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Le Président Alpha Condé incite les militants de son parti à aller à l'affrontement

Alpha Condé en 2012 au World Economic Forum. CC BY-SA 2.0

Alors que la constitution guinéenne n'autorise que deux mandats successifs, Alpha Condé, le président en place, vient d'annoncer qu'il comptait briguer un 3ème mandat, au mépris des lois du pays. De plus il n'hésite pas à faire appel à la violence pour réaliser son plan. Dans une analyse publiée sur Horizon Guinée, Sonny Camara, journaliste basé à Conakry, rapporte les propos du président lors d'un récent discours prononcé le 24 mars 2019:

… je suis venu vous dire que je laisse mon manteau de président de côté. Je prends mon manteau de militant, car maintenant je suis prêt à la bataille contre ces gens… », «… Soyez prêts à l’affrontement… », «…Maintenant ce n’est pas le président qui sort mais c’est le militant… », «… Personne en Guinée ne m’empêchera d’aller devant le peuple pour lui demander ce qu’il veut… » « … Si c’est pour vous marcher sur les pieds, soyez prêts à marcher sur leurs pieds pour qu’ils sachent que vous n’avez peur de rien …»

Quelques mois après sa réélection en mai 2015, Alpha Condé a en effet commencé à mentionner sa volonté de briguer un troisième mandat. Ibrahima Diallo, Directeur général de la radio ” Liberté FM” de Conakry signalait dès 2016 la dérive présidentielle sur Nouvelle de Guinée:

Mais, à entendre Alpha Condé dire à l’opinion publique nationale et internationale que le «souverain peuple» de Guinée décidera ou non d’un troisième mandat pour lui sous – entend que celui qui voulait être la «synthèse» de feu Mandela et d’Obama pour son pays est «pire» que ses prédécesseurs qu’il a toujours combattus durant sa vie d’éternel opposant. Aujourd’hui, quand Koro dit «c’est le peuple qui décidera», il veut juste faire porter par le vaillant peuple de Guinée le mérite pour lui de briguer «un éventuel mandat» après les deux (2) consécutifs.

Condé est resté fidèle à son plan en prenant des mesures pour lui éviter toutes mauvaises surprises, y compris la destitution du président de la Cour constitutionnelle Me Kéléfa Sall, qui s'est accomplie sans suivre la procédure légale. Amadou Tham Camara, reporter sur Guinée News affirme ainsi que:

Après le travail de sape qui avait été fait à la CENI, c’est ainsi la deuxième institution constitutionnelle en charge des élections nationales qui vient d’être irrémédiablement fragilisée.

Dorénavant, pour le parti au pouvoir, il existe un boulevard pour avoir la majorité qualifiée des deux tiers des députés lors des élections législatives prévues au premier trimestre de 2019. Cette majorité étant la condition sine qua non pour entamer la révision de la constitution. C’est un pas de géant qui vient donc d’être franchi pour faire sauter le verrou constitutionnel qui bloque le nombre de mandat du président de la République à deux.

La “faute” de Me Kéléfa Sall, l'ancien président de la cour constitutionnelle, a été de mettre Alpha Condé en garde contre toute tentative de modification de la constitution, lors de sa prestation de serment en entamant son second mandat. Kéléfa Sall avait alors déclaré:

La conduite de la nation doit nous réunir autour de l’essentiel. Ne nous entourons pas d’extrémistes qui sont nuisibles à l’unité nationale. Évitez toujours les dérapages  vers les chemins interdits en démocratie et en bonne gouvernance. Gardez-vous de succomber à la mélodie des sirènes révisionnistes car, si le peuple de Guinée vous a donné et renouvelé sa confiance, il demeure cependant légitimement vigilant.

La réaction des guinéens a été vive. Lors d’une conférence de presse ce vendredi 29 mars 2019 à Conakry, organisée par des anciens membres du Conseil National de la Transition, animée par le Collectif Ne Touche pas à ma Constitution, Boubacar Siddighy Diallo, l’un des conférenciers, a rappelé que la constitution guinéenne comprend deux parties formant un tout indissociable

A savoir celle regroupant l’ensemble des dispositions susceptibles de modification conformément à la procédure aménagée à cet effet et celle contenue dans les dispositions de l’article 154 réputées être les intangibilités de la révision constitutionnelle. Cette dernière partie constitue le verrou de la constitution la mettant à l’abri [de] tout tripatouillage éventuel dont les conséquences pourraient compromettre la paix et [la] stabilité de notre pays

L'opposition a également réagi vivement: Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée en marge d’une réunion de l’opposition républicaine a dit:

L’opposition Républicaine a réaffirmé sa disponibilité à former une coalition avec toutes les forces vives de la nation, pour s’opposer au recul démocratique et à la présidence à vie qu’Alpha Condé veut s’octroyer …

Sekou Koundouno, leader des Forces sociales de Guinée (FSG) fait savoir sur sa page Facebook:

Ces activistes de la société civile ont écrit aussi à la Procureure de la Cour Pénale Internationale pour lui demander «de garder un œil attentif sur notre pays et de prendre publiquement position afin d’éviter le chaos en Guinée».

De même, les citoyens guinéens ont aussi réagi sur Twitter:

Le très populaire utilisateur de Facebook, Alimou Sow, préfère l'ironie comme commentaire, en faisant allusion aux bourrasques qui ont frappé Conakry la capitale dans la nuit du 2 au 3 avril:

Il paraît que dans la mythologie grecque Eole était le dieu des vents (d'où l'adjectif éolien). Alors à Eole la Guinée cette nuit pour emporter, non pas seulement des affiches démagogiques mais également ceux qui les posent et promeuvent le 3ème #Nambara [Problèmes]. Autant en emporte le vent. Bon #ennui

La réaction la plus marquée vient de l’écrivain et économiste guinéen, Ibrahima Sanoh,qui a lancé depuis le 2 janvier, son mouvement Patriotes pour l’Alternance et le Salut pour s'opposer à une éventuelle volonté de l’actuel président Alpha Condé de briguer un troisième mandat en 2020.

 

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