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L'Iran poursuit ses efforts pour bloquer les services internationaux avec l'interdiction de Google Play

Catégories: Afrique du Nord et Moyen-Orient, Iran, Censure, Droits humains, Liberté d'expression, Médias citoyens

Image de Small Media.

Le 9 octobre, la justice iranienne a adressé une lettre officielle [1] aux fournisseurs de services de télécommunications leur ordonnant de bloquer Google Play, l'App Store officiel sur Google, “dès que possible”.

La lettre a été signée par Javad Javidnia qui est à la fois procureur général adjoint de l'Iran responsable du cyberespace et secrétaire du Comité chargé de déterminer les cas de contenu criminel (CDICC). Cette décision est conforme à la stratégie [2] des autorités visant à pousser les internautes iraniens à utiliser des applications et des services iraniens locaux tout en limitant la disponibilité des services internationaux. 

Depuis la nomination, il y a deux ans, de Mohammad-Javad Azari Jahromi au poste de ministre des TIC, la finalisation du Réseau national d'information du pays (SHOMA) [3] est l'une des grandes priorités du gouvernement. Bien qu'une partie de ce projet implique l'expansion et l'amélioration indispensables de l'infrastructure Internet de l'Iran, un autre élément clé est la localisation rapide – et, en somme, la nationalisation – des contenus et services numériques.

Concrètement, les mesures de Mohammad-Javad Azari Jahromi visent à inciter les internautes iraniens à migrer vers des versions d'applications et de services en ligne produites et hébergées sur le territoire. Le danger est qu'en l'absence d'alternatives, les utilisateurs iraniens sont orientés vers des services locaux qui sont beaucoup plus vulnérables face à la surveillance gouvernementale, à la censure et à la mauvaise gestion des données personnelles que les nombreux services en ligne utilisés dans le monde. La décision de bloquer l'accès à Google Play s'apparente à ce programme.

Iran’s domestic messaging apps 

Soroush, a local messaging and social media app, is owned [2] by the Islamic Republic of Iran Broadcasting (IRIB). Iranians can only register their Soroush accounts to their Iranian SIM cards, This represents a threat to users’ privacy since in Iran all SIM cards in Iran must be registered to a national ID and residential address.

Bisphone is another service with ties to the Iranian government.  Research has shown Bisphone data is stored [4] with the Telecommunication Company of Iran, which is known to be partly owned by Iran's Revolutionary Guards.

Les applications de messagerie locale de l'Iran

Soroush, une application locale de messagerie et de médias sociaux, appartient [2] à la Radio-télévision de la République islamique d’Iran (Islamic Republic of Iran Broadcasting, IRIB). Les Iraniens ne peuvent enregistrer leurs comptes Soroush qu'avec leurs cartes SIM iraniennes, ce qui constitue une menace pour la vie privée de ces utilisateurs puisqu'en Iran, toutes les cartes SIM doivent être déclarées avec une carte d'identité nationale et une adresse de résidence.

Bisphone est un autre service lié au gouvernement iranien. Des recherches ont montré que les données de Bisphone sont stockées [5] auprès de la “Telecommunication Company of Iran”, dont on sait qu'elle appartient en partie aux Gardiens de la Révolution d'Iran.

Malgré les promesses de Mohammad-Javad Azari Jahromi d'introduire des règlements clairs et complets en matière de protection des données afin de combler les insuffisances actuelles, le projet de loi sur la protection des données et de la vie privée, annoncé [6] en juillet 2018, n'a pas encore vu le jour. Le discours de Mohammad-Javad Azari Jahromi sur les droits numériques se distingue des autres discours d'autres élites politiques, ce qui a parfois conduit à des désaccords publics [7] – son ministère, par exemple, a déjà fait des déclarations publiques contre les politiques de filtrage et de localisation des données – mais la pression pour l'utilisation des applications nationales en Iran se poursuit.

Compte tenu de l’amélioration croissante [8] des relations entre Mohammad-Javad Azari Jahromi et le Parlement iranien, de la large complaisance de l'organe gouvernemental face aux nombreuses politiques de violation des droits émanant du Ministère des TIC, il semble possible qu'un consensus se soit également dégagé au sein du corps législatif en faveur du programme de localisation. Il s'agit là d'un développement préoccupant, car en l'absence de processus transparents et responsables pour le filtrage des décisions, les élus n'ont guère la possibilité de contrôler ou d'intervenir dans les importantes décisions. Les députés qui prétendent appuyer les droits des citoyens doivent commencer à s'exprimer publiquement lorsque de tels incidents se produisent et exiger des comptes.

En résumé, la récente décision d'interdire Google Play doit être replacée dans le contexte de la pression agressive exercée par les autorités iraniennes pour inciter les utilisateurs iraniens à se servir des technologies et services nationaux dont les protocoles de protection des données sont quasi inexistants. Les politiques conçues par le Ministère des TIC et le Conseil suprême du cyberespace, et mises en œuvre par le pouvoir judiciaire, portent gravement atteinte à la sécurité et à la vie privée des utilisateurs iraniens en les privant de la possibilité d'utiliser des services mondiaux sécurisés et éprouvés.

Les utilisateurs iraniens doivent avoir le droit de choisir des outils en ligne qui peuvent protéger leurs données. Tant que les utilisateurs sont obligés d'utiliser des solutions de rechange nationales, le droit au respect de leur vie privée est menacé.