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Netizen Report : le blocage des communications au Cachemire se poursuit

Une manifestante cachemirie met au défi un policier de l’empêcher d’avancer durant une période de restrictions imposées en 2017 à Srinagar, la plus grande ville de l’État. Photographie d'Ieshan Wani, utilisée avec autorisation.

Le Netizen Report d’Advox offre un aperçu des défis à relever, des victoires obtenues et des tendances émergentes en matière de technologie et de droits humains dans le monde. Cette édition couvre des informations et événements qui concernent la période du 9 au 21 août 2019. Sauf mention contraire, les liens renvoient à des pages en anglais.

Le Cachemire indien subit un blocage des télécommunications depuis le 5 août, date à laquelle le gouvernement indien a décidé de révoquer le statut spécial d’autonomie de la région.

Les mouvements de protestation qui s’en sont suivis ont conduit à de violents affrontements entre les manifestants et l’armée indienne ainsi qu’avec la police, deux forces très présentes dans la rue. Des centaines de manifestants et de personnes prises dans la bagarre ont été mis derrière les barreaux depuis le 5 août.

Dès le 4 août, le groupe de recherche sur la censure en ligne avait fait part, via Twitter, de graves perturbations du réseau Internet déjà en cours :

Urgent : de graves perturbations de l’Internet ont été enregistrées à Srinagar, au Cachemire, et l'accès au réseau principal est en grande partie bloqué par l'Inde depuis 18h00 UTC. Ce blocage constitue un risque immédiat pour la sécurité et les droits des individus ; incident en cours

Les coupures Internet n’ont rien de nouveau pour les Cachemiris : la région peut se prévaloir du titre douteux d’avoir enduré en 2018 et 2019 le plus grand nombre d’incidents de ce genre, de courte et moyenne durées, que partout ailleurs dans le monde.

Cependant, le blocage des communications ne se limite pas à l’accès à l’Internet. Pendant 12 jours d’affilée, les services de téléphonie mobile, et même de téléphone fixe, ont été coupés, laissant les Cachemiris isolés des régions voisines comme du reste du monde. Un reportage de l’Agence France Presse en date du 11 août décrivait les longues files d’attente formées des heures durant par les habitants de Srinagar, la plus grande ville de l’État, devant les institutions gouvernementales où ils étaient autorisés, à raison de seulement deux minutes par personne, à utiliser une ligne téléphonique extérieure.

Alors que l'accès à l’Internet reste interdit au Cachemire, de nombreux Pakistanais s’expriment sur Twitter pour dénoncer la tournure qu’ont pris les événements. Mais ils ont également été ciblés par la censure ; des journalistes, des activistes et même les autorités gouvernementales pakistanaises ont signalé la suspension de nombreux comptes suite à des tweets en faveur des droits des Cachemiris ou critiquant les actions du gouvernement indien dans la région.

Le 12 août, le ministre de l’Intérieur indien a demandé à Twitter de « suspendre » huit comptes accusés de propager de la « désinformation et [des] rumeurs troublant la paix et le calme » au Cachemire. Le 20 août, la Pakistan Telecommunication Authority a envoyé une réclamation auprès de la plate-forme en affirmant que deux cents comptes avaient été suspendus à tort et, apparemment (selon les autorités pakistanaises), après avoir émis des tweets concernant le Cachemire ou témoignant de solidarité envers les Cachemiris.

L’accès à YouTube et à d’autres services de Google bloqués en Algérie

La connexion à YouTube et aux autres services proposés par Google a été impossible pendant plusieurs heures en Algérie le 18 août. La panne semble avoir été provoquée par une vidéo devenue virale montrant l'ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar, appelant l’armée à « concrétiser les revendications du peuple », un message qui semblait témoigner de son soutien aux demandes d’éviction du général Ahmed Gaid Salah. Les manifestations qui ont débuté en mars en Algérie ont conduit à la démission du dirigeant de longue date Abdelaziz Bouteflika.

