Avec un système de santé défaillant, le Zimbabwe est-il capable de gérer la pandémie de coronavirus ?

Les étagères du centre de santé sont quasiment vides.

Un professionnel de santé montre le peu de médicaments restant en stock dans un centre de santé à Mazoe, au Zimbabwe, le 22 Avril 2009. Photo de Kate Holt / AusAID via Wikimedia Commons, sous licence CC BY 2.0.

L’article d'origine a été publié en anglais le 26 mars 2020.

[Tous les liens de cet article renvoient vers des pages en anglais, ndlt]

Au moment de la confirmation par le gouvernement du Zimbabwe du premier cas de COVID-19 dans le pays, nombre de citoyen·ne·s ont mis en doute la capacité des pouvoirs publics à gérer une pandémie de cette ampleur.

La fragilité du système de santé du pays, conjuguée au faible taux d'accès à internet, a mis les citoyen·ne·s en état d'alerte, et le pays est déjà en deuil. Zororo Makamba, 30 ans, a succombé des suites du coronavirus dans la matinée du 23 mars 2020, à l'Hôpital des maladies infectieuses de Wilkins à Harare, où il avait été admis après avoir présenté les symptômes de la maladie.

Makamba était connu pour sa série de vidéos explicatives intitulée, State of the Nation with Zororo. Il était le fils d'un éminent homme d'affaires, James Makamba.

Le ministre de la Santé et de la Protection de l'enfance, Dr Obediah Moyo, a confirmé le décès de Zororo Makamba, qui était la deuxième personne à avoir été testée positive au COVID-19 au Zimbabwe.

Dans un tweet, Mutumwa a appelé à « pren[dre] un temps de réflexion ».

M. Zororo Makamba, le fils de M. James Makamba a rendu l'âme (Que son âme repose en paix).  Je viens juste d'apprendre cette perte tragique due au virus. Un géant au potentiel immense est tombé. Le Coronavirus est une réalité. Prenons un moment de réflexion. La vie est trop précieuse.

Zororo Makamba est le deuxième cas de coronavirus signalé par le ministre de la Santé et de la Protection de l'enfance, Dr Obediah Moyo, en l'espace d'une semaine. Il a annoncé que le premier cas confirmé était  un ressortissant britannique résidant à Victoria Falls. L'homme de 38 ans s'était rendu à Manchester, en Angleterre, le 7 mars et était rentré au Zimbabwe le 15 mars en passant par l'Afrique du Sud.

À son arrivée, le patient s'est mis en auto-quarantaine sur les conseils du Dr Moyo, selon The Chronicle. Toutefois, après avoir développé une  « détresse respiratoire aiguë », il a été admis à l'Hôpital de Wilkins, où il a été testé positif au COVID-19.

Selon l'OMS, avec deux cas confirmés en date du 26 mars, le Zimbabwe n'a pas d'autre choix que de se préparer à une éventuelle catastrophe.

Le personnel soignant en grève

Le 25 mars, les médecins et le personnel infirmier du Zimbabwe se sont mis en grève pour protester contre le manque d'équipements de protection individuelle (EPI) nécessaires pour traiter les patients atteints de ce virus hautement contagieux.

Selon le magazine Time, avant même que la crise du coronavirus n'atteigne le Zimbabwe, son système de santé était défaillant, et les familles devaient fournir leurs propres gants et de l'eau propre pour les soins de base dans les établissements de santé.

Toujours selon le magazine Time, les médecins et le personnel infirmier n'avaient repris le travail qu'en janvier, après une grève de quatre mois pour exiger des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail.

La semaine dernière, le président Emmerson Mnangagwa a publié une annonce interdisant le rassemblement de plus de 100 personnes dans le but de ralentir la propagation du virus. Il a aussi ordonné la fermeture des écoles, des lycées et des universités à partir du 24 mars.

