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Netizen Report : Retour de bâton en ligne au Pakistan et en Malaisie après les manifestations de la Journée internationale des femmes

Catégories: Europe de l'ouest, Bangladesh, Malaisie, Mozambique, Pakistan, Singapour, Viêt-Nam, Censure, Cyber-activisme, Droits humains, Femmes et genre, Liberté d'expression, Médias citoyens

Ensemble de banderoles utilisées lors de la Marche des femmes de Boston, en janvier 2017. Photo Ellery Biddle, utilisée avec son autorisation.

Le Netizen Report d’Advox offre un aperçu des défis à relever, des victoires obtenues et des tendances émergentes en matière de technologie et de droits de l’homme dans le monde. Cette édition couvre des informations et événements qui concernent la période du 22 au 28 mars 2019.

Les militantes féministes de Malaisie  [1]et du Pakistan [2] [tous les liens sont en français ou en anglais] font face à toute une campagne de harcèlement en ligne déclenchée par leur participation aux divers événements publics organisés pour la Journée internationale des femmes, le 8 mars dernier.

Dans le monde entier, des groupes de femmes ont organisé des rassemblements publics, des manifestations et des réunions pédagogiques lors de cette journée soutenue par l’Onu. Outre des questions liées à l’accès à l’éducation, au droit du travail et à la place des femmes en politique, beaucoup de ces rassemblements ont été l’occasion de condamner sans détour les violences sexuelles, ainsi que le harcèlement dont sont victimes les femmes et la communauté LGBTQI.

Ce sont plus particulièrement ces condamnations qui semblent avoir déclenché de violentes réactions en ligne. Au Pakistan, la ligne d’assistance téléphonique dévolue au harcèlement de la Fondation pour les droits numériques [3] a reçu un grand nombre d’appels [2] de personnes ayant été menacées de violences sexuelles, de mort ou d’attaque à l’acide après avoir participé à cette journée.

L’écrivaine féministe Bina Shah a réagi à ces menaces sur Twitter. Elle a également pointé du doigt l’inaction de Twitter face aux demandes faites par des femmes de retirer ces menaces du fil du réseau social :

Suite à la AuratMarch2019 (AuratMarch), de nombreux utilisateurs ont signalé des dizaines de comptes faisant état de menaces de violences et de harcèlement à l’encontre de femmes ayant participé aux manifestations, mais Twitter et le TwitterSupport affirment que ces propos ne vont pas à l’encontre des normes de la communauté.

En Malaisie, des photos et profils de plusieurs participantes aux manifestations organisées pour la Journée des femmes ont été largement partagés [1] dans des groupes de discussion et sur des pages de réseaux sociaux afin qu’elles soient prises pour cible par le plus grand nombre possible. Certaines se sont vues menacées et malmenées par des étrangers, mais aussi par des membres de leur famille ou leur employeur.

Le ministre en charge des Affaires religieuses, Datuk Seri Mujahid Yusof Rawa, a encore attisé [10] les propos au vitriol circulant en ligne en accusant la marche de la Journée des femmes d’avoir « fait mauvais usage de l’espace démocratique en y défendant des choses contraires à ce que prône l’Islam ».

Le 14 mars, la police a annoncé que sept organisatrices de la Journée des femmes faisaient l’objet d’une enquête pour sédition et violation du Peaceful Assembly Act [11] (loi de 2012 réglementant les manifestations publiques en Malaisie).

Au Pakistan, fête nationale rime avec réseau mobile bloqué

Les habitants d’Islamabad, capitale du Pakistan, ont été privés des services de téléphonie mobile durant plusieurs heures le 23 mars dernier. L’accès au réseau a en effet été bloqué [12] le temps du défilé militaire commémorant le Pakistan Day, [13] qui commémore l’anniversaire de la résolution de 1940 ayant établi les bases de l’indépendance du Pakistan vis-à-vis de la Grande-Bretagne.

Bien que la Haute Cour d’Islamabad ait déclaré illégales les coupures arbitraires du réseau en 2018, une cour d’appel a par la suite fait suspendre sa décision. Depuis, les autorités ont plusieurs fois invoqué des questions de sécurité afin de justifier des coupures.

L’adoption de la directive sur le droit d’auteur par le Parlement européen suscite des réactions sur tout le continent

Malgré les appels lancés par plus de cinq millions de personnes à travers l’Europe (dans le cadre de pétitions [14] et de manifestations [15]), le Parlement européen a approuvé, le 26 mars dernier, la directive très décriée sur le droit d'auteur [16].

