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Les artistes d'Afrique de l'Est se précipitent pour produire des chansons «corona» tandis que l'industrie musicale vacille

Une foule dense remplit les gradins au concert Leka Dutrite à Kigoma.

La musique est populaire en Tanzanie. À l’heure actuelle, le COVID-19 rend impossible les grands regroupements pour l’écouter, comme celui-ci. Photo du concert Leka Dutrite à Kigoma en 2012. Photo de Pernille Bærendtsen, utilisée avec sa permission.

[Sauf mention contraire, tous les liens de cet article renvoient vers de pages en anglais, ndlt]

Alors que le COVID-19 se propage en Afrique, les musiciens en font les frais avec l’annulation des concerts, des festivals et des tournées et la disruption du temps d’enregistrement en studio.

Malgré tout, certains artistes font face à ce défi en composant des airs accrocheurs pour sensibiliser et inspirer l'espoir, tandis que d'autres ont saisi l'occasion pour capter l'attention de leurs fans afin de faire passer d'autres messages. Comme toujours, les musiciens vont de l’avant. Et leur œuvre est globale. La musique est universelle.

De l'Afrique de l'Ouest à l'Afrique de l'Est, le global et le local fusionnent au travers d’un nouveau genre de chansons « corona » tandis que les artistes adaptent des messages créatifs avec des styles musicaux uniques.

Ces chansons et vidéos reflètent directement la vie quotidienne et les problèmes de leur audience. Elles expriment des préoccupations et des passions, mais peuvent également présenter des contradictions. Beaucoup semblent avoir été produites à vitesse grand V, circulant sur Instagram et YouTube tandis que les musiciens se précipitent pour répondre au moment corona.

Une longue tradition de chansons « d'info-divertissement » – souvent soutenue par le secteur du développement international – a peut-être également permis aux musiciens d’être prêts pour ce moment.

Voici une liste de nouveaux morceaux « corona » en provenance d'Afrique de l'Est :

Mzee wa Bwax, Dar es Salam, Tanzanie

Mzee wa Bwax nous offre un morceau corona dans le style singeli — un genre qui est né des impros rythmées de groupes comme Jagwa. C'est une musique qui vient de l’Uswahilini, littéralement « les territoires swahilis », terme utilisé pour désigner les quartiers informels de Dar es Salam où les gens vivent ensemble dans la promiscuité. La vidéo montre clairement les problèmes liés au manque d’installations sanitaires et aux défis de la distanciation sociale sur les marchés et à l'intérieur des dala-dala (minibus utilisés pour les transports en commun) :

Maua Sama x Marioo, Dar es Salam, Tanzanie

Les stars de la Bongo Flava Maua Sama et Marioo ont produit ce morceau corona en utilisant des rythmes bongo doux et apaisants pour faire passer un message de sensibilisation aux actions préventives de lutte contre les dangers du coronavirus. La rencontre parfaite de la Bongo Flava et de la santé publique :

Khaligraph Jones, Kenya

Le morceau corona freestyle du rappeur Khaligraph Jones s’adress aux Kenyans qui ne prennent pas au sérieux le coronavirus et les mesures d'auto-isolement. Il ne s’agit cependant pas d’une chanson d'info-divertissement typique, puisqu’il utilise ici le sujet du coronavirus pour critiquer au passage d’autres rappeurs et régler ses comptes avec l’influenceuse Huddah Monroe :

Zenji Boy & The Band, Stone Town, Zanzibar

Zenji Boy s’ajoute à la liste avec une chanson et une vidéo aux rythmes Zenji Flava qui appelle Dieu à aider les médecins et le personnel infirmier alors que ceux-ci tentent de traiter ce virus qui n’a pas encore de remède. Produit par Stone Town Records, la chanson est entrecoupée de conseils de prévention, demandant aux auditeur·ice·s de s'abstenir de se serrer la main et de renoncer aux accolades. Le titre de la chanson et le refrain, corona inauwa («le coronavirus tue », en swahili) exhorte le public à prendre les mesures de prévention au sérieux :

Jimmy Gait, Kenya

La chanson corona et le clip de ce chanteur gospel racontent l'histoire d'une amie mariée à un Européen. Ce dernier souffre de toux et de difficultés respiratoires, puis décède. Le coronavirus a été identifié par le médecin comme la cause du décès. Le message de Jimmy Gait est que « Dieu est aux commandes » et que « itakuwa sawa », expression swahili qui signifie « tout ira bien ». Bien que la chanson et le clip incluent des conseils de prévention, son message focalisé sur la foi et ses visuels dramatiques risquent de créer la confusion :

DannyP, Kenya

Sortie le 5 mars, la chanson de DannyP a été parmi les premiers morceaux inspirés du coronavirus en Afrique de l’Est. Elle a le rythme entraînant de ses origines Kamba [fr], et la vidéo inclut une chorégraphie exécutée par des danseurs portant des masques. Il s'agit plus d'un effet esthétique que d'une action préventive suivant les recommandations sanitaires. La chanson en appelle à Dieu et suggère également des mesures telles que l’interdiction par le président Uhuru Kenyatta de laisser rentrer les citoyen·ne·s chinois·es sur le sol kenyan :

Bobi Wine ft. Nubian Li, Ouganda 

« La mauvaise nouvelle, c’est que tout le monde est potentiellement une victime! » déclame Bobi Wine, le célèbre musicien et homme politique ougandais. Son dernier titre à succès, Corona Virus Alert, promet aussi que « la bonne nouvelle, c’est que tout le monde est potentiellement une solution! » :

Une industrie en crise

Alors que les musiciens se précipitent pour produire des tubes qui informent et inspirent, l'industrie musicale accuse le coup en Afrique de l'Est, alors que les voyages et le commerce international sont à l’arrêt.

