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Les réfugiés burundais en Tanzanie risquent d'être rapatriés de force

Vue aérienne du camp de réfugiés burundais de Lusenda, Sud-Kivu, République démocratique du Congo, août 2015. Photographie : MONUSCO / Abel Kavanagh via Flickr CC BY 2.0.

[Sauf indication contraire, tous les liens sont en français]

Le ministre de l'Intérieur burundais, Pascal Barandagiye, s'est récemment rendu dans des camps de réfugiés tanzaniens pour exhorter ses compatriotes qui y vivent à rentrer au au pays car la “paix et la sécurité” sont de retour depuis la crise électorale de 2015 [en] lorsque le désir du président Pierre Nkurunziza de se présenter pour un troisième mandat a suscité de violentes manifestations.

Les Nations Unies ont enregistré 340 000 réfugiés burundais vivant dans la région, dont plus de 180 000 [en] en Tanzanie.

Alors que les autorités burundaises prônent un discours sur la paix et la sécurité avant les élections de 2020, divers médias, outre les Nations Unies et des organisations non gouvernementales (ONG), dénoncent la manière dont les services de sécurité continuent de réprimer la critique et l'opposition [en], de nombreux opposants et militants ainsi que des journalistes étant parmi ceux qui ont fui.

Le gouvernement a résisté aux tentatives de dialogue avec les opposants sous la médiation régionale. L'instabilité [en] et les sanctions qui en ont résulté ont entraîné des difficultés économiques auxquelles s'ajoute un “climat de peur” [en], comme l'a décrit International Crisis Group.

Les autorités tanzaniennes ont également appelé [en] au retour des réfugiés burundais, le gouvernement rappelant que la paix y était revenue. Le 25 août, les gouvernements du Burundi et de la Tanzanie ont annoncé la signature d'un accord prévoyant qu'à compter du 1er octobre, ils rapatrieront petit à petit tous les réfugiés burundais. Amnesty International a par la suite déclaré [en] que les retours devaient commencer bien avant la mi-septembre, “avec ou sans le consentement des réfugiés”.

Le 25 août, le ministre de l'Intérieur tanzanien, M. Kangi Lugola, a déclaré [en] que ceux qui empêcheraient les personnes de rentrer seraient “confrontés à la colère” du gouvernement du président John Magufuli.

De manière significative, cet accord a été signé sans le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). L’année dernière, le HCR et les deux gouvernements avaient envisagé de rapatrier 2 000 réfugiés par semaine, mais cela n’a pas été le cas.

Il est très regrettable que la Tanzanie coopère avec le Burundi pour tromper la communauté internationale que la paix va venir. Un retour forcé de réfugiés dans un Burundi non pacifique constitue non seulement une violation de la convention internationale relative aux réfugiés, mais aussi une cruauté envers l'humanité.

Le journal burundais Iwacu a rapporté que le ministre de l'Intérieur, M. Barandagiye, avait accusé le HCR de travailler de manière opaque et de “traîner les pieds” lors qu'il s'agit du retour des réfugiés. Lors d'une conférence de presse tenue le 27 août, il a tenté de réaffirmer le respect des droits des réfugiés rapatriés, selon SOS Médias Burundi.

Le gouvernement tanzanien a bien compris le discours du Burundi sur le “retour de la sécurité”. La première visite [en] du président burundais M. Nkurunziza à l'étranger après la crise de 2015 a eu lieu de l'autre côté de la frontière , en Tanzanie. Les réfugiés ont également depuis longtemps signalé des pressions exercées sur eux par les autorités tanzaniennes [en] pour qu’ils se fassent enregistrer “volontairement”.

La Tanzanie a également poussé les réfugiés [en] burundais à rentrer [en] chez eux en 2012, en particulier ceux du camp de Mtabila, malgré l'instabilité politique persistante au Burundi.

Dans les limbes des camps de réfugiés

Les Burundais vivent dans trois principaux camps de réfugiés dans le nord-ouest de la Tanzanie: Nyarugusu, Mtendeli et Nduta. De nombreuses restrictions (y compris en matière de circulation et de vente de marchandises) rendent la vie dans les trois camps difficile [en].

La plupart des habitants des camps sont enregistrés auprès du HCR. Cependant, 45 000 d'entre eux sont inscrits dans des programmes spécifiques au pays et 42 200 vivent en Tanzanie depuis des décennies et ne reçoivent plus d'assistance. En juillet, l'Organisation internationale pour les migrations a également signalé 109 372 personnes déplacées à l'intérieur du Burundi.