Un activiste nigérian arrêté après avoir appelé à manifester sur les réseaux sociaux

Omoyele Sowore, militant connu dans le domaine des droits humains et responsable du média en ligne d’investigations Sahara Reporters, a été arrêté le 3 août dernier [fr] par les services de sécurité nigérians après avoir appelé à un mouvement de protestation d’envergure nationale contre la mauvaise gouvernance. Utilisant le mot-clic #RevolutionNow, Sowore a évoqué les multiples conflits armés en cours dans le pays et leurs conséquences meurtrières pour les civils. « Le Nigéria a échoué en tant qu’État et tant que nous n'aurons pas franchi cette étape nécessaire [celle d’un mouvement de protestation coordonné]… le Nigéria ne pourra pas réaliser son plein potentiel. »

Il a été emprisonné en vertu de la loi anti-terrorisme de 2011, qui autorise le Département de la sécurité d’État, service de renseignement chargé de la sécurité intérieure du Nigéria, d’arrêter quiconque ayant prévu de commettre « un acte de violence ». S’il est inculpé et reconnu coupable, Sowore risque la prison à vie, une amende, ou les deux. Malgré son arrestation, des manifestations ont continué d’avoir lieu à travers le pays, dans quatre États et dans la capitale Abuja.

Après avoir été condamné à mort, un blogueur mauritanien est finalement libéré

Le blogueur mauritanien Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir, qui avait été condamné à mort [fr] en 2014 pour apostasie suite à une tribune qu’il avait publié dans le journal en ligne Aqlame [ar], est sorti de prison [fr] le 29 juillet dernier. Bien que sa peine ait été réduite en appel en 2017, il était resté emprisonné depuis son arrestation il y a cinq ans. Dès sa libération, il a été transféré dans un autre pays pour des raisons de sécurité.

Dans son article, Ould Mkhaitir critiquait le recours à la religion pour justifier le système de castes discriminatoire en place en Mauritanie, tout en citant des exemples extraits de la vie du prophète Mohammed. Sa libération est intervenue deux jours seulement avant l’investiture [fr] du nouveau président mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani.

Les autorités chinoises contrôlent les téléphones des Hongkongais à la frontière avec la Chine continentale

Depuis début juillet 2019, sur les réseaux sociaux, les résidents de Hong Kong font état de contrôles de leurs téléphones portables lorsqu'ils se rendent en Chine continentale. La police des frontières semble fouiller les appareils à la recherche de photos, de vidéos et de discussions en ligne en lien avec le mouvement d’opposition à l’amendement de la loi d’extradition. Les voyageurs dont il est prouvé qu’ils se sont joints à des manifestations sont soumis à un interrogatoire supplémentaire. Certains ont été contraints d'écrire des lettres attestant qu’ils ne participeraient plus aux manifestations à l’avenir. Il est arrivé au moins une fois [zh] que la police procède à un prélèvement d’ADN sur un individu identifié comme étant un participant actif aux manifestations.

A Cuba, une nouvelle réglementation pourrait signer la fin du plus important réseau local

Deux nouvelles résolutions du ministère des Communications de Cuba ont placé les réseaux locaux (des réseaux IP, souvent appelés LAN pour Local Area Network, qui n’utilisent pas l’accès à Internet) sur la défensive. Les résolutions 98 et 99 [es] imposent en effet de sévères restrictions à ce type de technologie et exigent de quiconque voulant s’en servir d’obtenir au préalable un permis délivré par l’État.

Ces décisions pourraient obliger [es] des dizaines de réseaux locaux à fermer à travers le pays ; parmi eux le plus large réseau local autonome de Cuba, le SNET, opérationnel depuis quinze ans et utilisé par près de 40 000 personnes [es] à La Havane. Développé à l'origine par des amateurs de jeux vidéos et des jeunes étudiants en informatique, le réseau comprend désormais des réseaux sociaux locaux, des blogs, des plate-formes pour l’achat et la vente de biens, ainsi qu'une version statique de Wikipedia.

Le SNET est depuis longtemps accessible à toute personne ayant un ordinateur et pouvant se brancher à l’un des câbles aériens visibles depuis la rue et reliant les immeubles d’habitation entre eux. Mais la nouvelle réglementation risque bien de signer la fin de la seule alternative au manque d’accès à Internet à Cuba.