Jess White, de l’agence artistique Akum, souligne que les principaux festivals de musique africains ont déjà annoncé les annulations d’événements majeurs, telles que le Cape Town Jazz Festival en Afrique du Sud, le MTN Bushfire Festival en Eswatini, l'Atlantic Music Expo au Cap-Vert ou encore Blankets and Wine au Kenya.

De nombreux musiciens ont déploré la perte de revenus indispensables provenant des concerts, des tournées et des festivals. Les propriétaires de salles de concert et les agents d’artistes s’inquiètent également du futur de leurs projets, collaborations artistiques et programmations musicales.

Le musicien kenyan Makadem est actuellement bloqué au Danemark, où il a donné un concert le 28 mars, avec l’aide d'un programme de soutien aux artistes qui organise des retransmissions de concerts en direct pour les musiciens touchés par des annulations liées au virus.

Le 25 mars, le gouvernement sud-africain a annoncé une « injection de fonds » d’un montant de 860 000 dollars destinés aux artistes et aux professionnel·le·s de la culture affecté·e·s par les restrictions liées au COVID-19 en Afrique du Sud, dans le but d’absorber le choc dont le secteur est victime.

Selon Music in Africa, la priorité sera donnée aux artistes qui devaient se produire lors d'événements subventionnés par l'État, ainsi qu'à certaines « légendes » de l'industrie.

Jess White s'interroge cependant dans une publication sur Facebook le 25 mars :

Is that it? Money for legends, people who were booked for government events and emerging artists fight for the scraps at provincial levels… what about other layers of the industry?

C'est tout ? De l'argent pour les légendes et les personnes qui devaient se produire pour des événements gouvernementaux, tandis que les artistes émergents se battent pour les miettes au niveau des provinces… Il reste quoi pour les autres catégories du secteur?

Et en effet, les musiciens issus d’autres pays africains ne se sont vu offrir aucun type de soutien ou d’aide de l’État pour faire face à la perte de revenus due aux restrictions en lien avec le COVID-19.

Affiche de Marafiki Night Live, avec un bandeau noir "reporté"

La série de concerts Marafiki Live à Dar es Salam, en Tanzanie, a été reportée en raison des restrictions COVID-19 en Tanzanie.

Issac Peter Abeneko, un auteur-compositeur-interprète tanzanien, a produit deux nouvelles chansons et a demandé à ses fans de le suivre sur YouTube après avoir dû annuler une grande tournée européenne à cause du coronavirus. Abeneko, qui organise la populaire série de concerts Marafiki Live à Dar es Salam, a également lancé un appel aux dons afin de maintenir cet événement à succès qui fait partie du paysage musical de la ville, avec un message de santé publique :

We are looking forward to resuming the Marafiki Night Live after the current situation got improved, we shall all work together highly to reduce the rapid spread of the Covid-19 outbreak.

1. Stay home & work from home to avoid crowded areas. 2. Social distancing 3. Clean your hands often with soap/hands sanitizer. 4. Stay safe and health.

Nous avons hâte de reprendre Marifiki Night Live, quand la situation sanitaire se sera améliorée. Nous devons tous travailler ensemble sans relâche pour réduire la propagation rapide de l'épidémie de Covid-19.

1. Restez à la maison et travaillez de chez vous pour éviter les lieux bondés. 2. Distanciation sociale 3. Lavez-vous souvent les mains avec du savon / désinfectant pour les mains. 4. Restez en sécurité et en bonne santé.

Repose en puissance

Alors que les musiciens en Afrique de l'Est et à travers le continent tentent de s’adapter à cette nouvelle réalité, l'industrie pleure déjà la perte de légendes.

Le coronavirus a coûté la vie au géant de la musique Manu Dibango, un saxophoniste de jazz camerounais acclamé :

Aujourd'hui nous avons perdu une légende. Repose en paix Manu Dibango

Et Aurlus Mabele, connu comme le roi de la musique soukous congolaise :

Aurlus Mabele : la légende de la musique congolaise décède “du coronavirus”

Au Danemark, la première mort signalée liée au coronavirus a été Kwabena Maanu – originaire du Ghana et devenu citoyen danois. Beaucoup ont rendu hommage à la contribution de Maanu à la diffusion de la musique africaine au Danemark, dont entre autres le journaliste Søren Villemoes :

Dans le journal de 19 heures sur TV2, je parlerai de l'une de nos premières victimes du coronavirus, Kwabena Maanu, un homme à la joie de vivre inépuisable, ami proche de mon père, et que je connais depuis que je suis enfant. Il a amené la musique africaine au Danemark dans les années 80. Une vraie légende. Repose en puissance.

En Tanzanie, le manager du chanteur Diamond Platnumz, Sallam Sharaff, a contracté le virus et est tombé malade le 19 mars, après avoir visité la Suisse, le Danemark et la France. Il et est maintenant en rémission. Le rappeur tanzanien MwanaFM a également été testé positif au COVID-19 le 20 mars, et serait en convalescence à son domicile.

Consultez le dossier spécial de Global Voices sur l'impact mondial du COVID-19.

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