Cette directive oblige les États membres à légiférer pour exiger des plateformes Internet, telles YouTube, qu’elles empêchent les utilisateurs de télécharger des contenus protégés par le droit d’auteur. Ce en imposant de fait un système de « censure préalable » aux grands acteurs du Web et aux réseaux sociaux. La directive demande également aux médias en ligne à but lucratif de verser de l’argent aux auteurs, ou ayants droit, d’une citation excédant quelques mots.

Pour Diego Naranjo, conseiller auprès de l’EDRi [17] (European Digital Rights), une association européenne de défense des droits numériques, la directive, et plus particulièrement son article 13, « crée un dangereux précédent en termes de filtres Internet et de mécanisme de censure automatisée – en Europe et dans le monde entier ».

Un journaliste mozambicain emprisonné 70 jours sans charges

Arrêté alors qu'il couvrait une série d’attaques violentes contre des petits villages de la province de Cabo Delgado, au Mozambique, le journaliste Amade Abubacar [18] est emprisonné depuis plus de 70 jours, sans qu’aucun procès n’ait eu lieu. Les autorités l’accusent de « violation de la sécurité nationale » et « d’incitation à la désobéissance par le biais d’outils informatiques », mais n’ont pas encore officiellement retenu de charges contre lui.

Le journaliste mozambicain de 32 ans a été brièvement détenu sur une base militaire, alors qu’il ne fait pas partie des forces armées. Il a par la suite confié à l’association du barreau du Mozambique [19] qu'il avait été torturé et privé de nourriture. Les autorités ont pour le moment refusé de le traduire en justice et décliné une deuxième demande de remise en liberté provisoire [20] formulée par ses défenseurs.

Un activiste vietnamien condamné à la prison pour avoir critiqué la loi sur la cybersécurité

Un activiste local a été condamné à deux ans de prison [21] pour avoir posté sur Facebook des commentaires critiques de la très restrictive loi sur la cybersécurité, qui impose aux sociétés de l’Internet actives au Vietnam de stocker leurs données dans le pays et de supprimer du contenu si l’État en donne l’ordre. Le Minh The fait partie du groupe prônant la démocratie Hien Phap et est un fervent défenseur de la liberté d'expression. Il est l'un des six activistes et blogueurs actuellement poursuivis [22] pour s’être opposés pacifiquement au gouvernement, selon Human Rights Watch.

Envie de jeter un œuf sur un responsable politique singapourien ? N’en dites rien sur Facebook !

Le Singapourien et utilisateur de Facebook Edmund Zhong fait l’objet d’une enquête de police [23] pour avoir récemment posté un commentaire dans lequel il faisait part de sa volonté de jeter un œuf sur le ministre de la Justice et des Affaires intérieures K. Shanmugam. Le jeune militaire de 20 ans a réagi à un post de la page Facebook de la chaîne News Asia mentionnant le fait qu’un adolescent australien avait jeté un œuf [24] sur un sénateur conservateur : « Je veux faire la même chose à K Shanmugam. je le jure », a-t-il écrit.

Trois jours plus tard, Zhong recevait une notification de la police l’informant qu’il faisait l’objet d’investigations pour « diffusion numérique de propos incitant à la violence », en vertu de la Section 267C du Code pénal. Si reconnu coupable, Zhong risque une amende et/ou une peine de prison pouvant aller jusqu’à cinq ans.

Le site anglophone d’Al Jazeera bloqué au Bangladesh à cause d’un article évoquant la corruption militaire

Les autorités bangladaises ont bloqué la version anglophone du site d’informations Al Jazeera [25] suite à la publication d’un article évoquant des allégations selon lesquelles le responsable du service de renseignement militaire du Bangladesh aurait ordonné aux agents de la sécurité d’État d'enlever trois hommes dans le cadre du règlement d'un différend commercial. Le site d’informations local Joban, qui a publié un résumé de l’article en bengali, a également été rendu inaccessible.

Cela fait longtemps que le gouvernement a pris l’habitude de bloquer les sites d’informations se montrant critiques. Et récemment, le processus de mise hors ligne a encore été simplifié pour en faciliter davantage l’usage : désormais, les agences de sécurité peuvent bloquer les sites de manière centralisée sans avoir besoin de l’autorisation de la Commission de réglementation des télécommunications du Bangladesh.

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Afef Abrougui [29], Ellery Roberts Biddle [30], Nwachukwu Egbunike [31], L. Finch [32], Rohith Jyothish [33], Rezwan Islam [34], Oiwan Lam [35], Mong Palatino [36], Talal Raza [37], Taisa Sganzerla [38] et Filip Stojanovski ont contribué à cette édition du Netizen Report.