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La Tanzanie aborde le COVID-19 avec des mesures strictes pour freiner sa propagation

Catégories: Afrique Sub-Saharienne, Tanzanie, Action humanitaire, Catastrophe naturelle/attentat, Dernière Heure, Gouvernance, Idées, Médias citoyens, Santé, Voyages
Photo d'une rue de Dar es-Salaam, montrant la foule sur les trottoirs et une rue embouteillée

Scène de rue à Dar es-Salaam, en Tanzanie, un centre majeur d'échanges et de transport. La Tanzanie se prépare aux grands changements que le COVID-19 va probablement imposer au mode de vie en société. Photo par Pernille Bærendtsen, avec son aimable autorisation.

[Sauf mention contraire, tous les liens renvoient vers des pages en anglais.]

L'article d'origine a été publié en anglais [1] le 19 mars 2020. Depuis lors, de nouveaux cas se sont déclarés : au 3 avril, la Tanzanie compte 21 cas confirmés [2] de COVID-19. Des mises à jour ont été ajoutées entre crochets pour refléter l'évolution de la situation.

La Tanzanie se tient prête pour affronter le COVID-19 depuis que le pays a confirmé son premier cas le 16 mars 2020, suivi de cinq nouveaux cas. [3]

Le cas index [4], Isabel Mwambapa, est une Tanzanienne de 46 ans qui a voyagé [5] en Belgique, en Suède, au Danemark et en Allemagne avant de rentrer en Tanzanie avec Air Rwanda le 15 mars. Elle s'est sentie malade après son arrivée et reste actuellement en confinement [6] à Arusha.

La Tanzanie rejoint plusieurs nations africaines qui ont pris un grand nombre de mesures fortes [7] pour ralentir la propagation de la maladie telles que des restrictions voire interdictions de voyager [8], le traçage des contacts [9], des recommandations de lavage des mains et de distanciation sociale. Pour l'heure, les citoyen·ne·s luttent pour absorber le flux massif de communications à propos du virus.

La ministre de la Santé a tweeté un message d'urgence demandant au peuple de « ne pas paniquer ».

#covid-19 Ne paniquons pas. Pour l'instant, afin de vous protéger du coronavirus, il est important de respecter les consignes des experts.

[capture d'écran de la vidéo] « La ministre Ummy [Mwalimu] parle avec la première patiente atteinte du coronavirus dans le pays : “Je vais bien, je ne suis plus malade… Je demande pardon aux Tanzanien·ne·s” »

C'est aussi probablement pour cette raison qu'une conférence de presse s'est tenue le 18 mars à Arusha au Bureau du commissaire régional, au cours de laquelle Mme Mwalimu a contacté Mme Mwambapa par téléphone, lui donnant l'occasion de confirmer publiquement l'amélioration de son état. Mise sur haut-parleur [13], elle a également présenté ses excuses d'être « la première victime du virus dans le pays ».

En date du 19 mars, on dénombrait six cas confirmés en Tanzanie [14], dont nous savons qu'il s'agit d’un ressortissant allemand de 24 ans à Zanzibar, d'un Américain de 61 ans à Dar es-Salaam [15], et de deux personnes de nationalité Tanzanienne [16] ayant voyagé respectivement au Danemark puis en France, et en Afrique du Sud. D'après la BBC [17], le dernier serait Mwana Fa, un rappeur connu. [Au 3 avril, la Tanzanie a enregistré 21 cas confirmés [2] et un mort, ndt]

Au cours des dernières semaines, le très contagieux coronavirus s'est répandu à travers l'Afrique [18]. Depuis le 19 mars, il y a au moins 635 cas [19] de COVID-19 et au moins 15 décès confirmés [au 2 avril, le bilan s'élevait à 3766 cas confirmés [20] et 95 morts sur le continent africain, ndt]. Il n'existe pas de traitement connu pour la maladie, et bien qu'elle ne soit pas nécessairement mortelle pour les personnes en bonne santé, elle est particulièrement dangereuse pour les personnes ayant un système immunitaire affaibli [21].

