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Pour Taïwan, le coronavirus de Wuhan est aussi une bataille diplomatique

Les personnes âgées sont les plus exposées en cas d'infection par le nCoV 2019. Dans un parc de Taïnan, la quatrième ville de Taïwan, le 20 janvier 2020, la moitié d'entre eux porte un masque respiratoire. Photo de Filip Noubel, utilisée avec autorisation.

L’article d'origine est paru en anglais le 30 janvier 2020. Certains chiffres mentionnés ne sont plus d'actualité.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais, ndlt]

Taïwan est en première ligne de l’épidémie du coronavirus de Wuhan, également connu sous le nom de coronavirus nCoV-2019 [fr], étant donné les multiples façons dont le pays est relié à la Chine. Cependant, ce défi est double car Pékin empêche la nation insulaire de se joindre à des organisations internationales telles que l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui joue un rôle fondamental dans la prévention sanitaire et la gestion des crises de santé publique dans le monde.

Tous les aspects de la vie à Taïwan sont touchés

Bien que Taïwan et la République populaire de Chine soient séparés par un détroit de 180 km, et que jusqu'à présent, seuls huit cas d'infection au coronavirus nCoV-2019 aient été confirmés sur l'île, les deux pays ont des relations économiques, professionnelles, universitaires et touristiques qui expliquent pourquoi tant de gens traversent quotidiennement le détroit de Taïwan [fr].

On estime qu'entre un et deux millions de citoyens taïwanais vivent en Chine pour leur travail, leurs études, ou pour y accompagner leur famille. Les employés taïwanais travaillent principalement dans des entreprises et des usines taïwanaises qui ont investi en Chine ou dans des sociétés chinoises et étrangères. Environ 12 000 jeunes taïwanais ont choisi de partir étudier en Chine, où ils bénéficient d'avantages particuliers, et qui représente la troisième destination la plus populaire, derrière les États-Unis et l'Australie. En 2019, la Chine était le principal partenaire commercial de Taïwan, recevant près de 30% des exportations taïwanaises.

Taïwan abrite environ 10 000 étudiants [zh] venus de Chine continentale sur son territoire. Le 29 janvier, le ministère de l'Éducation de Taiwan a annoncé une interdiction temporaire des échanges pour les étudiants et les stagiaires de la République populaire de Chine.

De plus, les nombreuses familles séparées après que le Kuomintang se soit réfugié sur l'île en 1949, à la suite d'une longue guerre civile en Chine continentale, peuvent désormais se rendre visite. En 2019, près de 100 000 citoyens de la République Populaire de Chine ont visité Taïwan.

Taïwan est clairement l'un des endroits les plus vulnérables à la propagation du virus après la Chine, étant donné que l'on peut s'attendre à ce que de nombreux Taïwanais résidents ou en visite retournent à Taïwan si l'épidémie continue de se propager. Selon les données publiées en Chine :

Among the 5 million people who fled the novel coronavirus-affected Chinese city of Wuhan during the Lunar New Year holiday, 7,515 headed to Taiwan.

Parmi les cinq millions de personnes qui ont fui la ville de Wuhan, touchée par le nouveau coronavirus pendant les fêtes du Nouvel An lunaire, 7 517 se sont rendues à Taïwan.

Wuhan est un grand centre industriel qui abrite les 500 plus grandes entreprises où beaucoup de Taïwanais sont employés. Dans ce contexte, il n'est pas surprenant que les sept premiers cas du coronavirus 2019-nCoV aient tous été confirmés chez des personnes originaires de Wuhan ou ayant récemment voyagé à Wuhan.

Pékin continue de bloquer la participation de Taiwan à l'OMS

Ce qui peut être plus surprenant, c'est que malgré une intégration aussi forte des échanges humains et économiques, l'OMS refuse, sous la pression de Pékin, d'inclure Taiwan dans la lutte mondiale contre l'épidémie et sa prévention.

En 1971, Pékin a pris la place de Taipei aux Nations unies, suite à un glissement graduel de la loyauté diplomatique [fr] de la communauté internationale de la République de Chine (nom officiel de Taïwan) vers la République populaire de Chine. Les responsables taïwanais ont été exclus des réunions des Nations unies, dont l'OMS, bien qu'ils aient souvent été tolérés jusqu'en 2013, lorsque Pékin, sous Xi Jinping, a décidé d'appliquer une politique d'isolement total.

