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Trois affaires de fraude en ligne au Nigeria, la réputation du pays mise à mal

Photographie de Mike Lawrence/CreditDebitPro. (CC BY-SA 2.0)

Récemment, le Nigeria s'est trouvé sous le feu des projecteurs, mais pour de mauvaises raisons. En l'espace de quelques semaines, les médias internationaux ont couvert trois grandes affaires de fraude en ligne commises par des Nigérians.

La première implique un jeune et célèbre entrepreneur nigérian, arrêté par le Bureau fédéral des investigations (FBI) pour hameçonnage en ligne d'une entreprise anglaise. La seconde dénonce des escroqueries financières orchestrées par des employés de Jumia, une plateforme africaine de commerce en ligne qui opère dans toute l'Afrique. La troisième implique quatre-vingt Nigérians arrêtés par le FBI pour fraude en ligne et blanchiment d'argent.

Nigeria, tu as un sérieux problème sur les bras. En moins d'une semaine :
– Le “PDG Forbes” escroc a été arrêté
– La fraude de Jumia attribuée aux Nigérians
– 80 personnes mise en examen pour fraude à L.A

De Forbes au détenu du FBI

Obinwanne Okeke, plus connu sous le nom d'Invictus Obi, a été arrêté par le FBI le 6 août 2019 à Alexandrie, dans l’État de Virginie. Il est accusé de complot en vue de commettre une fraude par le biais d'une escroquerie impliquant son entreprise. Son entreprise, Invictus Group, a des intérêts financiers dans la construction, l'agriculture, le pétrole et le gaz, les lignes téléphoniques et les biens immobiliers.

Obinwanne Okeke, “Invictus Obi”. Copie d'écran de WithinNigeria

Célébré comme l'un des plus jeunes entrepreneurs d'Afrique, O. Okeke est apparu sur la liste des personnalites de moins de trente ans de Forbes en 2016.

Il a été arrêté dans le cadre du piratage d'un compte e-mail appartenant à un dirigeant de Unatrac Holding Ltd., une entreprise de sidérurgie, qui a donné lieu à une fraude de onze million de dollars. Selon la déclaration sous serment citée par Sahara Reporters :

Unatrac’s Chief Financial Officer received a phishing email containing a web link purportedly to the login page of the CFO’s online email account hosted by Microsoft Office365. When the CFO opened the link, it instead led him to a phishing website crafted to imitate the legitimate Office365 login page. Believing the page to be real, he entered his login credentials, which were captured by an unknown intruder who controlled the spoofed web page.

Le directeur financier d'Unatrac a reçu dans un e-mail d’hameçonnage un lien qui renvoyait à la page d'identification de son compte e-mail, hébergé par Microsoft Office365. Lorsqu'il a cliqué sur le lien, celui-ci l'a amené vers un site d'hameçonnage imitant la véritable page de connexion. Croyant que la page était réelle, il a entré ses identifiants, qui ont été interceptés par un intrus anonyme qui contrôlait la page factice.

Cette enquête de treize mois, qui a commencé en juillet 2018, a finalement menée à l'arrestation de M. Okeke.

L'affidavit d'Invictus Obi démontre ce que j'ai toujours dit, que les fraudeurs Nigérians qui font le 419 [fr] sont sommaires. Leurs victimes aussi sont simplettes. Comment une compagnie ayant un directeur financier qui peut autoriser des transferts de millions de dollars peut-elle n'avoir aucune sécurité sur ses terminaux ni d'autorisation de transaction ?

“Pratiques de vente abusives”

Jumia, la plus grande plateforme de commerce en ligne d'Afrique, a révélé dans son bilan du deuxième trimestre publié le 21 août 2019 qu'elle a “renvoyé et suspendu des employés après des enquêtes sur des pratiques de vente abusives” dans ses opérations au Nigeria.

Marketwatch a publié que Jumia a “trouvé des cas où des agents de vente indépendants et des vendeurs travaillaient avec des employés afin de tirer profit de ce que les vendeurs payaient pour utiliser la plateforme en ligne et des commissions que les agents percevaient.” Selon Bloomberg, l'arnaque “s'élève à plus de 4% du chiffre d'affaires du premier trimestre”.

Le rapport a révélé que Jumia avait :

…received information alleging that some of our independent sales consultants, members of our JForce programme in Nigeria, may have engaged in improper sales practices. In response, we launched a review of sales practices covering all our countries of operation and data from January 1, 2017 to June 30, 2019. We have terminated the employees and JForce agents involved, removed the sellers implicated and implemented measures designed to prevent similar instances in the future.

