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Un fait historique au Pérou. Elle défend sa thèse de doctorat en quechua

Vue de l'Université nationale principale de San Marcos, Lima. Photo tirée du compte Flickr de whirlpics (CC BY-NC 2.0).

Ce mardi 15 octobre 2019, Roxana Quispe Collante a obtenu son doctorat en littérature péruvienne et latino-américaine à l'Université nationale principale de San Marcos de Lima (UNMSM). Sa thèse a été notée 20, la meilleure note du système éducatif péruvien. Mais ce qui rend cette thèse emblématique, c'est qu'elle a été entièrement soutenue en quechua [fr].

Docteur Roxana Quispe Collantes. Photo amplement diffusée sur les réseaux sociaux.

Le quechua est une famille de langues indigènes des Andes centrales, qui s'étendent sur toute la zone occidentale de l'Amérique du sud et traversent sept pays. D'après les données de l'Institut national de statistique et d'informatique [fr], en 2018 au Pérou, 13,9% de la population, un peu moins de quatre millions de personnes, parlaient quechua.

C'était pourtant la première fois qu'une thèse était soutenue dans cette langue.

Le site web de l'université a qualifié l'événement d'historique, et a fourni certaines informations sur la thèse de Roxana Quispe:

Hito histórico para lengua quechua. Por primera vez en el Perú, se sustentó una tesis en dicha lengua para obtener el grado de Doctor en Literatura Peruana y Latinoamericana por la Universidad Nacional Mayor de San Marcos (UNMSM), que Roxana Quispe Collante aprobó con nota de 20 (excelente), en un hecho de gran trascendencia para la reivindicación de las lenguas originarias del país.

Su investigación, titulada “Yawar Para, Kilku Warak’aq, Andrés Alencastre Gutiérrezpa harawin pachapi, Qosqomanta runasimipi harawi t’ikrachisqa, ch’ullanchasqa kayninpi” (“Lluvia de sangre, transfiguración y singularidad en el mundo poético quechua del harawi cusqueño de Andrés Alencastre Gutiérrez, Kilku Warak’aq”), no solo buscó reconocer el valor literario del mencionado poeta andino y reinterpretar su poemario Yawar Para, sino devolver el vigor al quechua para fortalecerlo fuera de todo prejuicio lingüístico y cultural.

Tournant historique pour la langue quechua. Pour la première fois au Pérou, une thèse pour obtenir un doctorat en littérature péruvienne et latino-américaine de l'Université nationale principale de San Marcos (UNMSM) a été présentée en langue quechua par Roxana Quispe Collante, et s'est vue attribuer la note maximale de 20 (excellent), un événement d'une portée considérable pour la revendication [en légitimité] des langues indigènes du pays. Son étude, intitulée “Yawar Para, Kilku Warak’aq, Andrés Alencastre Gutiérrezpa harawin pachapi, Qosqomanta runasimipi harawi t’ikrachisqa, ch’ullanchasqa kayninpi” (“Les larmes de sang, transfiguration et singularité dans le monde poétique quechua du yaraví [fr] de Andrés Alencastre Gutiérrez,[un poète de Cuzco qui écrivait sous le nom de Kilku Warak'aq]”, a servi non seulement à témoigner de la valeur littéraire du poète andin et réinterpréter son recueil de poèmes Yawar Para, mais aussi à redonner de la vigueur au quechua et le rendre plus fort face aux préjugés linguistiques et culturels.

La toute nouvelle docteure Quispe Collantes est originaire de Cuzco [fr], elle est professeure d'université et diplômée d'une maîtrise en linguistique à l'Université pontificale catholique du Pérou. Le blog K@wsay fournit des informations sur son parcours universitaire et professionnel :

[Roxana Quispe] Habla y redacta en quechua e inglés. Además, vive interesada en estudios e investigaciones de literatura, lingüística, educación intercultural bilingüe, antropología, arte y en manifestaciones de la diversidad y el legado de la cultura quechua.

Durante su exposición, Quispe Collantes admitió que tuvo […] que “viajar a las provincias altas de Canas (al sur del Cusco) para lograr la traducción y el significado para toponimias que no encontraba por ningún lado. Les preguntaba a mis papás, a mis abuelos y docentes y no daban (con el significado)”.

[Roxana Quispe] Parle et écrit en quechua et en anglais. Elle s'intéresse également aux études et à la recherche en littérature, en linguistique, en éducation interculturelle bilingue, à l'anthropologie, à l'art et aux manifestations de la diversité et à l'héritage de la culture quechua. Pendant sa présentation, Quispe Collantes a reconnu qu'elle avait dû […] “aller jusque dans la province de Canas [au sud de Cuzco] pour vérifier des traductions et le sens de certains toponymes que je n'aurais trouvés nulle part ailleurs. Je demandais à mes parents, à mes grands-parents, à mes professeurs et ils ne savaient pas”.

Le jury était composé des docteurs Isabel Gálvez, enseignante titulaire de la Chaire de Quechua à l'UNMSM, Gonzalo Espino, vice-doyen à la recherche, aux études de lettres et directeur de thèse, et les professeurs Mauro Mamani, Rómulo Monte Alto et Dorian Espezúa.

Au terme de sa présentation, Roxana Quispe a exprimé sa satisfaction, relayée dans les médias traditionnels et en ligne au Pérou :

Me siento muy emocionada por representar a las mujeres quechuahablantes orgullosas de su cultura. Busca que el Runa Simi no solo se hable en sus comunidades, sino que acceda a la academia.

Je suis très émue de représenter les femmes qui parlent le quechua et qui sont fières de leur culture. Je souhaite que le Runa Simi [la langue des hommes : le quechua] soit non seulement parlé au sein des communautés, mais qu'il soit aussi présent à l'université.

La nouvelle a été abondamment relayée dans la presse internationale, comme El País en Espagne et The Guardian au Royaume-Uni. D'autre part, les usagers de Twitter se sont aussi exprimés à ce sujet :

Au cours des 468 dernières années, personne n'avait écrit de thèse de doctorat dans une des langues autochtones dans notre pays. Roxana Quispe l'a fait cette année. Et elle souhaite continuer à promouvoir le quechua dans le monde universitaire.

 

Ceci est extrêmement important..
Merci beaucoup a Roxana Quispe Collantes pour avoir été la première à écrire et soutenir sa thèse en quechua.

Une étudiante du Pérou entre dans l'histoire en rédigeant sa thèse dans la langue des incas.

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