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Au Nigéria, un nouveau scandale de harcèlement sexuel dans une université engendre un mouvement de résistance

Cérémonie de remise de diplômes dans une université privée du Nigéria. Photo de Rajmund Dabrowski/ANN via Flickr, 7 juin 2009 CC BY-NC-ND 2.0.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt]

Le hashtag #SexForGrades (du sexe en échange de bonnes notes en français) qui circule sur Twitter est en train de se transformer en un mouvement colossal contre le harcèlement sexuel au sein des universités nigérianes.

Le harcèlement sexuel dans les universités nigérianes ne date pas d'hier. Toutefois, ces deux dernières années, la médiatisation d'au moins trois affaires de sollicitations sexuelles a engendré des vagues de protestation en ligne — et parfois permis d'obtenir justice pour les victimes dans la vraie vie.

En 2018, Richard Akindele, professeur de comptabilité à l’Université Obafemi Awolowo (OAU) située à Ile-Ife dans le sud-ouest du Nigéria, a été licencié. Une commission d’enquête l’a reconnu coupable de sollicitation de faveurs sexuelles en échange de bonnes notes à l’égard de Monica Osagie, une étudiante.

M. Akindele a été condamné à deux ans d’emprisonnement après qu’un tribunal d’Osogbo, dans l’État d’Osun au sud-ouest du Nigéria, l’a déclaré coupable de ce délit.

Tout comme en octobre 2019, le hashtag #SexForGrades est devenu viral sur les médias sociaux nigérians à la suite de la diffusion sur la chaîne BBC Eye, d’un reportage d’investigation sur le harcèlement sexuel et le chantage dont sont victimes les étudiantes des meilleures universités nigérianes.

Le reportage montre Boniface Igbeneghu, un professeur de l’Université de Lagos, faisant des avances sexuelles à une journaliste qui s’est présentée comme une étudiante mineure désireuse de s'inscrire à l’université. M. Igbeneghu a depuis été renvoyé par l’établissement et exclu de l’église où il était pasteur.

“Tu ne veux pas qu'on le fasse maintenant ?”

Bisi Olayele, chargé de cours à l'Université Obafemi Awolowo, à Ile-Ife, Nigéria (capture d'écran via ICRC).

Motunrayo Afolayan est étudiante en dernière année au Département des relations internationales de l’Université Obafemi Awolowo (OAU) d’Ile-Ife (sud-ouest du Nigéria). Fin 2019, elle a accusé le professeur Olabisi Olaleye d’avoir exigé des rapports sexuels en contrepartie de la validation de ses cours.

Le site nigérian d’actualité Premium Times indique qu’Afolayan a déposé une plainte officielle le 15 janvier 2020 auprès du Centre d’études sur le genre et la politique sociale de l’OAU. Elle y allègue que M. Olayele l’a fait échouer à un cours de diplomatie parce qu’elle a refusé de « coucher avec lui » :

Afolayan first took IRS 305 during the 2017/2018 academic calendar while in 300 Level but was allegedly failed because she refused to sleep with the lecturer. During the next academic year, the 2018/2019 academic session, the student registered again for the course but received repeated threats from the lecturer that “she would fail again and again if she refuses to sleep with him.”

Afolayan s’est inscrite au cours IRS 305 au cours de l’année universitaire 2017/2018, au niveau 300 (équivalent de la L3), mais aurait échoué parce qu’elle a refusé d’avoir des relations sexuelles avec son enseignant. L’étudiante s’est réinscrite à ce cours pendant l’année universitaire suivante à la session 2018/2019, mais le maître de conférence a réitéré ses menaces lui affirmant « qu’elle échouerait toujours si elle refusait d’avoir des rapports sexuels avec lui ».

Afolayan a remis un enregistrement audio au jury chargé par l’université d’enquêter sur ses allégations à l’encontre de Bisi Olayele.

@Oau_Brezzident a partagé cet enregistrement sur Twitter :

Encore un abruti qui se dit professeur et demande des faveurs sexuelles en échange de bonnes notes à #Oau. Il faut tous les dénoncer et en faire des exemples. Repostez avec le hashtag #Oautakebisiout

La conversation entre M. Olaleye et Mme Afolayan, qui se tenait en yorùbá (une des langues parlées au Nigéria), se traduit plus ou moins comme suit :

Olaleye: Hug me [while allegedly fondling Afolayan]. Are you using an iPhone?

Afolayan: No, it’s not an iPhone.

Olaleye: Where are you getting money from? Is your dad rich?

Afolayan: Yes.

Olaleye: You are just enjoying the money alone. Your child will do the same for you, too. … You don’t want to drop it now? [a euphemism meaning “to have sex.”] Didn’t you promise me that you will be with me when you’re done…? [“be with me” is another euphemism for sex.]

Afolayan: I only came to greet you.

