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Pakistan : controverse autour de la burqa au Khyber Pakhtunkhwa

Des jeunes filles dans une école au Khyber Pakhtunkhwa, Pakistan. Photo de DFID publiée sur Flickr (BY SA 2.0).

La burqa est le voile islamique le plus couvrant. Il est conçu pour recouvrir les femmes de la tête aux pieds et comporte une grille de tissu au niveau des yeux leur permettant de voir. Bien que ce style de burqa soit souvent associé aux femmes en Afghanistan et dans quelques régions tribales du Pakistan, une photo récente d'élèves vêtues de burqas dans une école du district de Mardan, dans la province pakistanaise du Khyber Pakhtunkhwa (KP), a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux pakistanais et alimenté les critiques du conservatisme croissant dans les écoles.

Selon les informations disponibles, Muzafar Shah, ancien membre du conseil de district affilié au parti au pouvoir, le Pakistan Tehreek e Insaf (PTI), a distribué 90 burqas à des étudiantes. Le conseiller municipal a déclaré que son action s'inspirait de la récente directive de Ziaullah Bangash, le conseiller provincial pour l'éducation, qui a ordonné aux écolières de respecter le purdah [fr] (la pratique de l'isolement des femmes).

La volonté de rendre obligatoire le port de la burqa pour les filles est en pleine expansion au Khyber Pakhtunkhwa (KPK). Après que des écoles ont ordonné aux filles de porter des abayas. Un ancien membre du district affilié au PTI (parti Pakistan Tehreek e Insaf), Muzaffar Shah, a distribué des burqas parmi les élèves de l'école secondaire Cheena à Rustam, dans le district de Mardan.

La province du Khyber Pakhtunkhwa [fr], anciennement connue sous le nom de Province de la Frontière du Nord-Ouest (PFNO), est située au nord-ouest du Pakistan, le long de la frontière avec l'Afghanistan. Cette région, qui avait accueilli plus de cinq millions de réfugiés afghans affluant au Pakistan après l'invasion soviétique de l'Afghanistan en 1979, a été fortement touchée par le militantisme et le terrorisme. En 2013, la province s'est tournée vers un conservatisme national de droite lorsque le parti Pakistan Tehreek e Insaf (PTI) [fr], emmené par Imran Khan, a pu former un gouvernement minoritaire.

Certaines personnes ont réagi à la nouvelle en exigeant que des mesures soient prises contre cette récente initiative.

Sanna Ejaz, une journaliste du Khyber Pakhtunkhwa a déclaré sur Twitter :

Je suis née à Mardan et nous ne portons pas de burqas. Les femmes âgées portent des châles simples tandis que les châles des filles sont agrémentés de quelques broderies. C'est une action du gouvernement du PTI, qui distribue des burqas financées par des fonds de développement.

Comment les élèves vont-elles pouvoir étudier avec ces #burqas, avec 40°C en été, nous n'avons même pas d'air conditionné dans les écoles publiques au Pakistan.

Toutefois, certaines personnes approuvaient la décision de fournir des burqas aux jeunes filles. Les femmes qui s'opposent au voile ou qui n'en portent pas sont considérées comme trop occidentalisées par les membres de la communauté conservatrice au Pakistan.

Habiba Tanvir, étudiante, a tweeté :

Cette mesure n'est prise que dans la province du Khyber Pakhtunkhwa (KP) et non dans les autres provinces. Ce type de burqa appartient à la culture pashtoune et les pathans [équivalent de Pachtounes] vivent aussi au Khyber Pakhtunkhwa et ils sont tous musulmans. J'étudie dans un collège public où rien de tel n'arrive. Je vous en prie, arrêtez cette propagande contre l'Islam et le PAKISTAN.

Le hidjab n'a rien à voir avec l'oppression mais protège contre les regards malfaisants, seules les personnes averties peuvent comprendre

Contrairement à ces affirmations, l'agence Gallop Pakistan a récemment publié un sondage révélant que la burqa était un choix de moins en moins populaire auprès des femmes au Pakistan :

La burqa pour les femmes devient un choix de vêtement moins populaire, remplacée par le shalwar kameez [fr] associé à un dupatta [fr] et le hidjab qui laisse le visage apparent. (sondage Gallup & Gilani Pakistan)

Plus tôt en septembre, Ziaullah Bangash, conseiller du ministre en chef pour l'éducation primaire et secondaire du Khyber Pakhtunkhwa, avait publié une notification obligeant les étudiantes des établissements scolaires provinciaux à porter un tchador [fr], une abaya [fr] ou une blouse pour les protéger de tout « incident contraire à l'éthique » et lever les doutes exprimés par des parents concernant la sécurité de leurs enfants. Bien que la directive ait été annulée presque immédiatement, Muzafar Shah a indiqué que sa décision d'acheter les burqas avait été inspirée par Ziaullah Bangash.

Malgré cela, suite aux commentaires d'internautes défavorables à Muzafar Shah, Ziaullah Bangash a opéré un revirement complet et dénoncé les mesures prises par Muzafar Shah :

This step was taken without our knowledge and permission. KP government is looking into this matter and action will be taken against him.

Cette initiative a été prise à notre insu et sans notre permission. Le gouvernement du Khyber Pakhtunkhwa examine ce dossier et des mesures seront prises contre lui.

Cette politique de deux poids deux mesures du gouvernement a également été critiquée sur les réseaux sociaux.

Afin de démontrer à quel point la décision d'imposer le port de la burqa se fondait sur une logique erronée, selon laquelle elle permettrait de protéger les filles, des internautes ont posté sur les réseaux sociaux des photos se rapportant à deux incidents récents ayant eu lieu au Pakistan. L'un d'eux fut le viol et la mort d'Ayesha Zulfiqar, qui portait une abaya (une sorte de burqa).

Ayesha Zulfiqar, une étudiante diplômée, a été retrouvée violée et assassinée dans le district de Narowal, au Pakistan.
Elle portait une abaya/burqa.
Je vais en rester là.

La burqa ? Même le cercueil ne peut protéger du viol les femmes au Pakistan. Je viens de regarder la vidéo, et je me suis senti physiquement mal. Ce n'est pas aux femmes de se défendre ; il faut que les hommes agissent sur la façon dont ils se comportent à l'égard des femmes.

Un autre incident mentionné par les internautes avait été filmé par une caméra de surveillance de la ville de Dera Ghazi Khan, où un passant avait peloté une jeune femme vêtue d'une abaya sur la route.

Ces exemples démontrent que couvrir les femmes d'une abaya ou d'un tchador ne les protège en rien des harceleurs. Au contraire, des lois strictes, un travail de sensibilisation auprès des corporations du judiciaire et de la police, une prise de conscience générale ainsi qu'une justice rapide semblent être les moyens les plus sûrs de résoudre le problème.

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