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Grèce : la “Pompéi byzantine” sera déplacée pour céder la place au métro de Thessalonique

Chantier de construction du métro de Thessalonique vu de l'intérieur d'un tunnel. Wikimedia Commons, photo et légende par Geraki, CC-A-SA 3.0

Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en grec, ndlt.

Comme c'est souvent le cas en Grèce, dès que l'on creuse un peu, des zones archéologiques se révèlent. Thessalonique, la deuxième métropole du pays, a récemment été le théâtre de la découverte [en] d'un site antique majeur lors de la construction de son métro. Aujourd'hui, les responsables gouvernementaux, les archéologues et les habitants s'affrontent sur la stratégie à adopter pour préserver le patrimoine historique tout en modernisant la ville.

Le Chemin de fer métropolitain de Thessalonique (ou Métro de Thessalonique [fr]) est un système de transport urbain souterrain en cours de construction dans la deuxième ville de Grèce, dont l'agglomération compte plus d'un million d'habitants [en]. Thessalonique est souvent désignée comme la capitale du nord de la Grèce et devrait accueillir le premier métro sans conducteur du pays.

La construction a démarré en juin 2006 et devait à l'origine se terminer en octobre 2012, date symbolique qui coïncide avec le centenaire de la libération de la ville de la domination ottomane [en] le 26 octobre 1912. En septembre 2018, le premier wagon de métro de Thessalonique a été exposé à la Foire Internationale de Thessalonique. Selon un communiqué récent de l'actuel Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, l'ouverture du métro est prévue pour avril 2023. 

Le retard de ce chantier, qui traine depuis 11 ans, est désormais un thème de satire en ligne.

La “Pompéi byzantine” révélée au grand jour

Un imposant site archéologique a été découvert en 2013 à l'emplacement de la future station de métro de Venizelos. À une profondeur de 5,4 mètres, l'avenue romaine Decumanus Maximus [fr] (plus tard également connue sous le nom de voie moyenne byzantine) a été exhumée, ainsi que des boutiques et des maisons le long de l'ancienne Via Egnatia [fr]. Un trésor de 750 bijoux et plus de 2 700 objets funéraires ont également été découverts dans d'autres stations de métro actuellement en construction, attestant tous du patrimoine des époques hellénistique et romaine. Les spécialistes internationaux de l'archéologie ont depuis qualifié cette découverte de “Pompéi [fr] byzantine”, comme on peut le voir dans cette vidéo : 

Le gouvernement souhaite déplacer les vestiges

Suite à la découverte du site en 2013, le vice-ministre de la Culture de la Nouvelle Démocratie de l'époque, Costas Tzavaras, a exigé le retrait des objets antiques afin de poursuivre les travaux de construction du métro. Néanmoins, cette mesure a dans un premier temps été suspendue à la suite d'une forte résistance de la part des archéologues et des habitants. Le maire de Thessalonique, Yiannis Boutaris [fr], a alors fait appel avec succès de la suspension et de l'annulation de la décision de Tzavaras.

Après la victoire de la Nouvelle Démocratie au scrutin parlementaire de 2019, la problématique de ce qu'il convient de faire avec les antiquités de la station de Venizelos a ressurgi. Suite à une rencontre avec le Premier ministre, le gouverneur régional de Macédoine centrale, Apostolos Tzitzikostas, a déclaré :

Όσον αφορά το μετρό της Θεσσαλονίκης, ιδιαίτερα μετά τις αποκαλύψεις της αναδόχου εταιρείας προτείναμε λύσεις από την πρώτη στιγμή ως Περιφέρεια Κεντρικής Μακεδονίας και επιμένουμε στην θέση αυτή ότι θα πρέπει να συνυπάρξουν αρχαία και μετρό. Να γίνει δηλαδή μία στάση – μουσείο, αλλά για να γίνει αυτό θα πρέπει τα αρχαία να αποσπαστούν, να ολοκληρωθεί η στάση του μετρό και στη συνέχεια να επανατοποθετηθούν.

Quant au métro de Thessalonique, surtout après les déclarations de l'entrepreneur, nous – en tant que région de Macédoine centrale – avons proposé des solutions dès le début et nous revendiquons fortement la cohabitation entre les vestiges et le métro. À savoir, créer une station de métro-musée. Or, pour ce faire il faut isoler les objets antiques, achever les travaux de construction de la station de métro puis replacer ces objets.

La ministre de la Culture Lina Mendoni a réagi en déclarant, lors d'une conférence de presse, que son bureau et le ministère de l'Infrastructure n'avaient pas encore pris de décision et que “le moment venu, ils s'en chargeraient”.

Ajoutant à la confusion, l'actuel maire de Thessalonique, Konstantinos Zervas, de concert avec des fonctionnaires locaux, a indiqué être en faveur du transfert et du repositionnement des vestiges. 

L'une des raisons principales expliquant cette divergence de vues est que la conservation des ruines nécessiterait la mise au rebut de la station de métro centrale. Cette décision pourrait mettre en péril un projet de 3,5 milliards d'euros [en] cofinancé par l'Union européenne, à un moment où l'économie moribonde de la Grèce compte très peu de grands projets publics. 

L'indignation de la population et de la communauté scientifique

L'opposition politique, les archéologues et les citoyens ont été scandalisés par les plans du gouvernement grec visant à déloger les délicates antiquités.