Olaleye: How can you only come to greet me?

Olaleye: Prends-moi dans tes bras [tout en caressant Afolayan, selon les allégations de l'étudiante]. Tu utilises un Iphone?

Afolayan: Non, ce n'est pas un Iphone.

Olaleye: Comment gagnes-tu de l'argent? Ton père est riche?

Afolayan: Oui.

Olaleye: Tu profites seule de l'argent. Ton futur enfant en fera de même pour toi…Tu ne veux pas qu'on le fasse maintenant ? [euphémisme pour désigner un rapport sexuel]. Tu ne m'avais pas promis qu'on se serait ensemble quand tu auras fini ? [“être ensemble” autre euphémisme pour désigner une relation sexuelle.]

Afolayan: Je suis simplement venue vous saluer.

Olaleye: Comment peux-tu venir uniquement pour me saluer ?

Le jury d'OAU chargé de l’enquête ne s’est pas encore prononcé. L’administration de l’université, ayant établi en premier examen que l'affaire était fondée, a mis à pied M. Olaleye, qui percevra « la moitié de son salaire en attendant la présentation des conclusions du jury ».

Le futur doctorant aurait d'autres victimes à son actif en plus d’Afolayan. Des étudiantes d’OAU ont fait part de leurs expériences sur Twitter avec le hashtag #OAUTakeBisiOut (OAU, dégage Bisi), actuellement classé parmi les “tendances” sur le média social.

Akerele Isaac, ancien président du syndicat étudiant d’OAU, et l'internaute XLNT ont tous les deux partagé des captures d’écran de messages WhatsApp où l’on peut voir Olaleye en train de faire des avances sexuelles aux étudiantes :

Si un enseignant censé être un mentor peut s'exprimer ainsi, alors il doit être EMPRISONNÉ et se former en PRISON. SANS PITIÉ!!!

Honteux!

Dans un lieu de savoir prestigieux

Un professeur demande des photos de nus à une étudiante

Aussi insensé et immoral que soit cet acte, c'est aussi une honte pour l'institution #OAUTakeBisiOut

Nos jeunes femmes doivent échapper à ce prédateur #OAUTakeBisiOut

L’école est un lieu consacré à l’éducation et à la culture

L'utilisateur de Twitter Mr. Lola accuse Olaleye, son directeur de thèse, d'avoir fait de sa vie un enfer parce qu'il a refusé « de lui trouver une jeune fille avec qui coucher » :

Je ne pouvais pas quitter l’OAU sans lui trouver une fille avec qui coucher. Il était très sérieux !!! Mon travail était terminé depuis plus de six mois et il a refusé de le lire. J’ai passé de nombreuses journées devant son bureau. Il m’ignorait tout simplement. Ce n’est qu’un aperçu de ce qu’il m’a fait endurer.

Le harcèlement sexuel — rien de nouveau

Le fait que des professeurs nigérians au comportement prédateur abusent de leur position de pouvoir pour exiger des rapports sexuels de leurs étudiantes n’a rien de surprenant.

Une étude de 2011 menée par Eme T. Owoaje et Omolara Olusola-Taiwo, deux chercheuses de l’Université d’Ibadan, a révélé que 69,8% des étudiantes interrogées avaient été victimes de harcèlement de la part de leurs camarades de classe et professeurs masculins dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur au Nigéria.

L’étude démontre également que 48,2% d’entre elles ont été victimes de harcèlement sexuel physique, tandis qu’il a été demandé à 32,2% de réaliser des performances sexuelles en contrepartie de faveurs universitaires.

Une autre étude a confirmé que les « différents cas de harcèlement sexuel » – d'après les signalements – sont malheureusement très répandus dans les universités nigérianes. Cependant, ils ne se limitent pas uniquement aux universités publiques.

En 2013, M. Dare Ojo Omonijo (un professeur de l'Université Olabisi Olabanjo) et trois autres chercheurs ont mené une enquête concernant le harcèlement sexuel subi par les étudiantes au sein de trois universités religieuses privées situées dans l'État d'Ogun (sud-ouest du Nigéria). Ils ont découvert que même si la plupart des étudiantes avaient été victimes d'agressions sexuelles, nombre d'entre elles ne les ont pas signalées aux autorités.

Si le harcèlement sexuel n'est pas une nouveauté, alors qu'est-ce qui a changé ?

Dernièrement, les voix des Nigérianes se sont élevées pour protester avec véhémence contre les agressions sexuelles subies par les étudiantes. Ce mouvement a fait boule de neige et s'est traduit par des conséquences extraordinaires en ligne et dans la vie réelle.

En outre, les médias numériques ont propulsé ces abus, autrement méconnus, à la une de l'actualité internationale. Au Nigéria, ils ont offert aux victimes une plateforme pour partager leurs histoires, réclamer justice et exiger des sanctions.

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