En conséquence, Taïwan était exclu de la réunion d'urgence du 22 janvier à l'OMS pour discuter des mesures de lutte contre le coronavirus nCoV 2019.

La querelle s'est depuis étendue à un autre organe des Nations unies, l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI [fr]), qui a toléré jusqu'en 2013 la présence des représentants taïwanais mais a depuis bloqué toute participation, y compris aux dernières réunions consacrées au virus 2019-nCoV. Le contrôle sanitaire dans les aéroports et les avions est désormais primordial pour maîtriser l'épidémie alors que la période du Nouvel An chinois [fr] touche à sa fin et que de nombreux voyageurs devraient prendre des vols internationaux.

Ce rejet a été critiqué par tous les partis politiques taïwanais et a été repris par les internautes qui postent avec le hashtag : #TaiwanCanHelp [#TaïwanPeutAider]

Pourquoi autant de silence ?
Bloquer toutes les discussions sur Taïwan ?
L'ONU est-elle une organisation contrôlée par le gouvernement chinois ?

On nie la contribution de Taïwan à la communauté internationale.

Ca me fait honte d'avoir une telle organisation internationale. #TaiwanCanHelp [#TaïwanPeutAider]

Les alliés traditionnels de Taïwan, en particulier le Japon et les États-Unis, ont exprimé leur soutien lorsque le pays a tenté de rejoindre ces organisations internationales. Le 30 janvier, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a réitéré son soutien à Taipei, comme l'a fait remarquer un internaute :

Dernières nouvelles – Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a déclaré plus tôt dans la journée qu'il était nécessaire de laisser Taïwan rejoindre l'OMS, sans quoi il serait très difficile de maîtriser l'épidémie du coronavirus. 
————
Saviez-vous que Taïwan a été exclue de l'OMS sous la pression de la Chine ? Alors que les cas de coronavirus de Wuhan continuent d'augmenter – y compris à Taïwan – le Premier ministre japonais Shinzo Abe a déclaré que Taïwan devrait désormais intégrer cette organisation dédiée à la santé mondiale pour lutter contre ce virus “made in China”.

Cet appel a été appuyé par des députés américains en janvier, et plus récemment par le Canada. Entre-temps, Pékin a refusé d'autoriser les autorités taïwanaises à évacuer leurs ressortissants résidant actuellement à Wuhan.

Taïwan se prépare pour une épidémie majeure

De son côté, Taïwan a pris plusieurs mesures pour protéger sa population, notamment l'interdiction d'exporter des masques chirurgicaux, qui ne sont plus disponibles dans la plupart des pharmacies, le système d'approvisionnement ayant été suspendu pendant la période du Nouvel An chinois. Le gouvernement justifie cette mesure en soulignant que la plupart des masques vendus à Taïwan sont importés de Chine :

Veuillez compléter votre réponse (10 points) :
De quel genre de comportement s'agit-il ?

————

La décision de Taïwan d'interrompre l'exportation de masques a été qualifiée d'inhumaine par certains. Cependant, Taïwan a toujours importé ses masques depuis la Chine. Le coronavirus est susceptible de réduire la capacité de la Chine à exporter des masques. L'interdiction d'exportation vise à assurer un approvisionnement régulier en masques à Taïwan.

Les autorités prennent la menace au sérieux, allant jusqu'à infliger une amende de 10 000 dollars US à un citoyen taïwanais qui n'avait pas déclaré sa maladie à son retour de Wuhan, mais le port de masques dans les espaces publics n'a pas été imposé. Cependant, un bref aperçu des rues indique que près de la moitié des gens les portent déjà. Ce magasin d'alimentation de Taïnan montre une enseigne en chinois, en anglais et en japonais où l'on peut lire : “Afin de prévenir le nouveau coronavirus de Wuhan, veuillez porter un masque lorsque c'est nécessaire”.

“Portez un masque si nécessaire”.
Pancarte dans un magasin écrite en chinois, anglais et japonais. Photo de Filip Noubel, avec autorisation.

Certains grands événements publics prévus en février, tels que la Foire internationale du livre de Taïwan (TIBE), qui devait accueillir des écrivains chinois, taïwanais et autres ainsi qu'un demi-million de visiteurs à compter du 4 février, ont été annulés.

Une recherche Google en chinois sur les dernières actualités à la une à Taïwan [zh] montre que le 30 janvier, elles concernaient toutes le 2019n-CoV.

Consultez le dossier spécial de Global Voices sur les répercussions du coronavirus de Wuhan [fr].

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