Les étudiants du département d'histoire et d'archéologie de l'Université Aristote de Thessalonique rejettent la décision du gouvernement. Par ailleurs, la Société Chrétienne d'Archéologie a adressé un recours au Premier ministre lui-même.

L'universitaire en byzantinologie Paolo Odorico, directeur du Centre d'études byzantines et grecques modernes de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, a visité les vestiges archéologiques de la gare de Venizelos en 2013. Il soutient que le déplacement de la voie moyenne byzantine détruirait irréversiblement l'authenticité structurelle des vestiges de l'ensemble monumental, une valeur protégée par le droit international et le droit grec.

Αυτό που έφεραν στο φως οι εργασίες για το μετρό είναι η βυζαντινή Πομπηία! Το καταλαβαίνετε; Και σκοπεύετε να την ξεκολλήσετε, για να την επανακολλήσετε αργότερα; Τρελαθήκατε; Θα κάνετε τις αρχαιότητές σας Lego; Σκοπεύετε να στήσετε τη βυζαντινή Disneyland; Να μας το πείτε! Και να αναλάβετε τις ευθύνες σας.

Ce que les opérations de construction du métro ont fait émerger, c'est une Pompéi byzantine ! Vous saisissez ? Et vous envisagez de la retirer et de la réinstaller plus tard ? Vous êtes cinglés ? Vous allez faire de vos vestiges anciens un jeu de Lego ? Prévoyez-vous la création d'un Disneyland byzantin ? Dites-le nous ! Et assumez vos responsabilités.

L'ancien maire de Thessalonique, Yiannis Boutaris, a également transmis une lettre au Premier ministre au nom du nouveau “Mouvement des citoyens de Thessalonique pour la protection du patrimoine culturel“. Le même mouvement de citoyens a initié une pétition en ligne intitulée “Préservez les vestiges de la gare de Venizelos à Thessalonique”.

Europa Nostra [fr], organisation paneuropéenne pour le patrimoine culturel, experte reconnue et partenaire non gouvernementale de l'Union européenne, du Conseil de l'Europe et de l'UNESCO, a adressé une lettre au Conseil archéologique central pour défendre le maintien des antiquités sur le site.

L'affaire instruite par le Conseil archéologique central

La décision sur le devenir des fouilles a été confiée au Conseil archéologique central (CAC), une instance clé qui statue sur le sort des sites en Grèce. Attic Metro SA, la société en charge de la construction du métro à Thessalonique, a présenté sa propre expertise préconisant le déplacement des antiquités. Après une délibération de 14 heures, le CAC a finalement approuvé la recommandation de l'entreprise. La décision a été saluée par de nombreux responsables gouvernementaux.

Les membres de l'opposition, tels que l'ancien vice-ministre de la culture du parti SYRIZA, Costas Stratis, ont émis un avis contraire :

Η γνώμη του Κεντρικού Αρχαιολογικού Συμβουλίου προεξοφλήθηκε από τον πρωθυπουργό σε ζωντανή μετάδοση στη ΔΕΘ. Παραπέμποντας σε τριτοκοσμικό σουλτανάτο. Σίγουρα πάντως όχι σε κράτος που θέλει να λέγεται σύγχρονο, ευνομούμενο, ευρωπαϊκό.

La position du Conseil archéologique central a été jugée au préalable par le Premier ministre lors d'une émission en direct à la Foire internationale de Thessalonique. [Comme si nous étions] un sultanat du tiers-monde. Sûrement pas un État qui voudrait être reconnu comme moderne, privilégié, européen.

Il y a eu, par ailleurs, des réactions et des protestations de la part des internautes, aussi bien en ligne que hors ligne :

“Métro et Antiquités”. Les citoyens de Thessalonique ont fait part de leur sentiment.
“Kyriakos Mitsotakis [l'actuel Premier ministre grec], ne touche pas au patrimoine et à l'histoire de la ville !”

Sur Twitter, un certain Fiogkos a fait référence à la ville de Sofia, la capitale de la Bulgarie, pour rappeler aux fonctionnaires qu'il existe une autre issue possible :

A Sofia, l'emplacement de la station de métro a été modifié trois fois pour ne pas déplacer les restes archéologiques.
Pour en savoir plus : https://t.co/KMdLi6CO1G

Au sujet de la station de métro à Thessalonique… Prenez soin de nos précieux vestiges archéologiques, vous les tocards ! Nous avons souvent évoqué le métro et nous ne l'avons pas vu depuis 30 ans… Nos sites antiques sont, en revanche, bien plus précieux ! Changez de stratégie !!

Un magazine en ligne, HOT DOC, formule lui aussi les critiques ci-après :

Ils ont triplé l'estimation du budget pour la conservation “in situ” des restes archéologiques existants afin de démontrer que le déplacement est une option moins onéreuse et donc préférable.

L'Association des archéologues helléniques, dans un communiqué de presse, s'est prononcée contre la décision du CAC estimant que l'avis du Conseil entachait la réputation de leur profession et a fait part de son intention de faire appel aux organisations internationales et au Conseil d'État. 

Mais, tandis que les travailleurs du “Mouvement de lutte unifiée” du ministère de la Culture ont déniché et rendu publique une analyse du remaniement de la gare de Venizelos avec maintien “in situ” [fr] des vestiges archéologiques, la ministre de la Culture Lina Mendoni et le président de Attic Metro S.A. Nikos Tahiaos ont contesté la validité même de cette étude, la qualifiant de “pseudo-solution ou “d'étude sans fondement”.

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