La Russie fait pression sur Google pour empêcher la diffusion de vidéos montrant des manifestations « illégales »

Le régulateur des médias russes fait pression sur Google pour que cesse l’envoi de notifications et autres modes de promotion des vidéos et diffusions en direct des mouvements de protestation considérés par les autorités comme illégaux. Le 10 août, des manifestations se sont déroulées à Moscou pour réclamer des élections libres et régulières, suite à l’éviction de plusieurs candidats de l’opposition pour la prochaine élection.

Google revient en Égypte malgré les craintes de pression

Google a décidé de ré-ouvrir ses bureaux en Égypte, fermés depuis leur déménagement à Dubaï, en 2014, suite au coup d’État [fr] ayant conduit l’année précédente l’ancien général Abdel Fattah Al Sisi au pouvoir. Une décision qui s’appuie sur le constat d’un retour à la stabilité dans le pays, malgré les mises en garde d’activistes craignant que l’entreprise et ses employés ne subissent des pressions de la part du gouvernement, comme ce fut le cas en Chine jusqu’à leur transfert de Beijing vers Hong Kong en 2010.

Comment les autorités turques profitent des règles de Twitter relatives au contenu dont l'accès a été restreint à la demande d’un pays

Le 4 août, un tribunal d'Ankara a ordonné à Twitter de suspendre quatre comptes d’utilisateurs pour des raisons de sécurité nationale et de protection de l’ordre public. Les comptes appartiennent respectivement à un membre de l’opposition, à un groupe de musique et à deux entités liées au mouvement de protestation du parc Gezi en 2013.

Twitter ne s’est pas encore plié à l’injonction, mais si rien n’est fait, le réseau social risque d’être bloqué en Turquie. En 2014, le gouvernement turc avait ainsi bloqué la plate-forme suite à la diffusion via plusieurs comptes d’enregistrements audio mettant en cause des proches de Recep Tayyip Erdoğan, alors Premier ministre et devenu depuis président de la République, dans une affaire de corruption. A l’époque, le gouvernement avait argué du fait que Twitter n'avait pas réagi aux décisions de justice demandant la suppression de plusieurs liens enfreignant selon lui des lois turques.

Twitter supprime des comptes basés en Chine ayant tenté de « semer la discorde » à Hong Kong

Le 19 août, Twitter a suspendu 936 comptes d’utilisateurs basés en Chine continentale qui « tentaient de semer la discorde politique » à Hong Kong, ce en lien avec le mouvement d’opposition à l’amendement de la loi d’extradition. Après avoir enquêté sur les activités de ces comptes, Twitter en a conclu que les informations véhiculées étaient manipulées par l'état chinois et enfreignaient différentes règles de la plate-forme. Parallèlement à l’annonce de la suspension des comptes, la société a fourni un dossier complet sur ces derniers contenant l’historique des messages.

Bien que Twitter soit bloqué en Chine depuis 2009, l’entreprise a fait valoir que certains des comptes incriminés avaient accédé à la plate-forme à partir d'adresses IP non bloquées originaires de Chine continentale. Par ailleurs, les 936 comptes n'étaient que les plus actifs des 200 000 comptes du vaste réseau créé dans le cadre de cette opération.

Twitter entend empêcher certains États de faire de la publicité

Peu après avoir suspendu des centaines de comptes pro-Beijing pour leurs activités liées à l’actualité à Hong Kong, Twitter a annoncé son intention d’empêcher certains médias contrôlés par les États d’acheter de la publicité sur sa plate-forme. La société précise que cette nouvelle politique n’empêchera pas ces médias de tweeter, mais seulement d’acheter des publicités.

Quels types de médias seront concernés ? Un communiqué officiel affirme que la règle « ne s'appliquera ni aux entités financées par les contribuables, ni aux radios et télévisions publiques indépendantes », mais aux « médias contrôlés financièrement ou éditorialement par un État ». Cela pourrait laisser la place à des failles dans une zone juridique floue, et soulèvera probablement de nouvelles questions quant à la prétention des sociétés privées à porter un jugement sur des propos émanant d’entités financées par des fonds publics.

 

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Afef Abrougui, Nwachukwu Egbunike, L. Finch, Rezwan Islam et Oiwan Lam ont contribué à cette édition du Netizen Report.

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