… reçu une information selon laquelle certains de nos consultants de vente indépendants, membres de notre programme JForce au Nigeria, se seraient livrés à des procédures commerciales abusives. En réponse, nous avons lancé une révision des pratiques commerciales couvrant l'ensemble de nos pays d'implantation et des données depuis le 1er janvier 2017 jusqu'au 30 juin 2019. Nous avons licencié les employés et les agents Jforce en cause, ainsi que les vendeurs impliqués, et avons mis en place des mesures visant à empêcher des cas similaires de se reproduire.

L'entreprise Jumia basée à Berlin et surnommée “l'Amazon d'Afrique” a été lancée à Lagos au Nigeria en 2012 et opère dans plusieurs pays africains. Le cours des actions de la société, côtée à la bourse de New-York depuis avril 2019, a chuté après la publication du bilan du deuxième trimestre.

Une fraude en ligne “sophistiquée”

80 Nigérians arrêtés dans une réseau fraude de plusieurs millions.

DES ACCUSÉS AUX ÉTATS-UNIS ET AU NIGER, DONT 11 DANS LE COMTÉ DE LOS ANGELES, ACCUSÉS DE COMPLOT DE CYBERFRAUDE POUR VOLER DES MILLIONS DE DOLLARS .

Le 22 août, le Nigeria a de nouveau fait la une sur plusieurs chaînes d'information américaines à propos de l'enquête de trois ans menée par le FBI. La chaîne CNN a découvert une “vaste conspiration qui a abouti à des vols de millions de dollars de personnes âgées et d'entreprises par le biais de diverses escroqueries, et au blanchissement de l'argent volé”. La plupart des quatre-vingt personnes accusées étaient des Nigérians, et un des gros titres paru sur le site internet de CBS Los Angeles qualifiait la série d'escroqueries de “système de fraude en ligne nigériane sophistiquée et de blanchiment de capitaux”.

D'après CBS, “les accusés ont ciblé des victimes aux États-Unis et dans le monde avec des escroqueries sentimentales et en usant de faux e-mails d'entreprises connues dans le but d'obtenir de l'argent envoyé par les victimes sous de faux prétextes.”

Le FBI a déclaré que les systèmes utilisés avaient donné lieu à un transfert frauduleux d'au moins six millions de dollars.

Au cas où vous l'auriez manqué :

Quelques jours à peine après l'arrêt d'Invictus Obi, le FBI a mis en examen 80 Nigérians liés à ce qu'ils ont décrit comme la “plus grande fraude” de l'histoire des États-Unis !

L'escroquerie en ligne [fr], connue sous le nom de “fraude du prince nigérian” ou “arnaque 419″ (en référence à la section 419 du Code criminel nigérian qui prévoit une peine pour “obtention de biens pour de faux prétextes”) cible des personnes par e-mails commerciaux ou sentimentaux. Les victimes, peu méfiantes, envoient alors de l'argent aux fraudeurs qui disparaissent en suite sans laisser de trace.

Les quatre-vingt Nigérians impliqués dans la fraude ont été inculpés pour conspiration de fraude, détournement de fond et usurpation d'identité aggravée.

Entre honte et accusations ethniques

Ces évènements ont naturellement suscité un vif débat sur les réseaux nigérians. Certains ont exprimé leur embarras :

Je regarde en ce moment sur ABC un dossier de presse du FBI de Los Angeles au sujet des groupes de fraude nigérianes. Un déchirement pour ce pays, ceux que l'on appelle les yahoo boys ont détourné 1,1 milliards de dollars aux Américains entre janvier et juillet. C'est un désastre !

D'autres ont cependant engagé un facteur ethnique, à savoir qu'Obinwanne Okeke et la plupart des qautre-vingt Nigérians arrêtés à Los Angeles sont des Igbos du sud-est du Nigeria. Le hashtag #IgboYahooboys est devenu à la mode sur Twitter.

Ces #IgboYahooBoys continuent de faire honte à notre pays, ils ne cessent de le traîner vers l'arrière. Lisez la liste, sur les 77 Nigériens pas un seul n'est du nord, imaginez s'ils l'étaient.

77 Nigérians inculpés par le FBI pour fraude massive et pas un seul n'est du nord. Les gros titres auraient dû être “77 nordistes, inculpés par le FBI pour fraude massive” si les responsables avaient été du nord. Mais depuis #IgboYahooBoys ce sont des Nigérians tout court.

Sur Twitter, Emecheta's Buchi avertit cependant que le situation est en train de tourner à la chasse tribale :

La dernière chose dont nous avons besoin ici est d'en faire une affaire tribale.

Très vite, les gens se défendront, tout le monde développera une mentalité de domination et cela dégénérera en une chasse aux sorcières dans laquelle chaque tribu se montrera plus dégénérée que l'autre.

Résistez à la tentation.

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