Selon le ministre de l'Intérieur burundais, certaines personnes ne sont pas enregistrés et risquent davantage d'être renvoyées de force, dont 15 000 vivant dans des camps en Tanzanie. Des milliers d'autres sont rentrées avec le temps, bien que le HCR rapporte [en] que les retours assistés en bus auraient été inférieurs en 2019 par rapport à 2018 et que les gens continuent d'arriver.

La population est confrontée à des conditions difficiles dans les camps du HCR, manquant de rations alimentaires et de ressources pour l'éducation. Le HCR n'a reçu que 22% [en] du financement demandé pour cette situation souvent oubliée. L'insécurité de la part d’assaillants non identifiés [en] autour des camps persiste, ciblant par exemple ceux qui vont chercher du bois de chauffage.

Non-refoulement

Le HCR et les ONG ne sont pas d'accord avec les pressions exercées sur les réfugiés pour les inciter à rentrer. La porte-parole du HCR Dana Hughes a déclaré qu'ils aideraient les personnes qui souhaitent rentrer, mais que les conditions [en] au Burundi ne sont toujours pas “propices à la promotion des retours”.

Le non-refoulement est un principe juridique international énoncé dans la Convention de 1951 sur les réfugiés [en] qui les protège contre le retour forcé dans des lieux où ils sont persécutés.

En septembre 2017, le rapatriement librement consenti [en] assisté a officiellement commencé, en coordination entre le HCR et les gouvernements tanzanien et burundais. À ce jour, 75 000 réfugiés au total sont rentrés des pays voisins, principalement pour les régions frontalières, la “grande majorité” des retours provenant de Tanzanie.

Cependant, le HCR a déclaré que des centaines de personnes quittaient encore [en] le Burundi chaque mois pour demander asile [en] auprès du HCR, par exemple en République démocratique du Congo, et cette organisation a souhaité que les frontières restent ouvertes et qu'une assistance soit fournie à ces réfugiés. 

Le blogueur Jean Marie Ntahimpera a déclaré que “au lieu de continuer d’intimider les réfugiés, la Tanzanie devrait plutôt les intégrer”, pour leur intérêt et celui de leur pays d'accueil.

Les risques du retour

Les tensions politiques, les informations faisant état d'atteintes aux droits humains et de difficultés économiques incitent les réfugiés à ne pas revenir chez eux, compte tenu des risques d'escalade [en] avant les élections de 2020. Les attaques contre les partisans de l'opposition [en], en particulier du parti Congrès national pour la liberté (CNL), et les bagarres entre militants, se sont poursuivies, faisant des blessés graves et des morts.

La Ligue Iteka, une organisation burundaise de défense des droits humains, a signalé que 264 personnes, en particulier des partisans de l'opposition, avaient été tuées en 2019, les corps souvent exposés en public et 576 cas documentés de disparitions forcées depuis 2015. Cette ONG constate également que la violence touche de plus en plus les femmes et les enfants.

Dans son dernier rapport du 4 septembre, les experts de la commission d'enquête des Nations unies ont parlé d'une “illusion de calme” créée par un climat de peur. Les violations des droits se produisent en toute impunité [en] contre opposants et critiques [en] du gouvernement, empêchant ainsi la tenue d'élections crédibles pour 2020. Les services de sécurité et l'Imbonerakure, l'aile jeunesse du parti au pouvoir, en sont les principaux responsables, les réfugiés récemment rentrés étant parmi les personnes ciblées, selon le rapport. M. Willy Nyamitwe, le conseiller présidentiel burundais, a qualifié celui-ci de mensonge raconté par ceux qui souhaitaient déstabiliser le Burundi, une réaction officielle similaire à d'autres informations.

Le CAVIB, un collectif d'avocats qui défend les droits des victimes burundaises, a annoncé qu'il envisageait d'intenter une action en justice au niveau régional pour mettre fin aux retours involontaires. Le ministre de l'Intérieur du Burundi a déclaré que le gouvernement la contesterait et l'emporterait.

Peu de temps après l'annonce, SOS Médias Burundi a annoncé que des tracts non signés avaient été distribués dans les camps, invitant les réfugiés à se préparer à quitter la Tanzanie pour demander asile dans un autre pays, faisant référence aux risques de violence chez eux.

Parmi les Burundais qui ont fui figure le CNARED (Conseil national pour le respect de l'accord d'Arusha), une coalition de l'opposition en exil. Récemment, certains membres de position ont changé d'avis et ont annoncé leur retour pour les élections de 2020, avec des garanties de sécurité de la part du gouvernement. Le président Nkurunziza a toutefois précisé que les mandats d'arrêt contre 34 personnes en exil (pour qui ces mandats sont politiques) resteraient en vigueur.

Avec des opposants qui manquent de poids et d'envergure internationale, le gouvernement ne semble pas vouloir faire des compromis.

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