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Pourquoi le Pakistan se pose en médiateur des négociations de paix irano-saoudiennes

Pakistan Prime Mnister Imran Khan and the President of Iran Hassan Rouhani. Collage

Le Premier ministre du Pakistan Imran Khan (à gauche) et le Président de l'Iran, Hassan Rouhani (à droite). Collage via Flickr et Wikipedia. CC-BY-SA.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt]

Le Premier ministre du Pakistan Imran Khan [fr] a rencontré le roi Salman de l'Arabie saoudite et le prince héritier Mohammad Bin Salman [fr] en octobre 2019 après un voyage de deux jours en Iran pour discuter des tensions régionales. Malgré de nombreux problèmes internes non résolus, le rôle du Pakistan dans la négociation d'un traité de paix entre l'Iran et l'Arabie Saoudite est largement critiqué au niveau national et international.

Les tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran (deux ennemis jurés dans la région) se sont accentuées suite à l'attaque des installations pétrolières saoudiennes le mois dernier qui a fortement impacté la production pétrolière du Royaume et provoqué une flambée des prix du pétrole à l'échelle mondiale. Les rebelles houtis [fr] du Yémen, qui sont en guerre contre plusieurs groupes yéménites soutenus par une alliance militaire dirigée par l'Arabie saoudite depuis 2015 et qui bénéficieraient du soutien de l'Iran et la Corée du Nord, ont revendiqué l'attaque.

L'Iran a nié toute implication et a mis en garde contre une “guerre totale” en cas d'attaque sur son territoire. Le Pakistan, qui a toujours maintenu des liens étroits avec l'Arabie saoudite (et s'est éloigné de l'Iran au fil des années) tente maintenant d'intensifier ses efforts pour apaiser les tensions entre les rivaux de longue date, tout en restant officiellement neutre dans ce conflit régional.

“Le Pakistan accorde une haute importance aux liens bilatéraux avec l'Iran” a affirmé Khan dans un communiqué de presse. “Le Pakistan est prêt à jouer son rôle afin de renforcer la paix et la stabilité dans la région.”

Imran Khan a souvent déclaré qu'ils souhaitait que le Pakistan devienne un acteur significatif et responsable sur la scène régionale et internationale et il a été impliqué dans la médiation entre les États-Unis et l'Afghanistan mais aussi entre les États-Unis et l'Iran.

Global Voices s'est entretenu sur ce sujet avec Robert M. Hathaway, directeur du Programme Asie et boursier international du Woodrow Wilson Center. Il a déclaré :

Facing multiple crises at home, PM Khan – like many previous leaders from all over the world – would love to achieve a triumph on the international scene. Failing that, he would love to be seen as a power broker and a substantial global figure, even if his current mediation efforts fail to bear fruit.

Le Premier Ministre Khan, faisant face à de multiples crises internes, à l'instar de nombreux dirigeants partout dans le monde, aspirerait à remporter une victoire sur la scène internationale. Ayant échoué, il voudrait être perçu comme un puissant médiateur et une figure mondiale importante même si ses efforts de médiation actuels ne portent pas leurs fruits.

Hathaway a ajouté qu'il était difficile d'imaginer comment Khan pourrait négocier un traité prenant en considération les besoins politiques et sécuritaires, ainsi que les questions internes de l'Iran et de l'Arabie saoudite.

Dernières dépêches: La rencontre entre le Premier ministre Imran Khan et le Gardien des deux Saintes Mosquées, Sa Majesté le Roi Salman bin Abdulaziz Al-Saud, a commencé. Le Premier ministre pakistanais tente de servir de médiateur et de faciliter les pourparlers directs entre l'Iran et la Saudia après sa visite en Iran – Le Pakistan sur le devant de la scène ! https://t.co/AtXmtBEG0B pic.twitter.com/MQmAtk37r2

— Anas Mallick (@AnasMallick) 15 Octobre, 2019

Hathaway a ajouté :

Khan must take care not to alienate the Saudis, given his dependence on Saudi favour. This will limit his ability to act as a genuine ‘honest broker’. Iran will not trust him and Saudi will resent any attempt by Khan to act as a neutral.

Khan doit veiller à ne pas se mettre les Saoudiens à dos, étant donné sa dépendance à leurs bonnes grâces. Cela va limiter sa capacité d'action comme véritable “médiateur honnête”. L'Iran ne lui fera pas confiance et l'Arabie saoudite gardera rancune de toute tentative d'action neutre de la part de Khan.

Ces dernières années, les relations entre l'Iran et le Pakistan se sont fondées sur une méfiance mutuelle pour un bon nombre de raisons. Chaque pays a accusé l'autre de soutenir des mouvements séparatistes contre son rival dans la province du Balochistan, une région délimitée par les frontières entre les deux pays.

