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Historiens et archivistes remplissent les registres de la partition des Indes de 1947

Capture d'écran de la page web du site “1947 Partition Archive”

Sauf mention contraire, tous les liens associés renvoient à des pages en anglais.

Personne ne savait ce qu'apporterait la l'indépendance de l'Inde [fr] du règne britannique qui eut lieu en 1947, mais peu aurait deviné qu'elle conduirait à une séparation violente [fr] déplaçant quatorze millions de personnes et aboutirait à des décennies de rivalité entre deux puissances nucléaires.

Depuis, chaque mois d'août, aussi bien en Inde qu'au Pakistan, les écoliers chantent des hymnes, les politiciens prononcent des discours, et les militaires paradent non seulement pour célébrer l'indépendance des deux nations du Raj britannique [fr], mais aussi leur séparation l'un de l'autre le 14-15 août 1947.

La partition eut lieu lorsque les Britanniques, qui se débattaient dans un empire coûteux et trop étendu, annoncèrent [fr] après la Seconde Guerre Mondiale que la région, qui était de plus en plus instable par les tensions religieuses, devenait indépendante. Rien que l'année précédente, des émeutes religieuses avaient eu lieu en masse entre hindous, sikhs et musulmans dans les rues de Calcutta, tuant quatre mille personnes en 72 heures.

Le 8 juillet 1947, un avocat britannique [fr] arriva en Inde, chargé de définir les nouvelles frontières. C'était son toutpremier voyage dans la région, et il compléta sa mission en quelques semaines. Il en résulta la naissance du Pakistan, avec ses parties orientale et occidentale de part et d'autre de l'Inde nouvellement indépendante.

Plan montrant la partition des Indes en 1947. Cliquer sur l'image pour agrandir l'image. Image via Wikipedia. CC BY-SA 4.0

Il existe aujourd'hui une grande confusion entre les historiens concernant cette période. Des violences de masse commencèrent au même moment que des déplacements de population sans précédent de part et d'autre des frontières nouvellement définies. Hindous et sikhs se relocalisèrent en Inde, et les musulmans au Pakistan.

Aanchal Malhotra, une historienne basée en Indequi recueille des témoignages oraux et  étudie la partition depuis 2013, explique :

Many people didn't quite understand what was happening when the partition was happening. They didn't quite understand the reasons they migrated. For example, my own grandmother doesn't quite understand the intricacies of politics but she migrated all the way from the northwestern frontier [in modern-day Pakistan] province to Delhi.

I think it's interesting that an entire population can be forced to migrate to a place where they don't want without quite understanding what was happening.

De nombreuses personnes n'ont pas bien compris ce qui se passait quand la partition a eu lieu. Ils ne comprenaient pas les raisons pour lesquelles ils migraient. Par exemple, ma propre grand-mère ne comprend pas bien la complexité politique mais elle a quitté la zone de la frontière du nord-ouest [du Pakistan aujourd'hui] et est allée jusqu'à Delhi.

Je trouve cela intéressant qu'une population entière puisse être forcée à migrer vers un lieu qu'ils ne souhaitent pas, sans vraiment comprendre ce qui se passe.

Aanchal Malhotra qui recueille le témoignage de sa grand-mère. Image utilisée avec autorisation.

L'histoire de la grand-mère de Mme Malhotra est loin d'être rare :

My grandmother said once to me: ask me quickly before I forget. Otherwise it would die with me, she said. As if she was just waiting for me to ask her her story. And I'm glad that there are people that are brave enough to talk about what happened because partition continues to be a wound in so many people's minds and hearts.

Ma grand-mère m'a dit une fois : interroge-moi rapidement avant que j'oublie. Sinon mon histoire disparaîtra avec moi, avait-elle dit. Comme si elle attendait de moi que je lui demande son histoire. Et je me réjouis de voir qu'il existe des personnes assez courageuses pour parler de ce qu'il s'est passé, car la partition continue à être une blessure dans les esprits et les coeurs de trop de personnes.

En deux mois de temps durant l'été 1947, le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estime que près de quatorze millions de personnes ont quitté leur foyer. Le nombre de personnes tuées à cette période est estimé entre deux cent mille et deux millions.

Aanchal Malhotra ajoute :

You know, people always say in interviews that there was a madness in the end. Nobody understood what was happening. One day you were in India and the next day it was called Pakistan, but you had to leave. I think that the sense of misinformation is quite staggering.

Vous savez, les gens disent toujours lors des entretiens qu'il y avait de la folie à la fin. Personne n'avait compris ce qui se passait. Un jour, vous étiez en Inde et le jour suivant on l'appelait le Pakistan, et vous deviez partir. Je pense que le sentiment de désinformation était ahurissant.