Les leaders mondiaux de la santé ont exhorté les populations à prendre d'extrêmes précautions [22] alors que le nombre de victimes croît de manière exponentielle en Europe, l'actuel épicentre du virus.

Une réaction rapide

Le gouvernement en Tanzanie avait déjà pris certaines mesures avant le cas index, mais la prompte réaction face à la sensible hausse du nombre de cas à la mi-mars s'est traduite par des mesures préventives qui évoquent un changement radical dans les habitudes quotidiennes des Tanzanien·ne·s.

Le 17 mars, le Premier ministre Kassim Majaliwa publiait une déclaration étendant à 30 jours l'interdiction des rassemblements publics [23] et concernant les écoles, les ligues de football, les sports, les événements musicaux, les meetings politiques ainsi que les rassemblements communautaires.

Le 16 mars, pour montrer la gravité de la situation, le président John Magufuli a annulé la très appréciée cérémonie du Mbio wa Mwenge wa Uhuru (Course de la torche de la liberté) programmée en avril à Zanzibar, une île tanzanienne semi-autonome.

Le même jour, le président Magufuli a aussi arrêté son cortège au milieu d'un immense rassemblement de personnes à Dar es-Salaam, la plus grande ville de Tanzanie. Ironiquement, à la fin de son discours, il a intimé [24] à la population « d'éviter les grands rassemblements ».

Le 7 mars, Zanzibar, destination prisée par les touristes et notamment les Italiens, avait décidé d’interdire tous les vols charters en provenance d'Italie [25] qui, le 19 mars, faisait état de 35 713 cas de contamination par le virus et 2 978 décès [26]. Et plusieurs entreprises locales situées sur les côtes très touristiques du sud-est et du nord de Zanzibar (Unguja), ont observé une fermeture temporaire [27] pour ralentir la propagation du virus.

Le 13 mars, le président Magufuli s'est également exprimé sur le coronavirus pendant sept minutes lors d'un événement officiel, appelant les médias et les chefs religieux à aider à diffuser les messages de prévention.

« Si votre voyage ne relève pas d'une nécessité impérative, ne vous déplacez pas » a-t-il dit pendant son discours, une instruction à destination des fonctionnaires, qui est restée de l'ordre du conseil pour les autres citoyen·ne·s.

Depuis lors, les ministères et instituts ont été priés de différer les réunions et conférences impliquant des personnes venant de pays présentant un nombre élevé de cas de COVID-19, et les consignes officielles enjoignent les Tanzanien·ne·s à éviter les « voyages inutiles » vers des pays affectés.

Jusqu'au 13 mars, le COVID-19 n'avait pas été clairement nommé par le président ou le gouvernement, ce qu'a pointé cet internaute :

Tanzanie, pourquoi ne parlons-nous pas plus du Corona ? Où sont les avis de santé publique demandant aux gens de ne pas se rassembler ou se serrer la main, et de se laver les mains avec du savon. Comment s'isoler et signaler. Avisons-nous les fidèles des mosquées et des églises ?

À l'aéroport de Kigoma, au nord-ouest de la Tanzanie, les contrôles réguliers [29] pour Ebola ont été renforcés le 14 mars, avec des demandes de « distanciation sociale » entre les passagers en attente de leur enregistrement pour les vols.

Sur la péninsule, une zone résidentielle de Dar es-Salaam, du désinfectant pour les mains a été placé à l'entrée des restaurants mais les ventes de gel antibactérien ont été restreintes :

Village Market, un supermarché dans la partie privilégiée de Dar es Salaam #Tanzanie restreint la vente de désinfectant pour les mains à 2 par personne.

À partir du 17 mars, la ministre de la Santé Ummy Mwalimu annonçait [33] [sw] la mise en place d'un groupe de travail national co-présidé par le représentant local de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le responsable de la direction sanitaire.

