiée ci-dessous dans le cadre d'un accord de partage de contenu avec Global Voices.

À l'occasion de la Journée internationale des femmes en 2016, Groundviews, une organisation de média citoyen, a localisé les incidents de harcèlement de rue au Sri Lanka n'ayant pas été signalés à la police. Celles qui ont participé avec leurs témoignages à la création de cette carte ont décrit des expériences qui, même des années plus tard, restent douloureuses ou effrayantes.

Pour la Journée internationale des femmes 2019, Groundviews a tenté d'établir les différences existant entre les cas de harcèlement de rue vécus par les femmes et les statistiques policières disponibles. Bien que l’abrégé des crimes graves disponible sur le site internet de la police sri-lankaise contienne des statistiques sur les viols, les atteintes sexuelles sur mineurs et les abus sexuels, il ne fait aucune mention particulière du harcèlement de rue. Afin de déterminer plus précisément quelles statistiques étaient disponibles sur le harcèlement de rue pour l'année 2018, Groundviews a déposé des demandes de renseignements auprès du quartier général de la police sri-lankaise et de son service chargé du tourisme. Les soupçons de Groundviews quant au fait que la police n'a pas enregistré les statistiques sur le harcèlement de rue se sont révélés partiellement exacts.

La carte ci-dessous (cliquez ici pour la voir plus en détail) fait état des statistiques dont dispose la police sur les abus sexuels : 2312 incidents d'abus sexuels ont été signalés en 2018, dont 17 par des touristes.

L'unité de police chargée du tourisme et le Bureau de la prévention des violences faites aux femmes et aux enfants (Women and Child Abuse Prevention Bureau) ont tous les deux demandé à Groundviews d'examiner les rapports de police. Il serait impossible, d'un point de vue logistique, de publier ces informations car les agents responsables des deux unités devraient passer au peigne fin l'équivalent d'une année entière de documents manuscrits. Leur tâche aurait été plus facile et plus rapide si les registres avaient été numérisés, mais il semble que seul pas vers le XXIe siècle réalisé par la police sri-lankaise soit le fameux rapport des crimes graves, même si son format PDF n'est pas facile à consulter, et s'il ne définit pas la signification des différences entre les catégories (comme par exemple ce qui constitue ou non un abus sexuel).

Chaque division a également recueilli les données différemment. Le Bureau de la prévention des violences faites aux femmes et aux enfants s'est trouvé dans l'incapacité totale de fournir des statistiques sur le harcèlement de rue — classé dans leurs données dans la large catégorie des abus sexuels.  Le quartier général de la police détenait un registre distinct qui recensait le nombre total de cas d'abus sexuels signalés en 2018 et c'est ce document qui a été remis à Groundviews, l'agent en charge a tout de même précisé qu'il était impossible d'obtenir des détails sur chaque incident signalé.

De son côté, l'unité chargée du tourisme a tenu ses propres registres, ce qui lui a permis de fournir un rapport détaillant chaque incident qui comprenait  les cas de harcèlement de rue, d'exhibitionnisme, d'agression sexuelle et de viol. L'agent chargé de ce registre a souligné que les dépôts de plainte pour vol étaient bien plus nombreux que ceux pour harcèlement parmi les touristes.

Les recherches révèlent cependant que le harcèlement de rue est courant — et pas uniquement pour les touristes. Une étude du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) datant de 2015 révèle que 90 pour cent des femmes interrogées avaient été victimes de harcèlement de rue en prenant les transports en commun. Parmi ces incidents, 74 pour cent étaient de nature physique et comprenaient des attouchements non souhaités.

Le fait que les victimes qui osent signaler ces incidents à la police ou qui parlent ouvertement du harcèlement de rue soient souvent elles-mêmes la cible d'attaques, notamment sur internet, complique la situation.  Les réactions au tweet de la directrice exécutive Malki Opatha, sur sa propre expérience du harcèlement de rue se sont rapidement transformées en condamnation de la victime, avec de nombreux twittos lui demandant pourquoi elle avait choisi de s'asseoir près de la fenêtre dans le bus, tandis que d'autres lui disaient qu'elle aurait dû crier sur son agresseur.

18.12.18 #metoo
J'ai été harcelée en rentrant chez moi.

Je me suis levée de mon siège près de la fenêtre, j'avais envie de crier, j'avais envie de hurler !

Je ne pouvais crier, je ne pouvais pas hurler, j'étais traumatisée & je n'arrivais pas à parler.

Il s'en est sorti !

Ça fait deux jours et ça me hante toujours

En réponse, Malki a réalisé une vidéo dans laquelle elle explique pourquoi elle n'a pas réagi face à la personne qui la harcelait : “Nous ne réagissons pas parce que nous ne sommes pas prêtes. Même si nous savons que le harcèlement dans les transports en commun existe, nous ne savons pas comment réagir. On panique. Nos corps se figent. Même si nous voulons crier, parfois cela nous est impossible.”

Malgré ce type de témoignage éloquent, les commentaires d'une campagne récente de l'UNFPA sur le harcèlement de rue, qui a coïncidé avec la campagne internationale 16 jours d'action contre la violence sexiste, ont tout de même révélé de nombreux détracteurs qui rejetaient la faute sur celles et ceux qui parlaient ouvertement leurs expériences en les accusant de vouloir “attirer l'attention”.

“Avec ton maquillage, il aurait pu croire que tu étais quelqu'un. Je n'aime pas [les femmes qui] se maquillent trop. Et d'ailleurs, pourquoi c'est toi qu'il harcèle ? Tu es la seule fille dans le bus ? Il n'y en a pas d'autres ??” peut-on lire dans l'un des commentaires.

“Il a seulement demandé [son] numéro”, dit un autre commentateur. “Elle ne sait pas pourquoi il l'a fait. Je crois que c'est peut-être parce qu'il a gagné sa confiance, il voulait qu'ils deviennent amis. Garde l'esprit positif… est-ce que demander le numéro d'une fille c'est aussi du harcèlement sexuel ?”

À en juger par les commentaires, nombre des jeunes hommes sur le fil de discussion ne considèrent pas le harcèlement de rue comme un problème grave. La police non plus, semble-t-il. Bien que l'objectif de Groundviews ait été de localiser le harcèlement de rue, à l'instar de son projet de 2016, ils n'ont pu y parvenir, pour des raisons allant bien au delà de la simple collecte de statistiques.

Dans le cadre de recherches sur les violences fondées sur la technologie, Groundviews a appris lors des discussions de groupes que les méthodes de la police ainsi que celles de son département de police criminelle provoquent souvent un nouveau traumatisme pour les victimes qui tentent d'obtenir une forme de réparation. Il est pas inconcevable qu'il en soit de même pour les violences qui se produisent hors-ligne. “.

Actuellement, les personnes qui déposent plainte — y compris celles pour abus sexuels et violences — sont face à un système de signalement pour ces crimes, qui n'est ni conçu pour elles ni adapté à leurs besoins. Des programmes continus de sensibilisation à l'égalité des sexes, une éducation sexuelle et aux relations complète en milieu scolaire et la numérisation des rapports de police seraient un bon point de départ pour commencer à résoudre ces inégalités.

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