De plus Raheel Sharif, l'ancien chef de l'armée pakistanaise, qui est maintenant à la tête de l'alliance militaire saoudienne contre les Houtis chiites au Yémen, a rendu l'Iran méfiant vis-à-vis du Pakistan ce qui ne facilite pas la tâche à Khan.

Tandis que le Pakistan ne peut pas se désolidariser de l'Arabie saoudite, ni défaire des décennies de coopération militaire entre les deux États à majorité sunnite, Hathaway a ajouté que Khan ne peut “pas [non plus] se permettre de pencher trop loin dans la direction de l'Arabie saoudite” dans ce conflit qui risque de s'intensifier. Il a précisé :

Pakistan’s relations with Iran are already troubled. The last thing Khan (or Pakistan) needs is heightened tensions with Tehran.

Les relations du Pakistan avec l'Iran sont déjà perturbées. La dernière chose dont Khan (ou le Pakistan) a besoin est d'une tension accrue avec Téhéran.

Malgré l'impact potentiel de la rivalité grandissante entre l'Iran et l'Arabie saoudite, beaucoup d'analystes pakistanais, tout comme les membres de la société civile, ne soutiennent pas l'implication de Khan dans les tensions irano-saoudiennes.

Unbroken chain of delusion, from Khilafat Movement’s 1926 effort to address ‘The Hijaz Issue’ to Imran Khan’s ‘mediation effort’ between Saudi Arabia & Iran. Why cant Pan-Islamist subcontinent Muslims/ Pakistanis focus on problems at home before saving the ummah? 🤔 pic.twitter.com/WjviUlWnfv

— Husain Haqqani (@husainhaqqani) October 13, 2019

Une série de fantasmes sans fin, de l'effort du Mouvement Khilafat de 1926 pour traiter la “question du Hijaz” à “l'effort de médiation” d'Imran Khan entre l'Arabie saoudite et l'Iran. Pourquoi les musulmans et les Pakistanais du sous-continent panislamique ne peuvent-ils pas se concentrer sur leurs problèmes nationaux avant de sauver l'oumma ?🤔 pic.twitter.com/WjviUlWnfv

— Husain Haqqani (@husainhaqqani) 13 Octobre, 2019

Global Voices s'est aussi entretenu avec K. Akhtar, un expert en politique étrangère résidant à Islamabad :

Both Saudi Arabia and Iran will be looking out for the best interests and Pakistan should do the same. And that means not getting actively involved in the conflict and maintaining good relationships with both countries.

L'Arabie saoudite et l'Iran chercheront tous deux leur intérêt et le Pakistan devrait faire de même. Ce qui veut dire ne pas s'impliquer activement dans le conflit et maintenir de bons rapports avec les deux pays.

L'Iran, bien que conscient de la coopération pakistano-saoudienne, a salué le geste pakistanais. Akhtar a affirmé que l'Iran voudra maintenir des relations “pour le moins neutres” avec ses pays voisins, malgré ses préoccupations.

Le Président Iranien Hassan Rouhani [fr] s'est aussi rendu au Pakistan en mars dernier, une visite destinée à persuader le gouvernement de rester neutre dans ce conflit :

President Rouhani during a meeting with Pakistani President Aref Alavi on the sidelines of the NAM summit in Baku: #Iran & Pakistan have good capacity to expand cooperation. Iran expands cooperation with regional countries & It has made #Pakistan a top priority in its policies. pic.twitter.com/74S3vXq9z8

— Embassy of Islamic Republic of Iran- Islamabad (@IraninIslamabad) October 25, 2019

Le président Rouhani lors d'une rencontre avec le président pakistanais Aref Alavi en marge du sommet du Mouvement des pays non alignés à Bakou : l'Iran & le Pakistan ont une de bonne chances d'étendre la coopération. L'Iran élargit sa coopération avec les pays de la région et il a fait du #Pakistan une priorité absolue dans sa politique. pic.twitter.com/74S3vXq9z8

— Embassy of Islamic Republic of Iran- Islamabad (@IraninIslamabad) 25 Octobre, 2019

Lors d'une conférence de presse qui faisait suite aux négociations entre les deux pays en octobre 2019, Rouhani a déclaré que ce geste pour la paix était bien accueilli par son gouvernement.

Le Guide suprême d'Iran, l'Ayatollah Seyed Ali Khamenei a tweeté:

Iran sees #Pakistan as a neighboring brother. With this unprecedented opportunity, the relations of the two countries should be better than what they currently are. Security of the borders should be enhanced, and suspended projects like the gas pipeline should be completed.

— Khamenei.ir (@khamenei_ir) October 13, 2019

L'Iran voit le #Pakistan comme un frère voisin. Grâce à cette opportunité sans précédent, les relations des deux pays devraient être améliorées. La sécurité aux frontières doit être renforcée et les projets mis en suspens, comme le gazoduc, devraient être terminés.

— Khamenei.ir (@khamenei_ir) 13 Octobre, 2019

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