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Le Myanmar coupe l'accès à Internet en zones de conflits dans les Etats de Rakhine et Chin

Une famille Rohingya à Sittwe, la capitale de l’État de Rakhine. Photo de DYKT Mohigan, Flickr (CC BY 2.0)

Cet article est écrit par un auteur birman qui a préféré rester anonyme pour raisons de sécurité.

Le 21 juin, le gouvernement du Myanmar (Birmanie) a coupé l'Internet pour une durée indéfinie à certains endroits des États de Rakhine et Chin au prétexte du maintien de l'ordre et de la tranquillité dans ces zones.

Les entreprises de télécommunications Telenor, Ooredoo, Myanmar Post and Telecommunication (MPT) et MyTel ont reçu l'ordre [EN] du gouvernement de couper Internet dans huit lieux dans le Rakhine, État de l'Ouest du Myanmar et un lieu dans l'Etat de Chin au Nord du Myanmar. Les appels vocaux et SMS restaient accessibles. Lors de la rédaction de cet article, Internet est toujours inaccessible et il n'y avait aucune annonce quant au rétablissement des services.

Le Secrétaire permanent du Ministère des transports et des communications, U Soe Thein, a expliqué [en birman] que cette mesure était prise pour “maintenir la sécurité, la tranquillité publique et l'ordre.” Depuis 2015, L’État de Rakhine et la partie au sud de l'Etat Chin ont été les lieux d'affrontements entre l'armée du Myanmar et le groupe ethnique armé Armée d'Arakan (AA) de Rakhine.

Créé en 2009 pour obtenir l'auto-détermination dans la région, l'AA est régulièrement en confit armé avec l'armée du Myanmar et les affrontements se sont intensifiés à partir d'août 2015. Les plus récents combats sont survenus en avril 2019.

L'Etat de Rakhine (anciennement Arakan) est une région pluri-ethnique à l'Ouest du Myanmar, avec une population d'environ 4 millions d'habitants principalement bouddhiste, tandis que les Rohingyas, une minorité musulmane vivant dans le même État, comptent environ 1 million de personnes. Le gouvernement du Myanmar ne reconnaît pas les Rohingyas en tant que groupe ethnique du Myanmar et beaucoup d'entre eux n'ont pas la citoyenneté birmane.

L’État de Rakhine a de nouveau attiré l'attention du monde lorsque l'armée du Myanmar a lancé une ‘opération de nettoyage’ contre l’Armée du salut des Rohingya de l'Arakan (ARSA) suite aux attaques [EN] menées par ces derniers le 25 août 2017. Ce conflit avec l'ARSA a conduit à des dizaines de morts et des villages Rohingyas brûlés, forçant des dizaines de milliers de personnes à fuir et chercher refuge dans le pays voisin, le Bangladesh.

Dans la nuit du 21 juin, les opérateurs mobiles ont publié des messages informant leurs utilisateurs que “internet et les services de données sont indisponibles temporairement suite à l'ordre du Ministère des transports et des communications. Les appels vocaux et les SMS continuent de fonctionner.” Capture d'écran provenant du Narinjara News.

D'après l'article de loi 77 (2017) du Code des télécommunications, le gouvernement du Myanmar est habilité à travailler de concert avec les fournisseurs de services pour contrôler ou interrompre les services de communication pour le bien commun. Maung Saungkha, de l'organisation pour la liberté d'expression au Myanmar Athan, rappelle que les coupures d'Internet ne sont pas un phénomène nouveau au Myanmar, citant l'exemple de la décision du gouvernement d'interrompre l'accès à Internet en réponse aux manifestations anti-gouvernementales de 2007 (connues sous le nom de révolution de safran). Saungkha avertissait que l'interruption des connexions aux données mobile et Internet pourrait être le préambule à davantage de violations des droits de l'homme, incitant le gouvernement à ne pas être complice de ces violations et à lever les restrictions à l'accès Internet pour permettre aux gens de partager des informations concernant leur situation.

Aucune raison n'a été avancée par le gouvernement précisant pourquoi Internet devait être interrompu à ce moment-là. Des avocats locaux voient dans cette mesure une tactique pour restreindre les communications locales et empêcher de diffuser les récentes informations provenant du terrain au sujet de l'état de ces conflits. Si les appels vocaux et messages SMS peuvent être interceptés, les applications Internet d'envoi de messages cryptés sont plus difficiles à contrôler. Au cours d'une récente conférence de presse, un porte-parole de l'armée réfutait connaître les détails de cet ordre restreignant l'accès à Internet.

Le 24 juin, trois jours après la coupure, un groupe d'organisations de la société civile situé dans la seconde capitale du Myanmar, Yangon, a publié un communiqué collectif appelant le gouvernement à lever les restrictions à Internet dans les zones concernées et réviser les lois existantes autorisant de telles mesures. En outre, le Parlement de l’État de Rakhine a envoyé une requête en urgence au Parlement de l'Union du Myanmar pour lever immédiatement les restrictions.

Bien que l'agence d'informations locale Narinjara relaie les informations concernant les civils victimes et même les arrestations de civils accusés par le gouvernement d'être en liés à l'Armée d'Arakan (AA), les affrontement dans Rakhine demeurent sous-médiatisés par les médias nationaux. La région est par ailleurs inaccessible à de nombreux réseaux de médias traditionnels car le gouvernement ordonne de retenir les informations concernant les affrontements armés et les opérations militaires, particulièrement celles ayant impliqué des Rohingyas. Cela explique en partie pourquoi la coupure d'Internet durant des jours dans une région importante du pays n'a eu qu'une couverture médiatique minimale et a soulevé peu de réactions du public.

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