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Qui est Eva Copa, cette (quasi) inconnue qui a ouvert la voie à de nouvelles élections en Bolivie ?

Photo de Eva Copa, du compte Instagram du Sénat bolivien.

Jusqu'à très récemment, les perspectives de nouvelles élections en Bolivie paraissaient compromises. Annoncer de nouvelles élections étaient la condition essentielle pour que le pays puisse entamer le processus de paix après des semaines de grèves, de manifestations, de barrages routiers et de violences à la suite des élections présidentielles contestées du 20 octobre [2019], qui ont conduit à la démission de l'ancien président Evo Morales [fr]. Les partis d'opposition du gouvernement provisoire dirigé par la présidente par intérim Jeanine Áñez [fr] et le parti politique de Evo Morales, le Mouvement vers le socialisme (MAS)[fr], avaient du mal à s'entendre sur les conditions des nouvelles élections.

Malgré tout, à force de négociations et de consensus, une loi a été signée dimanche 24 novembre, ouvrant la voie à la tenue de nouvelles élections dont la date n'est pas encore connue.

L'actuelle présidente du Sénat bolivien, Mónica Eva Copa Murga, plus connue sous le nom de Eva Copa, sénatrice du MAS à El Alto [fr], en Bolivie, a joué un rôle clé dans ce processus de convocations et de négociations. Du fait de la démission en cascade de l'ancien président du Sénat et de cinq autres hauts responsables de son parti, elle s'est retrouvée à la tête du Sénat. Alors que de nombreux Boliviens ne savaient rien d'elle.

D'après Daniel Gómez du site d'information ALnavío :

Eva Copa, no quiere más muertos ni más violencia en Bolivia. Quiere negociación, diálogo y paz. Su apuesta es porque se arribe lo antes posible a elecciones urgentes, como señala el acuerdo que firmó este domingo con la presidenta interina, Jeanine Áñez. No hay que olvidar que Eva Copa es dirigente del MAS, el partido de Evo Morales. Un MAS dividido entre los radicales del evismo, y los pragmáticos. Ella representa a estos últimos.

Eva Copa veut que cessent les morts et la violence en Bolivie. Elle veut des négociations, le dialogue et la paix. Elle souhaite que des élections aient lieu le plus tôt possible, comme le démontre l'accord qu'elle a signé dimanche avec la présidente par intérim, Jeanine Áñez. Il ne faut pas oublier que Eva Copa est dirigeante du MAS, le parti de Evo Morales. Un MAS partagé entre les radicaux de l'”évisme” et les pragmatiques. Ce sont ces derniers qu'elle représente.

María Galindo du collectif féministe Mujeres Creando (Femmes qui créent) [fr] a publié récemment un bref essai en espagnol dressant le portrait de Copa dans le mensuel argentin La Vaca. Elle y relate son admiration pour le courage de la sénatrice et fournit des informations aux lecteurs sur cette dirigeante politique inconnue :

Tiene 32 años, es alteña, hace semanas que no duerme en su casa por razones de seguridad; es estudiante de Trabajo Social y la vida no le ha dado la oportunidad de terminar su carrera. Estudia en la universidad pública de El Alto […] No es chola, aunque seguramente su madre o su abuela lo son: ella es birlocha. Viste un cómodo pantalón y su cabello negro largo y brillante no esta trenzado, sino suelto o con cola. Sus labios café oscuro, sus mejillas quemadas por el sol alteño y más que nada su forma de hablar -con una mezcla extraña de parquedad, solidez y timidez- la colocan como la antítesis política de Yanine Añez.

(Copa) es una mujer que asumió el peso del que otros y otras huyeron. Cuando le pregunté comó y por qué se había animado a hacerlo me dijo: “porque soy alteña, porque no tengo otra salida, porque no me voy a ir de Bolivia a otra parte: no tengo por qué escapar”. Y cuando le pregunté ¿y por qué han escapado tantos y tantas?, responde: “Dicen que por razones familiares”.

Elle a 32 ans, originaire de El Alto, et ne dort plus chez elle depuis des semaines pour des raisons de sécurité; elle est étudiante en travail social et la vie ne lui a pas permis de terminer ses études. Elle étudie à l'Université publique de El Alto  […] Elle n'est pas une chola [fr], bien que sa mère et sa grand-mère le soient sûrement : elle est birlocha [femme métisse ayant opté pour des vêtements contemporains]. Elle porte des pantalons confortables et ses longs cheveux noirs brillants ne sont pas tressés, mais plutôt détachés ou en queue de cheval. Ses lèvres couleur café, ses pommettes brûlées par le soleil de El Alto et, plus que tout, sa façon de parler – mélange étrange de parcimonie, de fermeté et de timidité – la posent comme l'antithèse politique de Yanine Añez. C'est une femme qui assume le fardeau dont tous les autres se sont déchargés. Quand je lui ai demandé ce qui l'avait poussé à le faire, elle m'a dit : ” Parce que je viens de El Alto, parce que je n'ai pas d'autre issue, parce que je ne vais pas quitter la Bolivie pour aller ailleurs : je n'ai pas de raisons de fuir”. Et quand je lui ai demandé pourquoi tant de gens se sont enfuis, elle m'a répondu : “Ils disent que c'est pour raisons familiales”.

Galindo conclue son essai en félicitant Copa pour sa gestion de la pression face à ces perspectives accablantes :

La ciudad de El Alto es una ciudad donde cotidianamente las mujeres cargan en sus espaldas grandes bultos en aguayos, llevan su mercadería, o sus wawas, sus angustias o sus esperanzas a cuestas. Eva carga un bulto también: el bulto de esperanzas para frenar una guerra civil, el bulto de ungüentos con que conjurar la violencia de los asesinos, carga el bulto de los sueños de los asesinados, carga el bulto de las lágrimas de las dolientes que no paran de llorar, dejando claro una vez mas que las mujeres no queremos ocultar nuestra fragilidad y nuestro dolor.

Eva es la antítesis de Yanine Añez, pero también de Evo.

El Alto est une ville où chaque jour les femmes portent sur leur dos de lourdes charges dans leurs aguayos (tissu porté à l'épaule). Elles y mettent leurs marchandises, leurs bébés, leurs angoisses et leurs espoirs. Eva aussi porte un fardeau : le fardeau de l'espoir de faire cesser la guerre civile, le fardeau du baume qui pourrait conjurer la violence des assassins, le fardeau des rêves des personnes assassinées, le fardeau des larmes des affligés qui ne cessent de pleurer, démontrant clairement une fois de plus que, nous les femmes, nous ne voulons pas occulter notre fragilité et notre douleur. Eva est l'antithèse de Yanine Añez mais aussi de Evo.

Galindo a aussi interviewé Copa dans son émission de radio sur Radio Deseo de La Paz.

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