Suite à ma déclaration du 16 mars sur la présence d'un cas de coronavirus [COVID19] dans le pays, le gouvernement continue à prendre des mesures pour garantir que la maladie soit rapidement maîtrisée et qu'elle ne se propage pas à la communauté. Promettez-moi que chacun·e d'entre nous peut prendre des mesures pour se protéger.

Messages et désinformation

Pendant les semaines précédant le cas index, les citoyen·ne·s ont parlé du virus dans leurs cercles intimes. Les autorités n'avaient pas encore donné d'informations sur les mesures préventives, et l'absence de patient·e zéro donnait à certain·e·s l'impression d'être affranchi·e·s de la crise.

Le 14 mars, une vidéo diffusée sur WhatsApp résumait bien ce déni, en rejetant purement et simplement l'idée d'une crise en Tanzanie :

Adaptation du célèbre proverbe #Swahili “Hakuna Matata” [pas de problème] en “Karibuni Tanzania. Hakuna Corona” – “Bienvenue en Tanzanie. Pas de Corona ici”. Origine inconnue – Tiré de WhatsApp. N. B. La #Tanzanie n'a rapporté aucun cas de coronavirus, mais a récemment mis en œuvre différentes actions préventives.

D'autres exemples de messages dérangeants du même type ont circulé : le pasteur Josephat Gwajima a prêché aux Tanzanien·ne·s qu'elles et ils ne seraient pas infecté·e·s par le virus, les déclarant protégé·e·s par Jésus :

Gwajima de « l'Élection de la Discrimination » se lance dans les ANNONCES DE SANTÉ PUBLIQUE SUR LE CORONA ! Il dit que le corona n'est pas présent en Tanzanie et qu'il n'y entrera pas et il y a des personnes qui le croient.

L'émergence du virus en Tanzanie a suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux, où les internautes ont fait part de leurs craintes en même temps que des informations pratiques.

Le 16 mars, Mohammed Dewji, un ancien membre du parlement Tanzanien, homme d'affaires et philanthrope a tweeté une photo de lui portant un masque, même s'il est peu probable que ce soit un moyen de prévention – ni une solution aux yeux de beaucoup :

Demain quand j'irai au bureau avec du gel pour les mains et un masque 😷 #CoronaReady [prêt pour le Corona] et vous ?

Le 17 mars, Elsie Eyakuze a répété les conseils donnés par le ministère de la Santé sur WhatsApp :

Des infos sur le #Corona et comment éviter l'infection ont été données par le ministère de la Santé, je les ai reçues via WhatsApp je ne peux pas toutes les mettre ici. Ce qui est important : 1. Allez dans n'importe quel centre sanitaire. Le médecin qui vous auscultera saura si… 1/?

Affiche de promotion de la soirée du 19 mars

Alors que le gouvernement appelle à une stricte distanciation sociale, cette affiche qui circule sur les réseaux sociaux fait la promotion d'une soirée “Nuit des masques” à Arusha, dans le nors de la Tanzanie, pour être “uni·e·s contre le corona”.

Sensibiliser tout en procurant des solutions réalistes aux citoyen·ne·s est certes un énorme défi, en particulier sur la façon de communiquer les conseils de l'OMS pour endiguer le virus grâce au lavage des mains et à la distanciation sociale.

Le 18 mars, The Citizen [47] a souligné à quel point il était difficile de demander aux gens d'éviter les foules à Dar es-Salaam pendant leurs allers-retours pour le travail.

Comment respecter la distanciation sociale et le lavage des mains alors que la majorité des citoyen·ne·s vivent dans des quartiers où l'habitat est inadéquat [48], que ce soit du point de vue de l'espace ou des conditions sanitaires ?

Des questions toujours sans réponse.

Découvrez notre dossier spécial sur l'impact mondial du COVID-19 [49].

Merci à Peter Bofin d'avoir contribué à ce reportage, ndé.