Mais l'échelle des violences n'a jamais été largement médiatisée. D'après Faisal Choudhry, professeur d'histoire de l'Asie du Sud au Pakistan, une raison possible pour cela est que les versions officielles de ces événements ont été écrites par les Britanniques :

They wanted to portray independence. . . as a victory for everyone and to show that the British, after 200 years of colonial rule, were departing on a positive note. Highlighting the bloodshed — and the intensity of it — would take away from that.

Ils souhaitaient décrire l'indépendance […] comme une victoire pour tout le monde et montrer que les Britanniques, après 200 ans de règle coloniale, partaient sur une note positive. Mettre en évidence les massacres (et leur intensité) ne le leur aurait pas permis.

Overcrowded train transferring refugees during the partition of India, 1947. This was considered to be the largest migration in human history. Image via Wikipedia. Public Domain

Des trains bondés par le déplacement des réfugiés durant la partition, 1947. Ceci a été considérée comme la plus grande migration dans l'histoire humaine. Image de Wikipedia. Domaine public.

Dans la région, cela peut être aussi dû au fait que l'Inde et le Pakistan ne savent toujours pas comment discuter de ces horreurs sans remettre la partition en question. Il ajoute :

Both countries, as they are today, wouldn’t exist if the partition didn’t take place, which might be why their official history records don’t dwell too much on the horrors that took place. And as for the people who lived through it —and are still living through it — maybe recalling raises questions that nobody has the answers to. Why did madness take over completely suddenly?

Les deux pays, tels qu'ils sont aujourd'hui, n'auraient pas existé si la partition n'avait pas eu lieu. C'est peut-être pourquoi leurs archives officielles ne s'éternisent pas beaucoup sur les horreurs qui se sont produites. Et quant aux personnes qui l'ont vécu (et qui vivent toujours avec), se souvenir pourrait soulever des questions auxquelles personne n'a de réponses. Pourquoi la folie a-t-elle soudainement pris le dessus?

Les historiens comme Aanchal Malhotra travaillent avec les survivants de la partition pour les faire se rappeler ces événements et préserver leurs histoires.

Obviously, the academic history or the official histories that we learn in our textbooks are not as inclusive as we would like them to be, and I think at some point what they also do is to put every experience of partition under the blanket.

Il est évident que l'histoire académique ou les histoires officielles que nous apprenons dans nos livres ne sont pas aussi complètes que nous le souhaiterions, et je pense qu'à un moment donné ce qu'ils font aussi, c'est de cacher certains témoignages de la partition.

Les archivistes, aussi bien professionnels qu'amateurs, collectent des vidéos et des témoignages oraux sur les horreurs pour capter toute la profondeur que l'histoire académique a manqué.

L'un des plus grands projets en cours est la collecte d'histoires orales qui, une fois terminée, inclura au moins dix mille entretiens oraux de témoins survivants. En sept ans, plus de huit mille entrevues ont déjà été menées et plus de trente mille documents numériques et photographies ont été collectés auprès des survivants de la partition.

“Une carte du passé, une carte du bonheur, une carte qui appartient à ma seule génération. Je ferme les yeux et je peux la voir. C'était ma maison, c'était ma ville, c'était mon État.” Tiré d'un post Instagram d'Aanchal Malhotra. Utilisée avec permission.

Les entretiens (dont une partie peut être vue en streaming sur le Répertoire numérique de la bibliothèque de l'université de Stanford) font partie de la collection des Archives de la partition de 1947, qui réunit les histoires orales sur une plate-forme collaborative en ligne.

Pour Priya Satia, historienne à Stanford :

Preserving this history will help us understand why and how the largest mass migration in history happened, why it was so violent, and what its impact has been on the lives of those who lived through it and for the region as a whole. It also helps us capture the social and cultural world lost as a result of that migration. It helps us understand the formation of Pakistan, Bangladesh, and modern India, and the national and religious identities of those who live in these countries as well as the conflicts within and between them, including the struggle over Kashmir (and its nuclearization).

Préserver cette Histoire nous permettra de comprendre pourquoi et comment la plus grande migration en masse de l'Histoire a pu avoir lieu, pourquoi elle a été aussi violente, et son impact sur les vies de ceux qui l'ont vécue et pour la région dans son ensemble. Cela nous aidera aussi à retrouver le monde social et culturel qui a été perdu suite à ces migrations. Cela nous aidera à comprendre la formation du Pakistan, du Bangladesh et de l'Inde moderne, et les identités nationales et religieuses de ceux qui vivent dans ces pays, des conflits en leur sein et entre eux, dont le conflit concernant le Cachemire (et et sa nucléarisation).

Bien qu'il ne soit pas certain qu'un regard nuancé sur l'histoire commune du Pakistan et de l'Inde puisse amener une nouvelle perspective aux relations entre ces deux rivaux, les archivistes sont  naturellement impatients d'enregistrer les témoignages des survivants d'un événement vieux de soixante-douze ans.

Note : les entretiens de ce billet ont été réalisés par courriel et téléphone.

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