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En Turquie, vague de protestations sur les campus universitaires suite à des cas d'abus sexuels et de harcèlement

Manifestation à l'université d'Ankara le 8 avril. Photo du Collectif des femmes à l'université. Utilisation autorisée.

Au début du mois, une femme de 23 ans a prétendu avoir été battue et violée par un professeur de 54 ans en poste à l'université d'Ankara, alors qu'elle était de service en tant que vétérinaire à la clinique vétérinaire privée que le professeur copossède.

Dans son témoignage, la jeune femme, désignée sous le nom de C.B. par les médias locaux, a affirmé que le professeur Hasan Bilgili l'avait invitée à dîner et lui avait demandé de boire avec lui.

Elle a alors expliqué ce qui s'était passé lorsqu'elle a refusé la proposition :

He forced himself on me and kissed me. He hit my head three or four times on the floor. I passed out. When I opened my eyes, it was 1.30 AM.

Il s'est jeté sur moi et m'a embrassée. Il a frappé ma tête trois ou quatre fois sur le sol. Je me suis évanouie. Quand j'ai ouvert les yeux, il était 1h30 du matin.

‘Ne te plains pas’

La première personne que la jeune femme a vue lorsqu'elle est revenue à elle a été l'associé de Hasan Bilgili, un chirurgien vétérinaire du nom de Serkan Durmaz. Il lui a dit :

Something happened between you and him. Do not complain. These things will get you into trouble.

Quelque chose s'est produit entre toi et lui. Ne te plains pas. Ça va t'attirer des ennuis.

Le gynécologue que Hasan Bilgili et Serkan Durmaz l'ont emmenée voir, Huseyin Senyurt, lui a tenu le même genre de discours :

Even if you complain, nothing will happen. Just take this medicine.

Même si vous vous plaignez, cela ne changera rien. Prenez ce médicament, c'est tout.

Hasan Bilgili a été arrêté suite à la plainte que C.B. a déposée contre lui. Debout près du banc des prévenus lors d'une audience préliminaire, il a qualifié les accusations de conspiration à son encontre et cité son statut d'homme marié pour sa défense.

L'université d'Ankara a publié une déclaration via Twitter :

L'information faisant état d'une agression sexuelle dans une clinique privée en dehors de l'université nous est parvenue et une enquête portant sur l'agresseur présumé a été ouverte. La personne susmentionnée a été suspendue.

Pas la première fois

Hasan Bilgili a déjà été accusé de mauvais traitements contre des femmes par le passé.

D'après un article du journal Hürriyet, Hasan Bilgili ainsi que son frère Ali Bilgili, professeur de pharmacologie dans la même université, ont été accusés de harcèlement envers des étudiantes en 2007 et se sont ainsi retrouvés devant les tribunaux. Le juge a ordonné qu'Ali Bilgili soit suspendu de ses fonctions à l'université suite aux accusations de harcèlement tandis que le salaire de Hasan Bilgili a été retenu. Tous deux ont finalement récupéré leur poste.

L'article du journal Hurriyet qui aborde les accusations contre les frères Bilgili en 2007.

Plus récemment, en 2016, Hasan Bilgili a une fois de plus été la cible d'accusations d'agression sexuelle, cette fois de la part d'une étudiante de programme d'échange dans son département vétérinaire.

Protestations étudiantes : nous ne nous tairons pas

Le lendemain du jour où le cas de viol est devenu viral sur Twitter, des étudiants de l'université d'Ankara ont lancé un mouvement de protestation sur le campus ciblant ce qui est vu comme de l'inaction de la part des autorités dans des cas antérieurs de plaintes pour harcèlement sexuel.

Lors de cette contestation, les étudiants ont scandé : “Nous ne voulons pas d'un professeur violeur.”

La manifestation a trouvé une résonance sur les réseaux sociaux.

Les étudiantes ont déclaré : “Ne rien dire, c'est participer au crime.”

Après qu'un professeur de la faculté de médecine vétérinaire de l'université d'Ankara, le Dr. Hasan Bilgili, a violé B.C., qui travaillait dans sa clinique vétérinaire, des étudiantes de la faculté vétérinaire de l'université d'Ankara ont organisé une manifestation et ont publié un communiqué de presse.

L'égalité de genre remise à plus tard

Le sujet des violences sexuelles est particulièrement sensible en Turquie depuis qu'en février, le Conseil de l'Enseignement supérieur (YÖK) a renié [fr] de façon controversée ses engagements pris dans la “Charte de l'attitude d'égalité de genre”, un document qui l'enjoignait à intégrer les principes de l'égalité de genre dans son travail. Le président de l'organisme de régulation de l'enseignement supérieur a cité des aspects du document “non appropriés à nos valeurs” comme motif de son retrait.

Le Collectif des femmes à l'université, un groupe fondé en 2007 par des étudiantes, a raconté à Global Voices que les campus universitaires turcs étaient des lieux de plus en plus craints par de nombreuses femmes. “Les étudiantes de la faculté se préviennent mutuellement de ne pas entrer seules dans le bureau des professeurs,” a révélé par téléphone une porte-parole du collectif à Global Voices.

Professeur violeur Les deux frères sont professeurs dans la même université. Ils sont mis en cause dans plusieurs affaires. Ils côtoient des étudiantes depuis des années sans être sanctionnés et ils continuent de commettre des crimes.

Trop c'est trop. Punissez ces criminels.

La cellule contre le harcèlement sexuel de l'université d'Ankara, créée en 2011 suite à une multiplication des cas d'abus sexuels dans les universités, s'est engagée à continuer à enquêter sur les plaintes et à tenter de porter des affaires devant les tribunaux.

Mais la coordinatrice de la cellule, Gülriz Uygur, qui est professeure de droit à l'université, affirme que les victimes d'abus sont souvent réduites au silence.

“Les étudiantes ne peuvent se plaindre auprès de nous des cas d'abus sexuels auxquels elles sont confrontées, car elles sont sous la pression des notes et elles ont peur”, explique Gülriz Uygur au journal Hurriyet.

Cette année, les accusations de prédation sexuelle dans les établissements d'enseignement supérieur turcs ne se sont pas limitées à la capitale. Une université de la plus grande ville du pays, Istanbul, l'université privée Koç, a été frappée par un scandale monstre en mars après qu'un étudiant accusé d'avoir abusé sexuellement d'une camarade s'est vu infliger comme seule sanction une suspension de trois mois.

L'université Koç dissimule la violence et les abus. Nous ne sommes pas en sécurité sur les campus.

Le même mois, des étudiants de l'université Dokuz Eylul dans la troisième plus grande ville du pays, Izmir, ont protesté contre le directeur du département de sociologie, le professeur İbrahim Kaya, qui selon eux commet de manière systématique des abus sur des étudiantes depuis 2014.

Des étudiantes ont collé des slogans parmi lesquels “Nous ne voulons pas d'un professeur-agresseur” sur les murs de l'établissement. Elles se préparent à présent à déposer une plainte au pénal contre Ibrahim Kaya.

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