Rashida Abbas Ferrand, une utilisatrice de Twitter, a demandé pourquoi il n'y avait pas un « discours plus réaliste » sur le COVID-19 :

Pourquoi n'avons-nous pas un discours réaliste sur le #COVID19 en Afrique? La première victime au Zimbabwe est morte par manque d'oxygène, les médecins [sont] en grève car ils et elles n'ont pas d'équipement de protection, pas d'eau dans les hôpitaux. Les gens qui restent chez eux n'ont ni revenu ni nourriture.

Thobekile Matimbe, une défenseure des droits humains au Zimbabwe, a rédigé une publication Facebook le 23 mars, faisant part de ses inquiétudes sur l'état d'impréparation du pays :

I am concerned about the state of unpreparedness that our country is in. A friend of mine battling to save lives in UK while at risk said the Covid Beast is real. I see my fellow citizens in denial that this can happen to us. No one is immune. The cities and towns are buzzing with life. Business as usual. What signs do we need? People are dying. Are we seriously waiting to be told to stay at home.

Je m'inquiète de l'état d'impréparation dans lequel notre pays se trouve. Un de mes amis qui se bat pour sauver des vies au Royaume-Uni alors qu'il met sa vie en danger m'a dit que le monstre du COVID-19 était bien réel. Je vois mes concitoyens refuser de croire que cela peut nous arriver. Personne n'est à l'abri. Les villes et les cités bourdonnent de vie. Les affaires continuent comme si de rien n'était. De quels signes avons-nous besoin ? Des gens meurent… Attendons-nous sérieusement qu'on nous dise de rester à la maison?

Le 26 mars, Thobekile Matimbe a également fait part de ses inquiétudes sur le partage des informations essentielles de santé publique liées au COVID-19, en raison d'un manque systémique d'accès à internet et du prix élevé des données internet au Zimbabwe :

Access to information is a fundamental right. This means internet access is most critical as we stay home. I wonder how our communities are faring with all the news on Covid-19. What are the strategies our governments have put in place for this? How can we all access the internet? Sadly, in the remote parts of our country, some are clueless of this pandemic. Digital access is a fundamental component of the right to information. A friend of mine keeps highlighting that she can't open some of these informative videos in circulation and she is right. The price of data at this point must promote access to information.

L'accès à l'information est un droit fondamental. Cela signifie que l'accès à Internet est d'autant plus important puisque nous restons à la maison. Je me demande comment nos communautés s'en sortent avec toutes les nouvelles sur le COVID-19. Quelles stratégies notre gouvernement a-t-il mis sur pied pour cela? Comment pouvons-nous tous avoir accès à l'internet ? Malheureusement, dans les régions reculées de notre pays, certaines personnes ne savent rien de cette pandémie. L'accès au numérique est une composante fondamentale du droit à l'information. Une de mes amies ne cesse de souligner qu'elle ne peut pas ouvrir certaines de ces vidéos informatives en circulation et elle a raison. A ce stade, le prix des données internet doit favoriser l'accès à l'information.

Le Forum des ONG de défense des droits humains au Zimbabwe, ainsi que l'Association des médecins du Zimbabwe pour les droits humains  (ZADHR) et les Avocats du Zimbabwe pour les droits humains  (ZLHR), ont publié une déclaration implorant le gouvernement de mener un effort national concerté afin de renforcer le système de santé et la vigilance, en se concentrant sur les questions clés.

Parmi les mesures de mitigation proposées, on trouve notamment la détection précoce, la formation, l'autonomisation et la décentralisation du personnel sanitaire,  ainsi que l'accès à l'information.

La déclaration est la suivante :

As civil society, we commit to assist and work with government in fighting COVID 19, and we implore everyone in Zimbabwe to be compliant with directives from the health and national authorities in the interest of our health and the collective interests of our nation. As much as possible, we must drive prevention while preparing for the worst.

En tant que société civile, nous nous engageons à collaborer avec le gouvernement dans la lutte contre le COVID-19, et nous exhortons tous les habitants du Zimbabwe à se conformer aux directives des autorités sanitaires et des pouvoirs publics pour notre santé et les intérêts collectifs de notre nation. Dans la mesure du possible, nous devons favoriser la prévention tout en nous préparant au pire.

Consultez le dossier spécial de Global Voices sur l'impact mondial du COVID-19.

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